Interview de Gabriel Szeftel, président de la LMDE : « Il faut généraliser le chèque santé pour les étudiants »

À l'occasion de la publication de l'enquête « Santé et conditions de vie des étudiants », qui dresse un panorama préoccupant, le président de La Mutuelle des étudiants (LMDE) demande la mise en place d'un chèque santé national pour les étudiants, ainsi qu'une exonération intégrale de la TSCA.

Quels sont les faits marquants de votre enquête (1) ?

Plus de la moitié des étudiants vivent avec moins de 400 € par mois, ce qui est largement en deçà du seuil de pauvreté, et 25% déclarent avoir du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois. Cela concerne les dépenses essentielles, comme le loyer, l'alimentation ou les frais d'inscription. Le système d'aide sociale est insuffisant : des étudiants boursiers sont obligés de se salarier pour compléter leurs revenus, mais ils restent dans la précarité. À cause de cette situation dégradée, de plus en plus d'étudiants sont incapables de faire face aux dépenses de santé, et 19% des jeunes déclarent ne pas avoir de complémentaire santé, ce qui est trois fois plus que la population générale. En outre, ce chiffre est sans doute sous-estimé, car 10% des étudiants disent ne pas savoir s'ils ont une complémentaire.

Qu'en est-il des renoncements aux soins dans ce contexte ?

Aujourd'hui, 34% des étudiants déclarent renoncer à se soigner. C'est deux fois plus que la population générale. Le renoncement ne concerne plus seulement les postes mal remboursés par l'Assurance maladie, comme le dentaire et l'optique, mais l'ensemble des soins de ville, et même les médicaments. Des étudiants sont confrontés au choix entre se soigner ou se nourrir. Pour une consultation de généraliste à 23 €, un étudiant qui n'a pas de médecin traitant ni de complémentaire santé n'est remboursé qu'à hauteur de 5,90 €. Dans ces conditions, l'autoassurance peut sembler une meilleure solution à certains.

Est-ce un échec du système de protection sociale ?

En tout cas, c'est le signe d'une perte de confiance et de défaillances inquiétantes pour l'avenir. Nous sommes dans les prémices d'une crise sanitaire, notamment parce que l'on crée une génération qui ne recourt pas au système de santé de manière préventive. Il faudrait un investissement fort, mais les politiques publiques de protection sociale sont encore largement sous-tendues par le mythe du jeune en bonne santé. Bien sûr, c'est le cas de la majorité : sur les 900 000 jeunes que nous couvrons au titre du régime obligatoire, 3 ou 4% seulement sont en affection de longue durée (ALD). Néanmoins, il est essentiel d'investir dans la santé des jeunes, car c'est entre 18 et 30 ans que s'acquièrent les comportements de santé. Je rappelle aussi que des maladies que l'on croyait disparues ressurgissent. L'an dernier, il y a eu une épidémie de rougeole chez les 18-24 ans.

Quelles sont vos attentes pour la nouvelle législature ?

Dans son discours de Nancy sur l'enseignement supérieur, François Hollande s'est engagé à une concertation sur le chèque santé. La LMDE veillera au respect de cette promesse. La mise en place d'un chèque santé national est le principal levier pour permettre à tous les étudiants de couvrir leurs dépenses et d'arrêter cet arbitrage entre se nourrir et se soigner. Nous militons pour une aide de 200 €, qui correspond au coeur de notre gamme et à une garantie d'un niveau correct. Nicolas Sarkozy nous avait promis ce chèque santé en 2007, mais il ne l'a pas mis en place. À la suite de notre action à l'occasion des élections régionales de 2010, il a vu le jour dans 8 régions et 4 départements, en Île-de-France et Midi-Pyrénées notamment. En deux ans, 8 000 de nos adhérents en ont bénéficié et nous en avons vu l'efficacité, en particulier grâce à la dispense d'avance de frais. Nous avons obtenu de gérer le dispositif et nous faisons l'avance de trésorerie.

Comment passer à l'échelle nationale ?

En réformant les dispositifs de CMU complémentaire (CMU-C) et d'aide à la complémentaire santé (ACS). Aujourd'hui, ils excluent la plupart des étudiants qui pourraient en bénéficier - c'est-à-dire les boursiers - pour deux raisons. D'abord, il faut que l'étudiant soit indépendant fiscalement et qu'il ait quitté le foyer familial. Or, 98% des boursiers ne rentrent pas dans ce cadre puisque le système de bourses est basé sur la déclaration fiscale des parents. Nous demandons que les étudiants boursiers aient un droit systématique à l'ACS ou une CMU-C à l'image des bénéficiaires du RSA. Le second critère qui limite fortement l'accès des étudiants à ces dispositifs est la nécessaire décohabitation, ce qui n'est pas le cas de nombreux étudiants.

À plus long terme, nous souhaitons la généralisation du chèque santé à tous. C'est une mesure de santé publique, alors que l'Assurance maladie ne rembourse plus que la moitié des soins de ville hors ALD. Elle participe aussi à l'autonomie sanitaire des jeunes. Nous sommes prêts à accompagner sa mise en place, comme nous l'avons fait pour les régions

Quel serait son coût ?

Les étudiants boursiers sont environ 550 000. Si l'on part sur un chèque santé de 200 € correspondant au coût d'une garantie annuelle moyenne, cela représente un peu plus de 100 M€. C'est une manière concrète d'investir sur la jeunesse. Aujourd'hui, il y a une solidarité générationnelle inversée. Nos 320 000 adhérents en complémentaire santé financent le fonds CMU par le biais de la taxe spéciale sur les conventions d'assurance (TSCA). Mais ils ne bénéficient pas, ou très peu, de ces dispositifs, et je rappelle que le fonds est excédentaire.

Quelle est votre position au sujet de la TSCA ?

Nous demandons une exonération de la taxe spéciale sur les conventions d'assurance (TSCA) pour les étudiants. Nous l'avons obtenue au Sénat pour les étudiants en novembre dernier, mais l'Assemblée nationale était revenue dessus. François Hollande a parlé de réétudier le doublement de la TSCA pour l'ensemble des complémentaires. Nous, nous disons que cela n'a pas de sens de taxer la santé des étudiants, qui ont de gros problèmes d'accès aux soins. Nous demandons le retour à une exonération complète, à l'image des ressortissants de la Mutualité sociale agricole (MSA) qui en sont exonérés au motif qu'ils sont une population socialement et économiquement plutôt fragile. Les étudiants le sont encore plus. Nous allons adresser un certain nombre de propositions aux candidats aux législatives. Et nous avons l'intention de remonter au créneau dans le cadre du collectif budgétaire qui pourrait intervenir cet été.

1. Enquête de la LMDE conduite par l'observatoire Expertise et prévention pour la santé des étudiants (EPSE) avec l'Ifop auprès de 8 500 étudiants, coéditée par la Mutualité française et Rue des Écoles.

SON PARCOURS

Âgé de 29 ans, Gabriel Szeftel est titulaire d'un master en économie et a suivi le premier cycle de l'Institut des hautes études de protection sociale (IHEPS). Il prépare actuellement les concours de la fonction publique.

  • De 2005 à 2008 Il a été à la direction de l'Union nationale des étudiants de France (Unef).
  • Depuis 2008 Vice-président de la LMDE, puis président en 2009. Son second mandat s'achève en mai 2013.
  • Il est administrateur et membre du bureau exécutif de la FNMF.

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