Interview de Stéphane Pallez, PDG de la CCR : « La réassurance de marché doit nourrir notre expertise »

Interview de Stéphane Pallez, PDG de la CCR : « La réassurance de marché doit nourrir notre expertise »

Arrivée à la tête de CCR mi-2011, Stéphane Pallez a pris quelques mois pour s'imprégner de la culture maison et auditer cette institution publique créée en 1946. En ressort une volonté de dynamisme décomplexée assortie d'un nouveau plan triennal et d'une réorganisation.

Vous avez pris la tête de CCR mi-2011, dans un environnement de marché chahuté. Quelle est votre analyse de l'exercice 2011 ?

L'année 2011 a forcément été particulière. Pour moi qui venais d'arriver à la tête de CCR comme pour tout le secteur. L'année dernière a constitué, avec 2005, une année record en matière de catastrophes naturelles dans le monde. Comme les autres réassureurs, nous en avons subi une partie des conséquences. Néanmoins, cela a permis de démontrer la capacité de CCR à supporter des événements importants dans son bilan et à en tirer les conséquences dans sa stratégie.

Au final, l'exercice 2011 est satisfaisant, avec un résultat net légèrement supérieur à celui de 2010. L'activité avec garantie de l'État a produit des résultats très positifs, du fait d'une sinistralité moyenne en France. L'activité de marché, de son côté, a été fortement touchée, mais elle a absorbé ses pertes grâce aux résultats positifs accumulés antérieurement.

En 2011, vous avez lancé un audit de CCR, qui devait conditionner vos priorités pour trois ans. Quels en sont les axes ?

L'objectif du diagnostic était de voir comment CCR pouvait remplir au mieux sa mission. Il m'a conduite non pas à un changement drastique, mais à une inflexion significative dans la stratégie de CCR, qui a été validée par l'État fin 2011. L'État a approuvé un nouveau plan triennal, ce qui confirme l'utilité de cet instrument, dont l'originalité repose sur l'expertise des collaborateurs de CCR et son expérience dans la gestion des dispositifs publics.

La privatisation de CCR, vieux serpent de mer, n'est donc pas à l'ordre du jour ?

Absolument pas. Notre activité en réassurance de marché a parfois fait débat. Elle n'est pas remise en cause, mais doit s'exercer dans un cadre précis. Le seuil fixé est d'un tiers du chiffre d'affaires total de CCR, avec une gestion pragmatique de cette proportion dans le temps, et un objectif de rentabilité de 6% au-dessus du taux sans risque, afin d'être dans des conditions de marché. Au-delà du cadre fixé par l'État, j'ai été conduite à revoir la stratégie de cette activité et à réviser le profil de risque.

Comment se traduit cette révision stratégique ?

CCR s'est retirée de certains pays. Dans le cadre de notre mission et des moyens alloués, il fallait faire des choix, j'ai fait ceux de la proximité et de la rentabilité. Lors des renouvellements pour 2012, CCR n'a pas resouscrit en Thaïlande, en Nouvelle-Zélande et en Australie. CCR fait ainsi le choix d'être plus proche de ses marchés naturels, en particulier européens et proche ou moyen-orientaux. Et nous restons au Canada, qui est un marché de qualité.

Quelles sont vos autres priorités ?

Il est fondamental de remplir pleinement notre mission. La réassurance de marché nous donne la capacité d'en tirer de l'expertise, sur laquelle il faut que nous capitalisions davantage. Nous développons une veille stratégique plus organisée et transversale, qui mobilise l'ensemble des collaborateurs. Cette expertise nous permet de réfléchir à la pertinence de l'intervention de l'État s'il y a dysfonctionnement du marché et aux moyens d'y remédier. Trois risques sont identifiés : la dépendance, la RC médicale et l'assurance récoltes.

Vous avez également initié une réorganisation interne. Dans quel but ?

Elle est le reflet des priorités que je viens d'énoncer. Elle consiste d'abord à mutualiser les compétences d'actuariat et de modélisation en les rassemblant dans un pôle unique. Par ailleurs, le patron de la réassurance de marché est maintenant chargé de la veille stratégique, afin d'envoyer un signal fort : la vocation de la réassurance de marché est de nourrir l'expertise de l'ensemble de l'entreprise. J'ai également créé une direction financière de plein exercice, chargée également de la gestion des actifs, pour se préparer à Solvabilité 2. Enfin, la fonction ERM (1) est rattachée au PDG.

Quelles sont les mesures inscrites dans votre Projet CCR 2015 ?

Ce projet d'entreprise vise à mobiliser l'ensemble des salariés pour réussir les objectifs décrits plus hauts. Notre valeur ajoutée repose beaucoup sur des compétences de très haut niveau, qui doivent être maintenues, renouvelées et valorisées dans le cadre d'un management réactif, adaptable et engagé sur les résultats. Une enquête sur le climat interne de l'entreprise a été réalisée fin 2010. Elle a démontré que les collaborateurs sont très attachés à leur entreprise, tout en demandant davantage de sens. D'où l'importance d'avoir une stratégie, des ambitions et des projets nouveaux. Nous sommes une entreprise qui combine deux cultures : le sens de l'intérêt général et la recherche de la performance. C'est une force ! C'est ce qui doit nous motiver.

La réforme du régime d'indemnisation des catastrophes naturelles est restée sur la table de travail du Parlement. Passera-t-elle avant la fin de l'année ?

Le projet de loi est déposé au Sénat. Nous verrons quelles seront les priorités du nouveau gouvernement et de la nouvelle Assemblée. Quel que soit le calendrier parlementaire, il existe un consensus sur la pérennisation du régime, donc sur les améliorations à y apporter. L'ambition de CCR, gestionnaire de ce régime depuis sa création, est d'être le modélisateur de référence de ces risques en France. Nous disposons de la base de données la plus complète. Nous allons continuer d'investir pour construire des outils de modélisation des sinistres et de nouer des partenariats avec les grands professionnels des risques naturels. Le but est d'affiner les scénarios de risques pour mieux s'y préparer et favoriser la prévention. Nous investissons aussi dans l'achat de données (évolutions climatiques, caractéristiques des terrains, etc.) et dans les compétences de haut niveau (sismologie, géomatique..).

Où en est l'Observatoire national des risques naturels ?

Cet observatoire a été créé par l'État, la Mission des risques naturels (qui réunit la FFSA et le Gema) et CCR. La convention qui fixe l'accord, dans un cadre partenarial, vient d'être signée. D'autres experts et les élus locaux contribueront aussi à ce projet. L'observatoire est une plate-forme d'échanges où nous allons mettre en commun des données. D'ici à fin 2012, il devrait être en mesure de produire des premiers indicateurs de risque qui montreront son utilité.

1. ERM : Enterprise risk management, gestion des risques de l'entreprise.

SON PARCOURS

Stéphane Pallez a succédé à Thierry Masquelier comme PDG de CCR en juillet 2011. Elle est diplômée de Sciences-Po et de l'ENA.

  • 1988 : administrateur suppléant représentant la France à la Banque mondiale à Washington.
  • 1991 : conseiller technique au cabinet du ministre de l'Économie et des Finances (Pierre Bérégovoy puis Michel Sapin).
  • 1995 : sous-directeur assurance à la direction du Trésor.
  • 1998 : sous-directeur chargé des participations de l'État au ministère de l'Économie et des Finances.
  • 2000 : chef du service des affaires européennes et internationales à la direction du Trésor.

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