Interview de Sylvain Mortera, directeur général d'Aréas assurances : « Notre ambition n'est pas de nous mettre sous la coupe d'un autre »

Après avoir enregistré en 2011 une troisième année de déficit (- 15,7 M€) et mené une réorganisation ayant entraîné la suppression de 119 postes (dont 79 licenciements secs), Sylvain Mortera, qui a pris les rênes d'Aréas assurances en juillet, fait le point sur la situation et l'avenir de l'entreprise.

Comment expliquez-vous cette troisième année déficitaire ?

2011 a été une année de transition, au cours de laquelle nous avons voulu avoir une approche prudente. Le déficit s'explique essentiellement par deux raisons. Tout d'abord, nous avons provisionné le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), à hauteur de 7 M€. Cette somme significative n'a pas vocation à être une charge récurrente. Au contraire, cela devrait nous permettre de dégager des excédents pour les exercices à venir. En parallèle, nous avons également provisionné des actifs actions pour 8 ME. Ce niveau de provisionnement nous permettra d'envisager l'avenir de manière plus sereine. Toutefois, notre statut de mutuelle nous a probablement amenés jusqu'à présent à ne pas nous focaliser suffisamment sur l'objectif de rentabilité.

Où en est le plan de sauvegarde de l'emploi ?

Même s'il a duré plus longtemps que prévu, le PSE est désormais derrière nous. Les trois établissements concernés par ce plan (Tours, Angers, Montpellier) ont fermé en juillet. Au final, seuls une dizaine de collaborateurs ont opté pour le reclassement. C'est un chiffre qui nous déçoit un peu. Avec les mesures que nous avions mises en place (capacité de travail sur quatre jours, participation au transport, aides au logement sur place...), nous pensions avoir conçu des conditions sociales permettant à un certain nombre de salariés de pouvoir opter pour cette solution. Si aussi peu de personnes ont fait le choix d'un reclassement interne, cela ne correspond pas à l'esprit dans lequel nous avions défini ce PSE.

Quel impact ce PSE a-t-il eu sur l'activité commerciale ?

Nous avons réussi à passer le cap sans trop d'encombres. Alors, certes, les agents situés à proximité des trois centres qui ont fermé leurs portes en ont supporté l'impact. Toutefois, la majorité n'a pas subi ce PSE comme une contrainte. La plupart des agents ont même plutôt été solidaires de la démarche de l'entreprise, comprenant la nécessité d'améliorer notre performance à travers cette concentration de compétences.

Cette réorganisation suffira-t-elle à redresser la barre ?

Même si un effort significatif a déjà été fait sur les frais généraux, nous allons continuer à être vigilants et à mener des efforts de productivité et d'efficacité dans notre fonctionnement. Nous espérons qu'en 2013 nous serons capables de dégager des excédents techniques, indépendamment des plus-values qui, auparavant, alimentaient les comptes pour permettre de dégager des bénéfices.

Fin 2011, vous faisiez état de 70 agences en gestion provisoire. Comment expliquez-vous cette situation ?

Les agents généraux et leurs 530 points de vente sont notre principal canal de distribution. Ces cinq dernières années, nous avons renouvelé une partie du réseau d'agents du fait de la pyramide des âges, mais également parce que certains ne trouvaient pas leur place dans l'équipe que nous formons avec notre réseau. Dans nos recrutements, nous privi-légions aujourd'hui la qualité plutôt que la rapidité, d'où un certain nombre d'agences en gestion provisoire, ce qui a pu peser sur les résiliations et le développement de l'activité. Mais le nombre de ces agences diminue. Aujourd'hui, elles représentent 4% de notre chiffre d'affaires.

Comment votre réseau d'agents généraux évolue-t-il ?

Nos agents doivent progresser en taille et en compétences, ainsi que passer d'une logique de vente de produits à une approche plus globale des besoins des clients. Notre rôle est de les accompagner, ce que nous faisons en mettant en place des outils innovants. Nous avons, par exemple, créé un dispositif permettant aux nouveaux agents de s'inspirer des bonnes pratiques de leurs aînés.

Comment abordez-vous Solvabilité 2 ?

Historiquement, les actifs d'Aréas étaient répartis à parts égales entre actions, immobilier et obligations. Solvabilité 2 nous amène à nous désengager des deux premières classes d'actifs au profit d'obligations « corporate » ou d'obligations d'États de qualité. Ces dernières années, nous avons ainsi vendu à la découpe la quasi-totalité de notre immobilier d'habitation, mais également de l'immobilier de bureau, ce que nous continuons à faire. Par ailleurs, durant l'été, nous avons vendu la moitié de notre portefeuille d'actions et sommes aujourd'hui en ligne avec notre objectif de ramener la part de ces actifs à 6%. Ces cessions d'actions ont généré des moins-values qui ont été compensées par les plus-values significatives réalisées sur notre portefeuille immobilier. Aujourd'hui, dans toutes nos prises de décisions - souscription, gestion de sinistres, réassurance, comme allocation d'actifs -, nous avons la volonté de transformer en opportunité la contrainte que représente Solvabilité 2 pour une mutuelle comme Aréas assurances.

Envisagez-vous l'avenir d'Aréas assurances sans rapprochement ?

Notre objectif est avant tout d'améliorer les conditions économiques de fonctionnement de l'entreprise sans éliminer l'idée d'intégrer des acteurs qui souhaiteraient se rapprocher de nous. Quant à nous mettre sous la coupe d'un autre, ce n'est pas absolument pas notre ambition. L'attachement à l'entreprise de nos collaborateurs et de nos agents généraux - un réseau que certains regardent avec les yeux de Chimène - est, à mon sens, un point d'ancrage important. Leur confiance nous permet de mener les efforts garantissant notre indépendance et notre pérennité.

Avez-vous des projets de diversification ?

L'élargissement de notre offre, un temps évoquée, n'est plus à l'ordre du jour. Nous disposons d'une gamme suffisamment étoffée qu'il nous faut ajuster dans une logique de différenciation plus marquée. La question de la taille critique peut également se résoudre par la capacité à travailler en architecture ouverte, à faire appel à des prestataires si nous n'avons pas les compétences ou l'envergure nécessaires pour développer l'intégralité de notre offre en interne.

SON PARCOURS

  • 1987 Diplôme d'expertise comptable
  • 1984-1987 Auditeur chez Deloitte et Touche
  • 1987-1991 Cadre au sein de la Compagnie bancaire
  • 1991-1995 Secrétaire général d'Axa banque
  • 1995-1997 Directeur commercial chez Uni-Europe
  • 1997-2001 PDG de Monvoisin assurances
  • 2000-2007 Directeur chez Axa courtage puis Axa entreprises
  • 2007-2012 Directeur général adjoint puis directeur général d'Aréas assurances

 

 Nous allons continuer à être vigilants et à mener des efforts de productivité et d'efficacité dans notre fonctionnement.

 

 

La confiance de nos salariés et de nos agents généraux nous permet de mener les efforts garantissant notre indépendance et notre pérennité.

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