Interviews de Jose Ribeiro et Benno Reischel

Le marché de l'assurance tricentenaire, confronté à une concurrence accrue, entend se développer plus largement en Europe, mais aussi dans les pays émergents. Entretien avec Jose Ribeiro, directeur des marchés internationaux, et Benno Reischel, responsable des marchés de l'Europe du Nord pour le Lloyd's.
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Interviews de Jose Ribeiro et Benno Reischel
Jose Ribeiro

Quelle place l'international occupe-t-il au Lloyd's ?

Jose Ribeiro - Nous opérons dans près de 200 pays et territoires et nous avons des licences directes dans plus de 80 territoires, ce qui donne une idée de la dimension globale de cette activité. En termes de primes, le marché nord-américain représente 43%, suivi par le Royaume-Uni à 20%, l'Europe continentale à 14%, l'Asie à 10% et l'Amérique latine à 7%. Le reste se répartit entre le continent africain et le Moyen-Orient. L'Asie et l'Amérique latine enregistrent actuellement les plus forts taux de croissance.

Quelle est votre stratégie d'implantation ?

J. R. - Notre stratégie internationale a toujours été de favoriser un accès de marché à nos membres. La manière d'y parvenir est étroitement liée à la réglementation du pays dans lequel nous souhaitons nous développer. Notre modèle préféré est celui d'un pouvoir délégué, généralement à un intermédiaire ayant un mandat de souscription. Londres reste le lieu central des opérations, et nous essayons de minimiser les infrastructures et les investissements dans les pays d'expansion.

Comment parvenez-vous à appliquer ce concept ?

Benno Reischel - Le Lloyd's bénéficie d'une réglementation spécifique au niveau des instances européennes qui nous permet d'avoir des relations commerciales dans l'ensemble des pays de l'Union. En revanche, pour avoir une licence d'établissement, l'autorité de réglementation des marchés locale - la Financial Services Authority (FSA) au Royaume-Uni, par exemple - doit incorporer cette réglementation européenne au sein du corpus de réglementations nationales et nous accepter.

J. R. - En France, par exemple, nous appliquons ce modèle de pouvoir délégué. Nous disposons dans ce pays d'une licence d'établissement et nous pouvons avoir des courtiers mandataires et des service companies [se reporter au lexique p. 30] représentant nos syndicats et souscrire des risques avec des courtiers français.

Quelle est la situation dans les autres pays du globe ?

J. R. - Elle est très diverse. Hormis les pays du Commonwealth et l'Europe, il existe très peu de pays dans lesquels nous avons des single licences [agréments uniques]. La Chine et le Japon, où nous avons obtenu une licence six ans après avoir ouvert un bureau de représentation, en font partie. Il y a aussi des pays dans lesquels nous avons accès à un certain type de risques, par exemple ceux des secteurs aérien, maritime et de transit parce qu'il n'y a pas suffisamment de capacité locale.

Quels modèles avez-vous mis en place dans ces régions ?

J. R. - Dans Lloyd's Asia, nous opérons en pouvoir délégué. À Singapour, nous disposons ainsi de 18 service companies, qui sont en quelque sorte des filiales des managing agencies [agences de mandataires] présentes à Londres. Ces dernières opèrent de manière indépendante, ou bien de concert, afin d'offrir aux courtiers les meilleures solutions possibles. Nous avons développé un modèle très différent au Brésil. En raison de restrictions réglementaires, nos employés sur place n'ont même pas l'autorisation de souscrire des risques parce que notre licence dans ce pays relève de ce que l'on appelle une licence d'assureur « admis ». Autrement dit, les personnes sur place chargées du développement local travaillent avec des courtiers locaux mais ne peuvent pas prendre le risque.

Les « hubs » locaux, en particulier en Asie, représentent-ils une menace pour le Lloyd's ?

J. R. - La globalisation du courtage signifie que de plus en plus de courtiers développent ces centres régionaux. Par conséquent, de plus en plus de contrats sont placés localement ou régionalement. Si bien que si le Lloyd's ne dispose pas d'une présence dans l'un ou l'autre de ces marchés, certains risques n'y seront plus assurés. Il est loin le temps où les risques arrivaient directement aux portes du marché londonien...

Quels sont les principaux obstacles quand vous souhaitez lancer des opérations dans de nouveaux marchés ?

J. R. - Bien souvent, les autorités des pays dans lesquels nous souhaitons nous développer ne reconnaissent pas le caractère unique du Lloyd's, et nous avons un important travail d'explication à réaliser. Les erreurs le plus souvent commises consistent à nous confondre avec le groupe bancaire Lloyds Banking Group et sa marque Lloyds TSB, ou encore à nous assimiler à une compagnie d'assurances ou de réassurance. Or, le Lloyd's est un marché dont la structure est très spécifique.

Quels sont vos projets d'expansion géographique ?

J. R. - L'Europe reste un continent important pour notre développement international. Nous y avons déjà un nombre important de licences, mais nous souhaitons poursuivre notre pénétration dans cette région.

B. R. - En France, par exemple, nous souhaitons nous développer plus amplement dans les régions, en particulier cibler Bordeaux, Lyon et Marseille en expliquant les avantages d'un accès au Lloyd's.

J. R. - Naturellement, les marchés émergents sont dans notre ligne de mire. La Chine fait partie de nos priorités, et nous y avons souscrit, en novembre dernier, notre premier contrat d'assurance. Nous travaillons aussi très étroitement sur l'Inde, qui est un marché très protégé. Parmi les autres marchés cibles, nous avons déjà un coverholder [courtier mandataire] en Russie, ce qui constitue une véritable percée. Enfin, nous avons récemment envoyé une délégation en Turquie afin de discuter des options possibles avec le gouvernement de ce pays.

La crise de la zone euro a-t-elle eu un impact sur votre stratégie à l'international ?

J. R. - L'impact s'est fait au niveau de nos scénarios. Nous réalisons nos propres stress tests [tests de résistance] et, bien sûr, nous y avons intégré les risques posés par la crise de la zone euro. Cependant, nous n'en révélons pas les détails.

L'assureur Catlin va gérer un nouveau syndicat au Lloyd's au nom du réassureur China Re. Est-ce le type d'accords que vous souhaitez voir se développer ?

J. R. - Le Lloyd's reste tout à fait ouvert à l'attraction de talents et de capitaux diversifiés. D'ores et déjà, nous avons des capitaux provenant, par exemple, d'Israël et du Japon. L'accord noué par Catlin fait de Lloyd's un marché encore plus global et ouvre la possibilité dans le futur de pénétrer ces marchés à notre tour.

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