Jean Berthon, président de la Faider : « Nous souhaitons lancer les États généraux de l'épargne »

Le président de la première fédération d'associations d'épargnants va demander aux candidats à l'élection présidentielle de se prononcer sur la fiscalité des produits d'épargne, dont l'assurance vie. Il appelle aussi à l'organisation d'États généraux de l'épargne et des consommateurs de services financiers sous l'égide de Bercy.

La Faider va-t-elle envoyer une lettre ouverte aux candidats à l'élection présidentielle, comme en 2007 ?

Oui, nous avons prévu d'interroger les candidats sur un certain nombre de points. Bien sûr, nous attendrons que tous se déclarent. Notre missive ne sera donc pas envoyée avant le résultat des primaires socialistes. Mais nous n'allons peut-être pas patienter jusqu'à ce que le chef de l'État se prononce sur sa candidature, car, d'après les rumeurs, il pourrait le faire au dernier moment. Or, nos adhérents ont besoin de connaître rapidement la position des candidats sur la question de l'épargne. Nous devrions donc envoyer notre lettre au plus tard à la fin de l'année ou au tout début de 2012.

Sur quels points les interrogerez-vous ?

Nous allons leur demander comment ils appréhendent la fiscalité de l'épargne, et comment ils comptent favoriser l'épargne à long terme. Nous voulons aussi leur avis sur le système financier dans son ensemble. La crise de 2008 a montré à quel point il s'est dévoyé de son objectif, le financement des entreprises et de l'économie, au profit de la seule spéculation.

Ensuite, nous souhaitons les interroger sur l'harmonisation, nécessaire à nos yeux, des différents dispositifs d'épargne retraite. Je pense à rétablir l'équilibre et l'égalité de traitement non seulement entre les « article 83 » et les plans d'épargne retraite collectifs (Perco), lesquels ont été très favorisés dans la loi de réforme des retraites, mais aussi entre ces dispositifs collectifs et les dispositifs individuels du plan d'épargne retraite populaire (Perp), voire de l'assurance vie. Selon un sondage que nous avons récemment effectué, la première motivation des Français à souscrire un contrat d'assurance vie est de préparer la retraite. D'une manière générale, la Faider milite pour une remise à plat complète de l'épargne retraite et de l'épargne salariale en France. Enfin, nous voulons connaître la position des candidats sur nos propositions de 2007.

Quelles étaient ces propositions, et ont-elles été suivies d'effets ?

Il y en avait deux principales. La première concernait la stabilité législative et fiscale entourant les produits d'épargne, notamment l'assurance vie. La seconde touchait à la représentativité des épargnants au sein des autorités de contrôle que sont l'Autorité des marchés financiers (AMF) et l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP). Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy nous avaient répondu. Ce dernier s'était dit favorable aux deux propositions. En dépit de son élection, elles n'ont pas été appliquées. Il n'y est pas pour grand-chose : pour des questions juridiques, les sénateurs ont refusé d'inscrire dans la loi la stabilité fiscale de l'épargne. Quant au second point, rien n'a bougé. Pire, lors du renouvellement du conseil d'administration de l'AMF, aucune candidature d'association d'épargnants n'a été retenue. Les représentants de l'industrie financière continuent à siéger seuls au sein des autorités de contrôle. La situation ubuesque, où les contrôlés potentiels se contrôlent eux-mêmes, demeure. J'ai adressé, début juillet, une lettre au chef de l'État pour dénoncer ce conflit d'intérêt manifeste.

Que vous a répondu le président de la République ?

Son chef de cabinet m'a informé, mi-août, que Nicolas Sarkozy a pris acte de notre courrier et a demandé à François Baroin d'étudier nos propositions, en particulier celle du lancement d'États généraux de l'épargne et des consommateurs de services financiers. C'est tout pour l'instant, mais nous comptons re-venir sur cette question cruciale dans le cadre de ces États généraux de l'épargne, que nous souhaiterions organiser avec l'appui des pouvoirs publics.

En quoi consisteraient ces états généraux ?

Ils s'inspireraient des États généraux de l'industrie. Sous l'égide de Bercy, ils réuniraient tous les acteurs de la banque, de la finance et de l'assurance, les autorités de contrôle et, bien sûr, les associations d'épargnants et de consommateurs de services financiers. L'objectif serait de réfléchir sur la fiscalité, les moyens de développer l'épargne longue, l'épargne retraite et le financement des entreprises, l'adaptation des produits et des marchés financiers à ces objectifs, la protection des épargnants et des consommateurs. Qui connaît, par exemple, les sociétés d'investissement à capital fixe (Sicaf), ou les fonds à rotation lente, des dispositifs qui favorisent l'investissement à long terme dans les PME ? Toutefois, la Faider n'a ni les moyens financiers ni la légitimité pour organiser un tel événement. Encore une fois, c'est aux pouvoirs publics qu'il appartient de le faire, mais j'ai bien peur que le gouvernement n'ait, en ce moment, d'autres priorités...

Que pensez-vous des mesures d'austérité du plan « Fillon » ?

Le relèvement de 12,3 à 13,5% des prélèvements sociaux sur les produits financiers avait déjà été évoqué lors des débats sur le projet de loi de finances 2011. Ce n'est donc pas une surprise. Pour autant, ce n'est pas forcément la mesure la plus opportune, au moment où l'assurance vie subit une baisse de sa collecte depuis huit mois consécutifs et où l'épargne investie connaît l'une de ses plus importantes crises depuis 1929.

Quant à la hausse de la taxe spéciale sur les complémentaires santé, cette décision constitue une aberration. Elle risque de favoriser le développement des contrats dits « non responsables », alors que les pouvoirs publics tentent de réduire les dépenses de santé. Au lieu d'augmenter les taxes, les pouvoirs publics feraient mieux de réduire d'abord leurs dépenses.

Êtes-vous déçu du report du chantier du financement de la dépendance à 2012 ?

Oui, sans conteste. La Faider a milité en juin pour la création d'un régime de solidarité universel qui constituerait une base pour la dépendance et pérenniserait l'allocation personnalisée d'autonomie (APA), aujourd'hui financée par les conseils généraux. En complément de ce socle « universel », nous préconisons la mise en place, par les assureurs, d'un régime complémentaire de contrats facultatifs venant renforcer l'offre actuelle, qui couvre déjà 2 millions d'assurés. Par ailleurs, nous souhaitons instaurer une définition commune de la situation de dépendance et un système d'aide au maintien à domicile des personnes dépendantes. Ce report, en pleine campagne présidentielle, apparaît comme un enterrement en première classe.

Que pensez-vous de l'idée de taxer « au fil de l'eau » les contrats d'assurance vie, défendue par le rapporteur au Budget, Gilles Carrez ?

D'abord, je tiens à souligner les très bonnes relations que la Faider entretient avec Gilles Carrez et Philippe Marini, son homologue au Sénat. Nous connaissons bien le projet de Gilles Carrez. Tout ce que je peux dire, c'est que ce n'est pas une bonne idée, car ce projet serait compliqué à mettre en oeuvre et risquerait de n'avoir comme conséquences que de pénaliser un peu plus l'épargne longue, dont notre pays a tant besoin et dont le meilleur support est l'assurance vie.

SON PARCOURS

Diplômé de l'École polytechnique, Jean Berthon a débuté sa carrière comme actuaire à la Caisse des dépôts, avant d'occuper des fonctions de direction dans plusieurs banques.

  • 1987-1994 PDG de la Compagnie auxiliaire privée d'investissement
  • 1997-1998 Conseiller scientifique du président d'Athena finance
  • 1994-1997 PDG de Demachy Worms et Cie gestion
  • 1998-2006 Directeur général du Centre d'études actuarielles
  • 2006 Administrateur de la Faider, puis président en 2009

 

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