Jean-Louis Cabrespines, président du Ceges : « Il faut que les sociétaires participent davantage à la gouvernance »

Jean-Louis Cabrespines, président du Ceges : « Il faut que les sociétaires participent davantage à la gouvernance »
JEAN-LOUIS CABRESPINES

Tout juste élu à la tête du Ceges qui fédère les organisations professionnelles et les grandes entreprises de l'économie sociale et solidaire, Jean-Louis Cabrespines espère que ce modèle économique gagne du terrain. Il prône une éducation à la citoyenneté et appelle les sociétaires à s'engager.

Vous venez de défendre des propositions devant des candidats de la présidentielle. Quels en sont les points forts ?

Je défends en premier lieu un autre modèle de société. L'économie sociale n'a pas les mêmes considérations à l'égard des gens qui travaillent, des outils de production et des résultats à obtenir. Ici, celui qui produit est en capacité d'apporter sa voix. C'est un modèle différent, qui ne rejette pas celui de l'économie capitaliste, il en serait d'ailleurs plutôt complémentaire, car je ne crois pas trop à l'alternative, même si c'est sans doute ce à quoi j'aspire. On peut penser à certains moments qu'on va perdre du temps, du fait de discussions : c'est oublier la richesse que le collectif peut apporter.

Vous dites que l'économie sociale n'a pas d'étiquette politique. Mais la gauche semble davantage porter vos idées ?

Nous nous sommes rendu compte qu'idéalement, la candidate la plus tournée vers l'économie sociale est Eva Joly. Dans les préoccupations qu'elle porte au niveau de l'environnement, de l'écologie, des aspects sociaux, elle propose le plus de mesures concrètes qui peuvent rejoindre nos préoccupations. Mais l'économie sociale n'est ni de gauche ni de droite. Les valeurs de la gauche sont sans doute plus proches de celles de l'économie sociale, c'est particulièrement frappant si vous lisez Charles Gide, Proudhon.

Cette tendance se retrouve-t-elle dans tous les pays ?

Ce qui me frappe, c'est que dans les pays où l'on voit une évolution politique, le modèle recherché est souvent celui de l'économie sociale. Il faut une conscience citoyenne qui conduise à dire « je peux être responsable de ma force de travail », et ce n'est pas du tout trotskyste ni marxiste. Dans les sociétés occidentales, observez le moment des élections : le fait qu'il y ait tant d'abstention veut bien dire que les citoyens n'ont plus conscience de prendre en main leur avenir. Il y a avant tout un travail sur l'éducation à faire.

Dans les faits, est-ce que l'économie sociale ne cultive pas une sorte de « mythe du sociétaire » ?

Il faut sûrement que les sociétaires participent davantage à la gouvernance : dans une association, les membres vont facilement à l'assemblée générale, parce que cette activité est leur passion. Partout où vous avez des parts sociales, vous avez voix au chapitre. On formule des reproches au secteur bancaire, mais les sociétaires ont leur part de responsabilité.

Dans un rapport publié en mai 2011, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), a indiqué qu'il pourrait être utile de nommer au conseil d'assureurs mutualistes un nombre limité d'administrateurs indépendants, qui ne soient donc pas des sociétaires. Qu'en pensez-vous ?

Si on met « sous tutelle » les entreprises de l'économie sociale, le modèle est terminé. Dans un grou-pe bancaire, la personne nommée à sa tête doit être désignée non par l'État, mais par les sociétaires qui doivent mener la politique, à condition qu'ils prennent leurs responsabilités.

Quelles sont, aujourd'hui, les liens entre les deux économies, sociale et capitaliste ?

Je siège au Conseil économique et social, et je sens encore un vrai décalage avec les représentants des grosses entreprises. Ce modèle les étonne : qu'un salarié devienne à part entière un patron pose question. Dans le capitalisme, les ouvriers sont parfois perçus comme un moyen pour obtenir du capital, qui peut ensuite nourrir un fonds de pension ou les dirigeants de l'entreprise. On est donc sur un autre modèle économique.

Une TPE ne se rapproche-t-elle pas de cette économie dans la mesure où celui qui monte l'entreprise va réinvestir régulièrement le capital dans l'entreprise, connaît ces salariés et les écoute ?

Non, car on est alors dans l'entreprise individuelle. Dans la TPE, à la fin du mois, s'il y a des bénéfices, ou des pertes, c'est le patron qui en porte la responsabilité. Mais si l'entreprise doit évoluer, c'est aussi lui qui décide, pas les ouvriers, ce qui a parfois un côté paternaliste. Chez nous, le gérant, désigné par les autres membres, a le dernier mot mais il peut être remis en cause tous les ans.

Les deux modèles semblent toutefois perméables...

Je crois que les valeurs de l'économie sociale se sont diffusées dans les entreprises classiques. Mais c'est parfois pour une question d'image : dans certains cas, cela s'apparente à du social washing, le business est associé à une vision humanitaire, au commerce équitable ou au bio. On est alors davantage sur des activités communes que sur des modes de gouvernance, car là les modèles restent antinomiques. Est-ce une conviction, une véritable évolution des entreprises capitalistes ? Ou simplement un argument de vente, qui peut dégager des marges, je ne sais pas.

À l'inverse les entreprises de l'économie sociale n'échappent pas au monde qui les entoure.

Quand le secteur se tend, le risque est de tomber dans les mêmes affres. Mais jusqu'en 2011, au moment où l'économie capitaliste licenciait, l'économie sociale augmentait les emplois. Le taux de croissance de nos entreprises était de 4,8% quand l'économie traditionnelle affichait 0,5%.

Quelles sont les limites de votre modèle ?

Les valeurs et principes qu'on défend passent par des statuts : il peut y avoir des abus, des personnes qui montent leur association pour créer leur emploi, et reçoivent des subventions par exemple.

De quelle manière les mutuelles prennent part à cette économie sociale ?

Les mutuelles apportent un concours important au développement de l'économie sociale dans les territoires. Elles sont aussi obligées de s'adapter à ce marché concurrentiel. Mais si elles en venaient à casser leurs prix pour gagner des parts de marché, je pense qu'elles perdraient leur âme. Il leur faut continuer à innover : la Macif a créé le constat amiable que tout le monde utilise aujourd'hui. Quand la Maif parle d'assureur militant, elle revient aussi à la source de ce qu'elle est. Les sociétaires des mutuelles doivent être bien plus que des consommateurs de l'économie sociale.

Votre rêve de voir une économie sociale appliquée à tous les secteurs n'est-il pas un peu idéaliste ?

Souvent, on a une image de l'économie sociale associée aux secteurs caritatif ou des loisirs, qui sont dominants, mais ce sont loin d'être les seuls. Cette économie peut concerner la production industrielle, même si on a tendance à associer les coopératives à la reprise d'entreprises en difficulté. Notre modèle va bien au-delà, il s'agit de prendre en charge notre destin de manière collective.

SON PARCOURS

Jean-Louis Cabrespines, né en 1949.

  • 1969-1982 Diplôme d'éducateur spécialisé. Par la suite diplômes d'ingénieur de la formation des adultes, puis de psychologie clinique.
  • 2003-2011 Secrétaire général de la Fédération des oeuvres laïques en Côte-d'Or.
  • Depuis 2010 Président du Conseil national des chambres régionales de l'économie sociale (CNCRES).
  • Décembre 2011 Président du Ceges.

 

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Services d'assurance

Fondation de Selves

20 août

24 - Sarlat-la-Canéda

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Jean-Louis Cabrespines, président du Ceges : « Il faut que les sociétaires participent davantage à la gouvernance »

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié