Martin Vial, DG du groupe Europ Assistance : « Nous sommes très prudents dans nos projets à court terme »

De la care revolution conceptualisée en 2008 à l'analyse de la crise actuelle, Martin Vial remet en perspective les facteurs externes et internes susceptibles de modifier durablement le métier d'assisteur.

Comment se porte Europ assistance ?

Le groupe a profondément évolué ces dernières années et a été un moteur de mutation du secteur de l'assistance. Le temps de notre plan stratégique Colombus 2005-2010, Europ assistance a renoué avec son rôle de leader. Il a multiplié son chiffre d'affaires par 2,5 et diversifié tant ses implantations géographiques que ses activités. Alors que nous réalisions à peine 10% de notre activité dans les métiers de la santé et des services à la personne en 2004, ils comptent aujourd'hui pour un quart du chiffre d'affaires. Nous poursuivons cette stratégie de diversification sur ces relais de croissance rentable, mais l'environnement économique et financier, très secoué depuis quelques mois, nous oblige à faire preuve de pragmatisme. Les assisteurs appartiennent à un monde plus large, l'assurance, sérieusement touché par la crise, même si notre actionnaire Generali est l'un des plus puissants et solides du secteur.

Cette diversification en santé et services à la personne est-elle la traduction du concept de « care revolution » que vous aviez formalisé en 2008 dans un livre ?

Absolument. L'assistance connaît une profonde évolution depuis quelques années. D'un service ponctuel et exceptionnel en cas d'urgence tel que le groupe Europ assistance l'a inventé en 1963, nous passons à un métier de services au quotidien et de prise en charge continue des clients. Cette mutation, c'est la care revolution. Elle va se poursuivre dans les années à venir avec l'émergence d'une nouvelle donne technologique (nanotechnologies, génomique, robotique, etc.). Notre nouvelle signature, « You live, we care » [vivez, nous nous occupons du reste] illustre cette mutation que nous avons conceptualisée.

Martine Aubry a développé la notion de société du « care ». Est-ce le même concept ?

Non. Je constate que la société du care a disparu du débat public. Il s'agissait, me semble-t-il, d'un concept politique qui s'appliquait à l'ensemble de la société. Ce n'est pas le cas pour la care revolution, que j'ai conçue comme une révolution du secteur des services à la personne, générée par des grandes tendances démographiques, économiques, sociales et d'évolution des comportements des consommateurs qui se déploient partout dans le monde.

Le report d'une réforme de la dépendance constitue-t-il un coup d'arrêt pour Europ assistance sur ce segment de marché ?

La hausse de l'espérance de vie se poursuit, la care revolution également. Indépendamment de la réglementation et du financement applicables à ce secteur, Europ assistance travaille déjà avec des collectivités locales, des institutions de prévoyance et des assureurs dans plusieurs pays européens pour offrir des services liés à la dépendance. Ainsi, en France, nous avons fait l'acquisition d'une petite société qui propose de la téléassistance aux personnes âgées et dont le contenu des services va rapidement s'enrichir pour couvrir les besoins de personnes dépendantes à domicile.

Quelles sont vos ambitions pour 2012 et les années suivantes ?

Nos ambitions vont s'adapter à l'évolution de la crise, qui va s'approfondir en Europe de l'Ouest en 2012 sous le double effet du credit crunch [resserrement du crédit] et de la simultanéité des plans d'austérité décidés dans tous les pays européens. Nos grands clients, constructeurs automobiles, tour-opérateurs et voyagistes, banques et assurances, sont durement touchés par la crise et, immanquablement, leurs difficultés ont des répercussions sur leurs prestataires. Nous sommes donc très prudents et très sélectifs dans nos projets et nos investissements à court terme en Europe pour ne pas nous retrouver à contre-courant des marchés, avec la priorité absolue de sécuriser notre profitabilité dans une période de grave récession sur le continent. Hors Europe, nous poursuivons les investissements de développement dans des pays très porteurs comme le Brésil. Sur un plus long terme, Europ assistance entend renforcer sa présence dans des pays à fort potentiel et continuer la refonte de ses modèles de distribution pour accroître la part de la vente directe aux particuliers et les offres optionnelles lorsque nos services sont agrégés aux produits de nos partenaires. Cette crise conforte la pertinence de notre positionnement sur les nouveaux services de santé et de vie quotidienne. Les besoins vont continuer de croître partout dans le monde.

Pourquoi cette crise est-elle profonde et durable ?

La crise ne se résume pas à une problématique d'endettement des pays périphériques de la zone euro. Ses origines sont bien plus profon-des. Quatre facteurs se conjuguent. D'abord, une dérégulation sans précédent à l'oeuvre depuis plus de trente ans, tout particulièrement dans la sphère financière, qui s'est traduite par une sorte de « privatisation » de la création monétaire avec les phénomènes de titrisation et l'explosion des produits financiers dérivés, et ce hors du contrôle des banques centrales et des grandes institutions financières internationales, qui ont vu diminuer considérablement leur rôle de régulations. Le deuxième facteur, géostratégique, est le déplacement du centre de gravité économique mondial vers l'Asie, qui entraîne l'affaiblissement relatif de la « vieille Europe » et des États-Unis. Troisième facteur, le transfert massif, opéré aux États-Unis en 2008, de la dette privée sur les États, dont les politiques macroéconomiques vont être durablement surdéterminées par le désendettement. Enfin, cette crise survient sur fond de crise morale de nos sociétés, où la seule réussite financière individuelle est souvent devenue la référence dans beaucoup de domaines au détriment de l'éthique, du bon sens et des valeurs citoyennes.

SON PARCOURS

Diplômé de l'Essec et de l'École nationale supérieure des postes et télécommunications.

  • 1988 Conseiller technique puis directeur adjoint du cabinet du ministre des Postes et Télécommunications et de l'Espace
  • 1993 PDG de l'Aéropostale
  • 1997 Directeur général du groupe La Poste
  • 2000 Président du groupe La Poste
  • 2003 Directeur général du groupe Europ assistance

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