PATRICK LIEDTKE Secrétaire général de l'Association de Genève : « Il faut une supervision globale qui surveille toutes les activités d'une compagnie »

Secrétaire général de l'Association de Genève depuis 2001, Patrick Liedtke analyse pour l'Argus les projets de régulation du système financier et revient sur les origines de la crise économique mondiale en distinguant clairement le secteur bancaire de celui de l'assurance.

Entre le G20, les États-Unis et l'Europe, les projets de régulation du système financier sont légion. Comment l'assurance pourrait-elle contribuer à la stabilisation du système ?

L'assurance joue déjà un rôle fondamental pour la stabilité du système financier. Les produits protègent conte la volatilité des marchés, et les assureurs sont des investisseurs à long terme. La crise, née de problèmes bancaires, a touché la banque plus durement que l'assurance. Bien sûr, il y a des risques dans l'assurance, mais il y a une grande différence entre les deux secteurs. Les États n'ont pas sauvé les assureurs, mais les banques. Toutes les discussions actuelles sur la régulation du système financier oublient de faire cette distinction. Cela ne veut pas dire que les compagnies d'assurances ne sont pas concernées. Le groupe AIG, qui est devenu un conglomérat financier, a posé des problèmes. Il était sous la supervision de l'Office of Thrift Supervision, un régulateur bancaire. Le souci, c'est que les opérations effectuées par AIG Financial Products passaient à travers cette supervision. À l'avenir, il faudra que les superviseurs aient une vision complète de toutes les activités d'un groupe, y compris ses activités non assurantielles.

En Europe, les protocoles de coopération entre superviseurs nationaux ne sont pas toujours appliqués. Et, au plan mondial, le Multilateral Memorandum of Understanding (MMoU) de l'IAIS n'a été signé que par huit pays. Y a-t-il un risque que certaines activités ne soient pas supervisées ?

Oui. On devrait avoir une structure de supervision globale qui puisse surveiller toutes les activités d'une compagnie. Faut-il qu'il y ait un seul superviseur ou un collège de superviseurs ? Peu importe. Ce qui compte, c'est qu'il y ait une supervision intégrale. Aujourd'hui, les compagnies sont face à une multitude d'interlocuteurs, ce qui est inefficace. Mais le MMoU est en évolution, et un certain nombre de pays pourraient bientôt le signer. L'IAIS a aussi commencé à travailler à un Common Framework. Malheureusement, la vitesse de ce processus est parfois trop lente.

L'Union européenne prévoit de créer un Comité européen du risque systémique et trois autorités européennes de surveillance pour la banque, les marchés et l'assurance. Faut-il que ces institutions aient des pouvoirs forts ?

Les superviseurs actuels ont déjà des pouvoirs forts. La question est : jusqu'à quel point souhaite-t-on se compliquer la vie ? Il faut plutôt que les autorités soient prêtes à agir. Il faut savoir que le superviseur d'AIG avait des informations sur son risque de contrepartie bien avant la crise. Les autorités de surveillance doivent avoir un rôle de monitoring et tirer la sonnette d'alarme en cas de problème.

Quant au risque systémique, il vient des activités bancaires, et non des activités d'assurances. AIG était perçu comme un assureur, et même comme le numéro un mondial du secteur, alors qu'il avait des activités quasi bancaires. Certains journalistes se sont même trompés en disant qu'AIG signifiait American Insurance Group, au lieu d'American International Group. Il faut en finir avec cette confusion : AIG était un conglomérat financier.

Pourtant, certains assureurs ont une importance systémique par leur taille : six compagnies travaillent avec le Financial Stability Board sur leurs « testaments » (plans de redressement et de faillite ordonnée)...

D'abord, la taille ne doit pas être le seul critère pour définir le risque systémique. Ce qui compte, c'est la concentration des risques. De ce point de vue-là, les assureurs cherchent plutôt à diversifier leurs risques, contrairement aux banques qui veulent atteindre une taille critique. Le rapport « Lepetit » en France est très clair là-dessus. Ensuite, il est normal que le FSB travaille avec les assureurs, qui sont concernés par le risque systémique même s'ils n'en sont pas la source. Malheureusement, l'assurance n'a pas développé d'institutions comme les banques centrales. Le Steering Committee du FSB ne compte qu'un seul assureur, contre 24 banquiers. Pourquoi le FSB travaille-t-il sur ces « testaments » ? Parce que, quand une banque a un problème, vous n'avez que quelques heures pour agir avant l'ouverture des marchés boursiers. Dans le cas d'un assureur, vous avez des mois, voire des années, pour résoudre le problème. Quand une banque fait faillite, elle implose. Dans l'assurance, c'est une mort lente, par étapes, avec un système de run-off bien établi et testé.

Les politiques sont tentés de mettre banquiers et assureurs dans le même sac...

C'est le problème de notre secteur, il y a une compréhension très limitée de ce que nous faisons. Les discussions sur le risque systémique commencent souvent par la banque. On trouve des solutions, mais ensuite, quelqu'un, je ne sais pas qui, remplace le terme banque par les mots institutions financières.

En Europe, la directive Solvabilité 2 pourrait aboutir à un renforcement des exigences de fonds propres. Est-il vrai que les assureurs ne pourront pas le supporter ?

Il faut leur demander. Ce qui m'intéresse, c'est de savoir si cette réforme a du sens. Elle a mis en évidence certains problèmes observés pendant la crise et elle apporte des solutions, notamment en termes de gestion des risques. Depuis, le Ceiops a choisi une solution trop facile : demander plus de capital aux assureurs. Or, souvenez-vous, aux États-Unis, 592 banques ont utilisé le Troubled Asset Relief Program, et seulement trois assureurs. Le secteur bancaire n'avait pas assez de capital pour résister aux chocs.

Au contraire, on a vu dans tous les QIS que le secteur de l'assurance était bien capitalisé. Le seul assureur au monde qui a fait faillite pendant la crise est Yamato Life, au Japon. C'était une compagnie zombie, sous-capitalisée depuis longtemps. Alors, pourquoi demander aux assureurs plus de capital ? Si la charge est excessive, il y aura une augmentation des coûts, moins de croissance et des prix plus élevés pour les consommateurs.

D'aucuns affirment que Solvabilité 2 aura le mérite de pousser les assureurs à innover...

Peut-être. Chaque initiative de régulation est suivie par des innovations. L'innovation est considérée comme positive pour les ingénieurs, pourquoi pas pour les ingénieurs de la finance ? Ce qui est sûr, c'est qu'au début, le marché va tester la régulation pour voir si elle a des faiblesses. Si la directive est appliquée sans tenir compte de la réalité du business, le risque est que l'innovation se fonde sur l'arbitrage entre les différents systèmes de régulation.

L'IAS board doit publier en juin un « exposé sondage » sur les normes IFRS 4 (contrats d'assurances)...

Vous pensez ? (rire) Il aurait déjà dû sortir au mois d'avril.

Que pensez-vous de la logique de fair value à la base des normes IFRS ?

Elle remplace un système de comptabilité historique qui a montré ses limites. Mais il y a une condition très importante pour que la fair value soit efficace : les marchés financiers doivent fonctionner à tout moment et donner des signaux de prix objectifs. Malheureusement, ce n'est pas le cas. Quand le système est stressé, la limitation de la fair value crée encore plus de stress. Concrètement, vous encouragez les acteurs à jouer à court terme. Or, le rôle des assureurs est de protéger les gens à long terme. Il faudrait un système qui reflète la logique des acteurs. Je n'ai rien contre le concept de fair value, mais son application sans discrimination est problématique. Comme pour Solvabilité 2, il faut être plus intelligent.

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