Philippe Ouvrard, président de l'Anea : « La diversité a encore sa place dans l'expertise automobile »

Élu il y a près d'un an à la tête de l'Alliance nationale des experts en automobile, Philippe Ouvrard fait le point sur les évolutions du métier et les inquiétudes de la profession. Ses priorités pour 2012 : s'affirmer comme une force de proposition vis-à-vis des acteurs de l'assurance et faire connaître les atouts des experts.

Comment avez-vous abordé cette première année à la tête de l'Anea ?

L'Anea est une jeune organisation née du rapprochement de deux structures syndicales en 2006. Au cours de la première mandature, différents chantiers ont été menés, comme la mise en place des filiales Ifor2A, consacrée à la formation, et ARD, qui est centrée sur la recherche et le développement. Après ces grands travaux de scellement de l'organisation, nous avons pris l'engagement, il y a un an, de nous rapprocher à nouveau des 2 100 adhérents en organisant un tour de France. Nous avons fait étape dans six régions pour comprendre les attentes et les inquiétudes des experts et présenter nos axes de travail.

D'où viennent ces inquiétudes ?

Principalement de la concentration des assureurs et de l'automatisation des procédu-res de gestion des sinistres avec l'arrivée d'outils de contrôle de devis réalisés par les réparateurs. La façon dont les assureurs voient notre métier évolue et soulève des questions. Il y a un an, un assureur a procédé à un appel d'offres comportant des critères tels que l'existence d'un plan de continuité d'activité. C'est quelque chose de nouveau dans l'expertise en automobile. Autre point d'inquié-tude : la multiplication des regroupements et des réseaux, qui amène certains experts à s'interroger sur leur positionnement par rapport à ces structures.

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Avez-vous évalué le manque à gagner que représente pour les experts l'automatisation des chiffrages ?

Ces nouvelles procédures ont été déployées il y a moins d'un an. Nous n'avons pas encore assez de recul pour en mesurer les conséquences. Nous pourrons le faire à la fin du premier semestre 2012. Les assureurs qui ont opté pour des outils de contrôle automatique des devis estiment qu'à terme entre 15 et 20% des sinistres seront concernés. Même si les experts continuent à intervenir sur ces dossiers à l'occasion de missions d'audit ou de contrôle, il nous faut réfléchir à des solutions pour compenser la perte d'une partie des petits sinistres. Il ne faut pas attendre d'avoir perdu 10% de son chiffre d'affaires pour réagir.

Quelles sont les pistes explorées par l'Anea ?

À travers les commissions de l'Anea, nous avons travaillé sur de nouveaux services à proposer aux assureurs et aux automobilistes en complément des activités traditionnelles et des spécialités telles que l'expertise des deux-roues, des poids-lourds, la protection juridique ou la responsabilité civile. Nous avons identifié de nombreux sujets sur lesquels la profession peut apporter une vraie plus-value : l'aide à l'achat ou à la vente de véhicules d'occasion, le contrôle en amont de la souscription d'un contrat, l'audit après réparation, etc. La baisse de la sinistralité et les évolutions en matière de gestion des sinistres nous amènent à explorer d'autres voies. À nous d'être force de proposition, de nous faire connaître des automobilistes sans nous détourner de nos clients que sont les assureurs. C'est ce que nous allons faire en 2012 dans le cadre du projet Cap 2013.

En quoi consiste ce projet ?

Dans les prochains mois, nous allons rencon-trer les assureurs pour leur rappeler les compétences techniques et organisationnelles dé-veloppées par la profession autour des spécialités métiers, ainsi que sur des sujets transversaux comme la lutte contre la fraude, par exemple. À travers ces rencontres, nous allons également inventorier les besoins de nos clients tels que l'externalisation de servi-ces administratifs et techniques, mais aussi leur présenter de nouvelles prestations complémentaires. Autrefois, les experts avaient tendance à subir. Aujourd'hui nous allons inver-ser les rôles en adoptant une démarche plus marketing vis-à-vis des assureurs. C'est une nouveauté pour l'Anea.

Comment peuvent se positionner les experts par rapport à ces nouveaux services ?

Chacun choisit quelles prestations il veut développer, mais l'Anea a un travail de sensibilisation et d'accompagnement à faire, parce que se tourner vers l'automobiliste nécessite de s'organiser différemment, d'adopter des plages horaires plus larges, par exemple. Les compétences sont là. Conseiller un ami qui s'apprête à acquérir ou à faire réparer un véhicule, nous le faisons tous. À nous de professionnaliser ce type de prestations et de les faire connaître. En 2012, l'automobiliste va entendre parler de l'expert.

Pourquoi avoir créé une commission consacrée aux réseaux et aux groupements d'experts ?

Face aux interrogations de certains experts, nous avons commencé par dresser un panorama des structures existantes lors du séminaire de septembre 2011. À cette époque, nous recensions 14 réseaux et groupements ayant des approches très différentes : de l'entité nationale qui se positionne en tant que guichet unique et apporte des affaires à ses adhérents, à la structure très locale animée par une poignée d'experts pour mettre en commun des outils afin d'être plus performants. Depuis, d'autres se sont créées. Demain, pour un expert, il sera difficile de continuer à travailler en solo. Notre rôle au niveau de l'Anea est donc d'identifier les spécificités de ces structures afin que chacun puisse trouver sa place. Le rôle de la commission, via son comité d'éthique, est aussi d'identifier le terrain de jeu de chacun, de définir ce qui appartient aux groupements, ce qui relève des fondamentaux - la déontologie, la formation, etc. - et de veiller à préserver la profession en évitant de proposer des choses qui pourraient lui être néfastes.

Y a-t-il des synergies possibles avec les experts en dommages aux biens ?

Les deux univers ont des problématiques et des clients communs. Nous avons d'ailleurs convié des experts en dommages aux biens à notre séminaire sur les réseaux et nous avons rencontré la Fédération des sociétés d'expertise, mais nous n'en sommes qu'aux balbutiements en termes d'échanges. Nous pouvons nous nourrir de ce qui s'est passé dans l'expertise en dommages aux biens en matière de synergies et de mutualisation, mais je pense que tous les donneurs d'ordre ne sont pas à la recherche d'un modèle unique et que la diversité a encore sa place dans l'expertise automobile

SON PARCOURS

Gérant du cabinet L'Européenne d'expertises automobiles à Vanves (Hauts-de-Seine), cet expert en automobile s'est, dès ses débuts, investi dans des instances professionnelles.

  • 1993 Diplôme d'expert en automobile.
  • 1995 Membre du conseil d'administration de l'Association pour la formation initiale et continue des experts en automobile (Aficea).
  • 1997-2006 Président de la région Île-de-France de la Chambre syndicale nationale des experts en automobiles et matériels industriels (CSNEAMI).
  • 2007 Membre du comité directeur et vice-président de l'Anea, issue de la fusion de la CSNEAMI avec la Chambre syndicale nationale des experts en automobiles de France (CSNEAF).
  • 2011Président de l'Anea.

 

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