Serge Bizouerne, président de Dom Plus : " L'économie va se jouer sur la dimension humaine "

Serge Bizouerne, président de Dom Plus :
LAETITIA DUARTE Serge Bizouerne
Créée voilà dix ans, la société Dom Plus, spécialisée dans l'intermédiation pour les services à la personne, intervient pour de nombreux groupes de protection sociale. D'abord très présente sur la sphère du vieillissement et de la dépendance, elle se tourne aujourd'hui vers le monde du travail.

Quel est le métier de Dom Plus ?

Dom Plus a été créé au Québec, puis en France voilà dix ans sur une promesse : priorité à la personne. Depuis, près d'un million de personnes ont bénéficié de cette promesse. Notre métier est d'écouter, d'analyser et de comprendre une demande toujours singulière et de lui apporter une réponse globale. Il s'agit d'un métier très relationnel, même si cette relation se fait à distance, notamment par téléphone. Nous réalisons donc un investissement important dans la formation et le tutorat. Notre première richesse, ce sont les hommes. Ce savoir-faire relationnel a pris la forme d'une académie des métiers, un outil de transfert de compétences vers nos partenaires, qui peuvent appliquer cette approche centrée sur la personne dans leur coeur de métier. Par exemple, dans le cadre de son projet Pro BTP services + engagé depuis trois ans, le groupe de protection sociale en a fait son projet d'entreprise.

Comment ce souci de l'humain se traduit-il dans le fonctionnement de la société ?

Au départ, personne ne croyait à notre aventure. Pour cette mission d'intérêt général, nous nous étions tournés vers les pouvoirs publics, mais c'est la voix de l'entreprenariat privé qui s'est imposée à la suite de la rencontre avec des organismes de protection sociale, lesquels avaient pour priorité de développer une relation singulière avec leurs adhérents. Aujourd'hui, Dom Plus est une PME de 80 personnes (90 à la fin de l'année), qui travaille pour des grands comptes. Notre chiffre d'affaires de 8,2 M€ correspond à quelque 350 M€ de prestations déléguées. C'est une société par actions simplifiée, dotée d'un comité d'éthique où tous les actionnaires (1) ont les mêmes droits de vote. L'entreprise privilégie l'accompagnement du développement et le partage de la valeur.

Votre modèle économique a-t-il évolué ?

Non, pas dans ses principes. Il s'appuie sur l'usage d'un service et sa fréquence, avec un accompagnement dans la durée et une forte indexation qualitative. Si historiquement, ce modèle a trouvé son financement dans l'action sociale des groupes de protection sociale, il s'intègre également dans des logiques de mutualisation de prévoyance collective et de santé. L'idée selon laquelle un traitement de qualité et un suivi personnalisé induiraient un niveau de charge fixe supplémentaire n'est pas juste. Nous avons une approche maîtrisée pour le donneur d'ordres.

Pourquoi se diversifier ?

Nous constatons depuis 2008 une poussée de la demande de services pour les salariés et leur entourage. Il y a une prise de conscience de tous les acteurs, directions, organisations syndicales, branches professionnelles... Il nous est apparu naturel de transposer le savoir et la légitimité acquis sur les problématiques de vieillissement à de nouveaux univers et publics, en proposant des services aux entreprises et salariés dans le cadre du dialogue social et de la prévoyance collective, à l'image de ce que nous développons avec AG2R-La Mondiale.

Quel type de service proposez-vous ?

C'est un service à bande passante large, qui renvoie à l'économie familiale et aux problématiques de ressources, dans un contexte de fragilisation des parcours, de situations de ruptures et de difficultés d'accès aux droits. Mais la promesse d'une écoute ne suffit pas, il faut être en capacité de trouver des réponses adaptées, tout en sachant que nous n'avons pas la maîtrise de la politique du logement et de l'emploi. Le microcrédit personnel, en pleine explosion, peut être une réponse.

Plusieurs de nos partenaires travaillent sur ce dispositif, l'Ircem pour les salariés de l'emploi direct, Pro BTP pour les apprentis du secteur, ou encore D et O avec la Fédération des entreprises de services privées.

Quels sont vos résultats sur ce nouveau public des entreprises ?

Un an après sa mise en oeuvre, le bouquet de services déployé chez Lafarge, à l'initiative des partenaires sociaux, connaît un taux d'utilisation important, de l'ordre de 5%, voire plus. En janvier 2012, entre 1,8 et 2 millions de salariés devraient d'ailleurs disposer de ce type de services élargis, avec un déploiement dans le cadre d'entreprises. Mais également de branches et d'organisation syndicales pour leurs propres adhérents. Chacun cherche ainsi un point d'entrée unique de la demande afin de valoriser y compris ses propres prestations.

Envisagez-vous une évolution de votre actionnariat ?

Notre modèle est ouvert, 50% de notre activité provient de donneurs d'ordres non actionnaires. Pour autant, je pourrais résumer notre projet par le triptyque croissance durable-métier durable-emplois durables. Nos actionnaires sont des partenaires de la première heure, qui portent totalement le projet de l'entreprise, et il n'est pas d'actualité d'ouvrir notre actionnariat.

Comment expliquez-vous les difficultés des enseignes de services à la personne ?

Le plan de développement des services à la personne s'inscrivait dans le cadre du plan de cohésion sociale, et répondait à un objectif de création d'emplois et de solvabilisation de la demande. Ce « plan Borloo » a permis un doublement des émissions de Cesu (2) chaque année, mais n'a pas suffisamment pris en compte la problématique de l'accès aux services, pour se focaliser sur les prestations. Un phénomène accentué par le fait que les enseignes ont conçu ce développement comme un relais de croissance. C'est l'éternel serpent de mer : a-t-on bien perçu la demande ? L'usage des services à la personne passe encore largement par l'emploi direct. Lorsque l'on sollicite une personne âgée ou une mère de famille, il y a des chances qu'elle emploie déjà quelqu'un à la maison en qui elle a confiance. Elle a plus besoin d'un accompagnement.

Comment percevez-vous le débat actuel sur la dépendance ?

Il ne faudrait pas refaire ce qui a été fait pour les services à la personne. On parle de guichet unique, mais c'est la personne qui est unique. Notre pays doit financer la dépendance, mais est-il prêt à entendre la population ? Celle-ci semble davantage en attente d'une réflexion sur la qualité de vie. Lorsqu'on évoque le Canada, on oublie que ce pays a engagé de véritables politiques publiques. Dans les cinq ans à venir, l'économie se jouera sur la dimension humaine.

(1) Groupe Initiative, France Télécom/Orange, AG2R-La Mondiale, Pro BTP, D et O

(2) Chèque emploi service universel

SON PARCOURS

Serge Bizouerne est psychologue du travail et ergonome.

  • 1983-1990 : DRH, puis dirigeant de filiale France Télécom-Orange.
  • 1990 : Création de Groupe Initiative, spécialisé dans l'accompagnement des politiques publiques.
  • 1996 à 1999 : Travaux avec le gouvernement du Québec sur la prise en charge à domicile.
  • 2000 : Fonde Dom Plus Inc. au Canada, et Dom Plus en France.
  • 2009 : Publie l'ouvrage « Priorité à la personne » avec l'économiste Luc Matray.

Serge Bizouerne, président de Dom Plus :

Serge Bizouerne, président de Dom Plus :

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 15 novembre 2019

ÉDITION DU 15 novembre 2019 Je consulte

Emploi

KAPIA RGI

Développeur Angular JS (F/H)

Postuler

KAPIA RGI

Développeur Oracle PL / SQL (F/H)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Prestations de service d'assurance en matière de frais de santé pour l'EPA Sénart.

EPA de la Ville Nouvelle de Sénart

14 novembre

77 - EPA DE SENART

Prestations d'assurance - Dommages aux biens et risques annexes.

Ville du Tampon

14 novembre

974 - LE TAMPON

RENOUVELLEMENT DU CONTRAT-GROUPE D'ASSURANCE STATUTAIRE DU CENTRE DE GESTION DE LA ...

Centre de Gestion de la Fonction Publique Territoriale de Cayenne

14 novembre

973 - CDG 973

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Serge Bizouerne, président de Dom Plus : " L'économie va se jouer sur la dimension humaine "

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié