« 2012 marque sans doute un nouvel équilibre en assurance vie »

« 2012 marque sans doute un nouvel équilibre en assurance vie »
Luc Perenom Stéphane Dedeyan, Président de la commission plénière des assurances de personnes de la FFSA, membre du comité de direction générale de Generali France.
Le Monsieur assurance de personnes de la FFSA réagit à l’actualité chargée de ce secteur : rapport Berger-Lefebvre, généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés, réforme de la retraite... En charge de la direction de l’épargne patrimoniale, du développement et de la distribution chez Generali France, Stéphane Dedeyan revient également sur la stratégie du groupe.


Au sein de la FFSA, comment analysez-vous le rebond de l’assurance vie après la décollecte de 2012 ?
La situation reste fragile comme le montrent les chiffres de la collecte nette négative de juin. Les 7,7 Md€ de collecte des six premiers de mois de 2013 sont à comparer aux 21 Md€ du livret A et du livret de développement durable (LDD), alors qu’historiquement, l’assurance vie se situait à des niveaux bien plus élevés. L’augmentation des plafonds a certes profité aux livrets. Mais l’assurance vie a, elle aussi, bénéficié de phénomènes favorables et notamment des transferts liés à l’alourdissement de la fiscalité sur les comptes titres. Les réseaux de bancassurance ont été les premiers à profiter de ce phénomène : en assurance vie, ils sont en croissance de 14% alors que les réseaux traditionnels sont à 5%.

Y a-t-il un changement profond du marché de l’assurance vie ?
Dans un contexte de baisse des taux et de crise des dettes souveraines, la préférence des épargnants, en 2012, est allée à la liquidité : il y a eu plus d’argent orienté vers le livret A et le LDD que vers l’assurance vie. à la baisse de la collecte s’est ajoutée une augmentation des rachats, les gens ayant voulu améliorer leur pouvoir d’achat, rembourser leur emprunt ou réorienter leur épargne vers l’immobilier. D’où les 6,5 Md€ de décollecte. Mais si l’on regarde la période à laquelle l’assurance vie a connu son essor – les années 80 – et l’âge de souscription moyen d’un contrat – environ 40 ans – on s’aperçoit que les épargnants historiques ont aujourd’hui l’âge de prendre leur retraite. C’est la démonstration que l’assurance vie répond à sa promesse de financement long, mais cela veut dire aussi que la phase d’accumulation arrive à son asymptote naturelle. 2012 marque, sans doute, le début d’un nouvel équilibre. à l’avenir, les collectes seront peutêtre moins importantes mais il n’y a pas de raison qu’elles ne soient pas positives, les besoins – retraite, dépendance, etc. – sont croissants.

"Sur l’accord national interprofessionnel, le chapitre juridique est clos. "



Vos commentaires sur le rapport Berger-Lefebvre ?
Nous partageons l’idée qu’il faut relancer la croissance par l’investissement et non par la consommation qui a pour effet d’augmenter les importations. C’est justement dans ces conjonctures difficiles que l’assurance vie délivre tout son potentiel. Dans le financement de l’investissement, elle a un rôle essentiel à jouer puisque le rapport estime à 70 Md€ sa contribution sur les 100 Md€ à réinjecter dans l’économie. C’est à mon sens, une consécration de ce modèle et de la nécessité de maintenir un cadre qui lui soit propice. L’Eurocroissance est la traduction même de ce constat. Ce nouveau contrat offre de la sécurité aux clients tout en permettant aux assureurs de réinvestir dans des actifs risqués qui financent l’économie, et cela sans pénaliser pour autant leur fonds propres et avec des espérances de rendement intéressant pour les clients : un surcroît par rapport aux fonds euros de l’ordre de 100 points de base par an, voire 200 dans les scénarios économiques les plus favorables, selon les calculs faits par la FFSA en croisant les modèles de plusieurs compagnies.

SON PARCOURS

Diplômé d’HEC et de l’Institut des actuaires français, Stéphane Dedeyan, a été élu en juin 2011 à la présidence de la commission plénière des assurances de personnes (CPAP) de la FFSA.
  • 1990 - 1994 : EuroseptAssurances, AT Kearney, cabinet de courtage Legendre.
  • 1999 : Inspecteur des risques professionnels, Generali Proximité, puis directeur des entreprises et des partenariats, directeur commercial et directeur général adjoint.
  • 2006 : Directeur général de Generali Patrimoine.
  • Aujourd’hui, membre du comité de la direction générale de Generali France, en charge de la direction de l’épargne patrimoniale, du développement et de la distribution.


Concernant l’accord national interprofessionnel, quelle interprétation faites-vous de la décision prise par le Conseil constitutionnel ?
Le Conseil constitutionnel revient au principe fondamental posé dans le dialogue entre partenaires sociaux, celui de la liberté de choix pour l’entreprise de désigner l’organisme assureur chargé de couvrir les risques santé et prévoyance pour l’ensemble de ses salariés. Ce qu’il dit c’est qu’il ne peut plus y avoir de clauses de désignation et de migration, alors que la recommandation d’un ou plusieurs organismes, qui me paraît vertueuse, reste possible, comme prévu dans l’accord de janvier 2013. Cette décision s’impose à tout le monde. Elle est limpide. Pour moi, le chapitre juridique est clos. En revanche, il reste des questions en suspens en termes de mise en oeuvre d’un tel accord.

"La situation de l’assurance vie reste néanmoins fragile comme le montre la collecte nette négative de juin."



Lesquelles ?
Au sein de la CPAP (Commission plénière des assurances de personnes de la FFSA), nous travaillons sur différentes solutions techniques pour garantir, par exemple, que les salariés d’une entreprise en cessation de paiement continuent à être couverts, ou pour permettre aux assureurs d’améliorer la prévention ou l’action sociale en s’inscrivant dans un cadre qui soit compatible avec ce que souhaiteront les branches. Certains disent qu’une petite entreprise qui emploierait un salarié atteint d’une maladie grave risquerait de ne pas trouver d’assureur… Assurer des risques plus aggravés que d’autres, c’est le métier même de l’assurance. En tant qu’assureurs, nous prendrons nos responsabilités et feront en sorte que toutes les entreprises, quel que soit le profil de leurs salariés, trouvent à s’assurer.

Mais à quel prix ?
Quand toutes les entreprises d’une branche doivent rejoindre l’organisme désigné et que ce dernier est dans une situation de monopole de fait, comment voulez-vous que cela pèse à la baisse sur les prix ? Maintenant que l’entreprise a le libre choix, la concurrence va jouer sur chaque affaire en permanence et pas uniquement lors d’un appel d’offres tous les cinq ans.

Comment va évoluer le label dépendance lancé en mai 2013 ?
En tant qu’assureur notre responsabilité est de faire en sorte que le complément au socle étatique que nous allons proposer soit le plus lisible possible. C’est l’idée de ce label. Nous sommes ouverts à la discussion, ce que l’on souhaite c’est travailler en bonne intelligence dans la recherche d’une complémentarité bien pensée. C’est d’ailleurs dans cette logique que nous abordons, au sein de la CPAP, les refontes qui touchent toutes les composantes de l’assurance de personnes. Le système de protection sociale est plébiscité, ce que nous souhaitons c’est le préserver, contribuer à ce qu’il soit équilibré et venir le compléter pour permettre aux assurés de faire face aux aléas de la vie dans des conditions optimisées.

Quelle est votre position sur la réforme à venir de la retraite ?
Le rééquilibrage qui s’impose du système de retraite va se traduire mécaniquement par une baisse du taux de remplacement. En matière d’assurance supplémentaire, il faut privilégier les formes de rémunération différée, donc de rente et pas du capital. Il nous paraît important d’offrir de la flexibilité aux entreprises. Au lieu d’un taux de cotisation fixe, optons pour un « corridor » afin qu’elles puissent verser davantage si elles sont dans une situation économique favorable, et moins si elles rencontrent des difficultés. Favorisons aussi les versements individuels dans les contrats collectifs, car l’entreprise ne peut pas tout. Le rééquilibrage du système va peser sur le coût du travail et donc sur la compétitivité ; aux assureurs de s’adapter et de proposer des compléments souples et flexibles.

Quelles seraient, selon vous, les directions à ne pas prendre ?
Il ne faudrait pas que la contribution à la relance de la croissance attendue des évolutions du cadre technique de l’assurance vie soit annulée par une augmentation du coût du travail. C’est un point sur lequel il faut être extrêmement vigilant. D’autre part, il faut faire confiance au dialogue social dans l’entreprise afin que chacune d’elle puisse trouver la solution adaptée à sa situation. Leur laisser de la souplesse c’est leur donner la possibilité de faire de ces systèmes complémentaires, un outil de management et de transformation.

"Le rééquilibrage du système de retraite va se traduire mécaniquement par une baisse du taux de remplacement."



Concernant Generali, quelle est sa stratégie dans ce paysage en évolution ?
La pression qui s’exerce sur le modèle de l’épargne nous a amenés à développer la prévoyance, la santé et la retraite, moins dépendantes des marchés financiers. Entre 2011 et 2012, l’équilibre entre nos activités a évolué dans ce sens. L’épargne qui représentait 50 % du chiffre d’affaires est passée à 45%, la protection sociale de 25% à 28% et le dommage de 25% à 27%.

Comment avez-vous procédé ?
En épargne, nous nous sommes recentrés sur une clientèle plus stable ayant la volonté d’orienter son épargne vers des investissements plus risqués pour recréer du rendement. Cela nous a amenés à revoir notre politique de souscription et à refuser les affaires 100% euros, ce qui s’est traduit par une décollecte. Nous avons ainsi gagné neuf points sur le taux d’unités de compte entre décembre 2012 et mi 2013 et atteint 24%. Dans le même temps, la collecte a augmenté de 10% et nous sommes aujourd’hui en situation de collecte nette positive. En 2013, notre objectif est de continuer à piloter l’activité en temps réel et à rester en pointe en termes d’innovation produits.

Votre approche sur la protection sociale ?
En retraite, nous enregistrons une croissance de 8% (par rapport à 2012) alors qu’en prévoyance et en santé, nous faisons face à une légère baisse d’activité sur le segment de la collective. Le prochain rendezvous sera la bascule de la santé individuelle qui pèse plusieurs centaines de millions d’euros dans notre activité, vers la collective, un marché sur lequel nous sommes déjà présents, et notamment sur le segment des entreprises de moins de 300 salariés. Il y a là une opportunité pour nous comme pour nos réseaux de distribution – courtiers, agents et salariés. Les entreprises ayant la liberté de choix, il faudra désormais aller les convaincre une par une, d’où l’importance de pouvoir s’appuyer sur des réseaux de proximité. à ce titre, notre partenariat avec Klesia en sort renforcé.

Propos recueillis par Estelle Durand et Carole Molé-Genlis

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