Un an de jurisprudence en matière de responsabilité de l'assureur

Un an de jurisprudence en matière de responsabilité de l'assureur
PATRICK KOVARIK En 2009, l’exposition Our Body, mettant en scène des cadavres écorchés avait été interdite par le juge des référés, saisi par deux associations, décision confirmée en appel puis en cassation. La société Encore Events, organisatrice de l’événement, avait assigné ses assureurs, qui refusaient de prendre en charge les conséquences de l’annulation.

Quelle est la sanction applicable lorsqu’un assureur oppose un refus de garantie à l’assuré en commettant une négligence dans la gestion du sinistre ? Analyse des principaux contentieux en la matière.

Difficile d’accepter un refus de garantie émis par son assureur alors qu’il a régulièrement perçu le montant des primes. En pareil cas, certains assurés sont tentés d’engager la responsabilité contractuelle de cet assureur indélicat. Cette situation, loin d’être isolée, fait l’objet d’une jurisprudence abondante à laquelle il convient de s’intéresser au travers des derniers arrêts rendus en la matière.

Sanction encourue

Il faut au préalable écarter l’idée selon laquelle la sanction encourue par un assureur en cas de manquement à ses obligations serait la mobilisation de sa garantie. Comme le rappelle la Cour de cassation, un manquement d’un assureur ne peut « donner lieu qu’à l’allocation de dommages-intérêts et non entraîner l’inopposabilité à l’assuré de clauses du contrat » (Civ. 2e, 8 févr. 2018, n° 16-27.495). Ainsi, il n’est pas possible d’obtenir la nullité d’une condition de garantie ou d’une clause d’exclusion dont se prévaudrait un assureur pour justifier son refus de garantie. Les sanctions qu’il encourt sont celles du droit commun des contrats soit le paiement de dommages-intérêts à hauteur du préjudice subi par l’assuré.

La difficulté est alors de déterminer quel est ce préjudice, et partant le montant des dommages-intérêts auquel l’assuré a droit. Ce dernier ne pourrait-il pas soutenir que sans la faute imputée à son assureur, il aurait pu obtenir le montant de l’indemnité de sorte que les dommages-intérêts doivent être égaux à cette somme ? À mon sens, si convaincant que puisse être cet argument, les juges auront plutôt tendance à raisonner en perte de chance de percevoir l’indemnité. En effet, dans beaucoup d’espèces, le lien de causalité entre la faute imputée à l’assureur et le dommage subi par l’assuré est souvent affecté d’un aléa. Par exemple, face à un manquement à un devoir de conseil, il n’est pas toujours certain que mieux informé, l’assuré aurait adopté un comportement différent et éviter la réalisation de son préjudice.

Lien de causalité

La fin de la saga jurisprudentielle de l’exposition Our Body (photo) a permis à la Cour de cassation de rappeler que tout manquement d’un assureur n’ouvre pas nécessairement droit à l’allocation de dommages-intérêts (Civ. 2e, 3 mai 2018, n° 17-15.044). Dans cette espèce, la Cour considère que mieux informé par son assureur sur les risques de contrariétés à l’ordre public, l’organisateur de l’exposition Our Body n’aurait pas annulé l’événement et aurait souscrit en vain l’assurance annulation. Pour ce faire, la Cour relève que cet organisateur s’était montré confiant sur la tenue de son exposition et avait déjà engagé d’importantes dépenses.

Cet arrêt permet d’illustrer la règle gouvernant le principe de réparation intégrale qui oblige le juge à replacer la victime dans la situation dans laquelle elle aurait été sans la faute dont elle sollicite la réparation. Ainsi, en matière de devoir de conseil, il faut déterminer quelle aurait été l’attitude de la victime si elle avait été mieux informée. Aurait-elle refusé de signer la police ou l’aurait-elle signée à des conditions différentes ? En cas de doute, le juge doit recourir à la notion de perte de chance, ce qui sera souvent le cas en matière de responsabilité de l’assureur.

À noter

Le défaut de conseil d’un assureur n’ouvre pas toujours droit à réparation (Civ.2e, 3 mai 2018, n° 17-15.044).

 

Prescription

La Cour de cassation retient que « le dommage résultant d’un manquement au devoir de conseil dû à l’assuré sur l’adéquation de la garantie souscrite à ses besoins se réalise au moment du refus de garantie opposé par l’assureur » (Civ. 1re, 18 mai 2017, n° 16-17.754). Ainsi, le point de départ de la prescription est le jour où l’assureur émet son refus de garantie car avant cette date, l’assuré ne subit aucun dommage puisqu’il ignore la position de son assureur. La prescription alors applicable est celle du droit commun, soit 5 ans car il est acquis qu’une action en responsabilité contre un assureur au titre de son devoir de conseil n’est pas soumise à la prescription biennale de l’article L. 114-1 du code des assurances (ex. : Civ. 2e, 10 déc. 2015, n° 14-29.214).

À retenir

  • Selon la Cour de cassation, le dommage se réalise au moment où l’assureur refuse le bénéfice de sa garantie (Civ.2e, 18 mai 2017, n° 16-17.754).
  • Bien que la Cour de cassation reconnaisse que la résiliation après sinistre puisse être abusive et constitutive d’une faute, elle ne précise pas pour autant les critères caractérisant l’abus (Civ 2e, 18 janvier 2018, n° 16-26.494)

 

Exemple de faute : indemnité insuffisante

La Cour censure un arrêt ayant retenu la responsabilité d’un assureur en raison de la persistance des désordres qui lui avaient été déclarés et pour lesquels les travaux confortatifs se sont révélés inadaptés ou inefficaces (Civ. 3e, 21 déc. 2017, n° 16-24.370). En effet, la Cour estime que de tels faits ne suffisent pas à caractériser une faute de l’assureur qui s’en était notamment remis pour déterminer les travaux de reprise à son expert et à l’entreprise les ayant réalisés. De fait, l’assureur n’est pas tenu à une obligation de résultat de mettre fin aux sinistres qui lui sont déclarés, l’insuffisance de l’indemnité ne permettant pas à elle seule d’engager sa responsabilité. Il faut donc démontrer en quoi il a manqué à ses obligations. En parallèle, l’assuré pourra néanmoins engager la responsabilité de l’entreprise ayant réalisé les travaux de reprise ou de l’expert désigné qui les a préconisés.

Cette solution aurait toutefois été différente pour un assureur dommages-ouvrage qui est tenu de garantir l’efficacité des travaux de reprise (Civ. 3e, 20 juin 2007, n° 06-15.686). La Cour de cassation fait cependant preuve de plus de clémence pour les assureurs auto puisqu’elle estime qu’on ne peut leur reprocher d’avoir adressé une offre d’indemnisation insuffisante car ne comprenant pas certains chefs de préjudice en se fiant au rapport d’un médecin-conseil qui ne les avaient pas retenus (Civ. 2e, 13 sept. 2018, n° 17-22.727).

Exemple de faute : résiliation abusive après sinistre

La Cour considère pour la première fois que le droit de résilier après sinistre une police en application peut être abusif et constituer une faute. Il est en effet reproché à la cour d’appel de ne pas avoir recherché si la résiliation décidée par la compagnie Gan Eurocourtage n’était pas abusive dans la mesure où elle serait motivée par la volonté « de se dégager avant terme de ses obligations, pour apurer ses comptes en vue de sa cession à la société Allianz » (Civ 2e, 18 janv. 2018, n° 16-26.494).

En l’espèce, un tour-opérateur avait souscrit en 2010 auprès de Gan cinq contrats d’assurance afin de proposer à ses clients des garanties optionnelles, telles que des garanties annulation ou assistance qui présentaient une forte sinistralité. La cour constate alors que la décision de résilier avait été prise alors que le nombre de sinistres n’avait pas augmenté, ce qui pourrait caractériser un abus.

Ainsi, la décision de résilier après sinistre n’est plus discrétionnaire. D’ailleurs, la loi Hamon avait déjà mis à mal ce principe en instituant un article L. 113-12-1 dans le code des assurances obligeant à motiver la résiliation pour les polices couvrant une personne physique en dehors de son activité professionnelle. Cependant, ce que ni cet article ni l’arrêt ne précise, ce sont les critères pour caractériser un abus. Faut-il nécessairement qu’il y ait une augmentation du taux de sinistralité pour que l’assureur puisse résilier ? Or, à mon sens, comme en l’espèce, le maintien d’une sinistralité forte sur plusieurs années devrait suffire à justifier la résiliation de la police. Cet arrêt ne doit pas permettre au juge de s’immiscer dans la politique commerciale des assureurs, étant précisé qu’on peut douter que le maintien des contrats d’assurance en cause ait eu un impact sur l’achat du Gan.

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