[DOSSIER] Cahier pratique : l’assurance en perspectives, six [...] 6/7

L’assurance vie est-elle en fin de vie ?

L’assurance vie est-elle en fin de vie ?
Virak Nou, actuaire IA, associé, responsable du pôle Assurance vie, Actuaris

Faire vivre l’assurance vie dans le contexte délétère des taux bas est une gageure. Diversification des investissements, valorisation de la prise de risque délibérément choisie par l’assuré ou encore la réactivité des outils connectés sont autant de pistes qui doivent être explorées.

Par Virak Nou, actuaire IA, associé, repsonsable du pôle Assurance vie, Actuaris

Tous les acteurs du monde financier s’accordent à dire qu’une remontée progressive des taux serait le meilleur des scénarios pour renouer avec des marges financières plus confortables tout en permettant une transition sans à-coup pour le stock d’épargne, investi aujourd’hui à des taux très faibles. Mais quel serait l’avenir de l’épargne en assurance vie si les taux restaient proches de zéro sur toute la prochaine décennie ? La question est difficile, preuve en est l’absence d’innovation dans le secteur depuis quelques années. L’eurocroissance étant surtout un reconditionnement de l’eurodiversifié qui avait été créé en même temps que le Perp, avec un succès limité. Afin de répondre à cette question, ou, à défaut, de cerner les pistes qu’il conviendrait d’explorer, essayons de dresser le constat des raisons du succès de l’assurance vie depuis 15 ans, tant du point de vue de l’assureur que de l’assuré.

Performance et fiscalité

Pour l’assuré, le premier avantage évident de l’assurance vie tient en sa fiscalité, tant pour l’allégement de la taxation des plus-values après 8 ans que pour les conditions fiscales dans le cadre de la transmission de patrimoine en cas de décès. Mais surtout, l’assurance vie a bénéficié d’un effet retard dans la rémunération des contrats : les primes étaient investies dans de l’obligataire, dont les taux n’ont cessé de baisser, permettant, chaque année, de fournir un rendement supérieur à ceux des dépôts bancaires ou du livret A. C’est encore le cas aujourd’hui, mais plutôt par utilisation des réserves des assureurs : provision pour participation aux excédents (PPE) et plus-values latentes.

La baisse régulière des taux a donc largement contribué à l’attractivité des contrats en euro. Mais aujourd’hui, malgré l’effort consenti par les assureurs sur les taux servis, cette attractivité s’est tarie du fait d’un écart avec les autres produits d’épargne qui s’est réduit, et qui ne compense pas le manque de liquidité du produit ainsi que sa structure de frais de gestion.

Si la fiscalité de l’assurance vie a de grandes chances de perdurer, dans un contexte de taux durablement bas, la performance, elle, n’a aucune chance de revenir et ce n’est pas sur ce critère que l’assurance vie pourra se démarquer. Forts de ces constats, quelles pistes pouvons-nous esquisser pour demain ? Voici deux axes qui pourraient const i tuer, le renouveau de l’assurance vie si cette dernière veut survivre dans un contexte des taux bas.

« L ’assurance vie a bénéficié d’un effet retard dans la rémunération des contrats : les primes étaient investies dans de l’obligataire, dont les taux n’ont cessé de baisser. »

L’interface client

C’est une évidence à l’heure du numérique, la gestion du client en assurance vie devra être dématérialisée. Application smartphone, tablette, Internet ou tout autre objet connecté de demain devront permettre à l’assuré de suivre en temps réel l’évolution de ses encours, d’effectuer ses actes de gestion et bénéficier de conseils avisés.

Mais au-delà de l’intérêt du point de vue de l’assuré, il s’agit aussi d’un outil précieux pour l’assureur. Ces interfaces de gestion permettront de collecter énormément de données tout au long de la vie du contrat, à la fois pour les demandes de rachats ou les actes de gestion, mais aussi la fréquence de consultation des encours, le type de conseils qui intéresse l’assuré, etc.

Ces informations devront être centralisées et surtout, pourront être analysées en lien avec les comportements observés (rachats, versements libres, arbitrages, etc.) et permettront à l’assureur d’anticiper les actions de l’assuré.

« I l serait donc intéressant de créer des supports d’unités de compte avec des thématiques beaucoup plus marquées : entreprises régionales, secteur spécifique, etc. »

La segmentation des offres

L’épargne en euros répondait à de multiples besoins : constitution d’une épargne disponible, transmission de patrimoine, complément de retraite, etc. Demain, dans un environnement de taux bas, la segmentation des produits par besoin apparaît incontournable. L’épargne classique, sans risque, sera vraisemblablement en voie d’extinction, les assureurs vie devraient alors proposer :

un produit d’épargne classique ;

un produit dédié à la transmission de patrimoine ;

un produit d’investissement.

Le produit d’épargne classique
Similaire à l’euro que l’on connaît aujourd’hui, ce type de produit ne pourra se démarquer de manière significative de ses concurrents bancaires, livret A, dépôts à terme, notamment. Moins liquide, sans avantage fiscal dans un contexte de taux bas, il ne sera pas attractif et générera peu de marge pour l’assureur tout en étant consommateur de capital.

Un produit dédié à la transmission de patrimoine
Un tel produit, par rapport à l’euro classique, pourrait proposer une plus forte composante liée à la mortalité de type garantie plancher ou rente viagère assortie d’une transmission de capital.

Par Virak Nou, actuaire IA, associé, responsable du pôle Assurance vie, Actuaris

Avec l’existence d’une garantie plancher en cas de décès, l’assuré aurait une propension bien plus importante à investir dans des supports sans garantie en capital ce qui permettrait de démarquer un tel produit de ses concurrents bancaires.

Un mécanisme de sortie en rente viagère pour une fraction du capital uniquement permettrait de coupler un maintien du pouvoir d’achat avec une transmission de capital au moment du décès. L’assureur pourrait alors :

« C ’est une évidence à l’heure du numérique, la gestion du client en assurance vie devra être dématérialisée. Application smartphone, tablette, Internet ou tout autre objet connecté de demain devront permettre à l’assuré de suivre en temps réel l’évolution de ses encours, d’effectuer ses actes de gestion et bénéficier de conseils avisés. »

- fractionner l’encours en deux parties : une part pour le versement d’une rente viagère et une part pour le versement d’un capital aux ayants droit ;
- proposer un mécanisme de rachats réguliers : le capital versé aux ayants droit dépendra alors du moment du décès ;
- transformer l’ensemble du capital en rente viagère dont une partie financera une garantie temporaire décès viagère à prime nivelée.

Un produit d’investissement
L’un des problèmes de l’assurance vie aujourd’hui, et notamment des contrats multisupports réside dans son positionnement dans l’univers des produits d’investissement. L’assurance se veut à la fois sûre et dynamique. Dans un contexte de taux bas, une telle ambivalence paraît compliquée à promettre. L’assurance vie de demain doit trancher avec celle d’aujourd’hui et mieux affirmer son caractère de produit d’investissement auprès du grand public, la clientèle haut de gamme étant déjà familière avec cet aspect. Un tel produit se démarquerait ainsi de ses concurrents bancaires par son cadre fiscal avantageux au-delà de 8 ans mais aussi par les garanties accessoires qu’il pourra proposer : garanties plancher en cas de décès ou de vie.

Dans son positionnement, l’assurance vie comme produit d’investissement doit également rapprocher l’investisseur (l’assuré) de ses capitaux. Les fonds en unités de compte (UC) classiques que l’on voit aujourd’hui n’ont que très peu évolué depuis 10 ans et se contentent de répliquer les principaux marchés mondiaux. Le succès des financements participatifs démontre la capacité des investisseurs « grand public » à accepter de perdre leur mise à partir du moment où ils estiment avoir choisi où placer leur argent. Dans les fonds proposés aujourd’hui, ils n’ont pas le sentiment d’avoir choisi, un gérant l’a fait pour eux.

Il serait donc intéressant de créer des supports d’unités de compte avec des thématiques beaucoup plus marquées : entreprises régionales, secteur spécifique, etc. De tels supports ne pouvant avoir une capacité importante, les assureurs devront être en mesure de gérer des architectures ouvertes avec des souscriptions limitées en encours.

L’assurance vie dans 10 ans sera probablement bien loin des considérations évoquées plus haut, d’autant plus si les taux d’intérêts remontent. Mais le marché a plus brillé par son inertie que par son agilité au cours de la dernière décennie. En cas de persistance de taux bas, si l’immobilisme des acteurs prévaut, le marché pourrait disparaître.

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