Claudia Cordioli (Swiss Re) : "Des partenariats sont très probables entre (ré)assureurs et grandes entreprises technologiques"

Claudia Cordioli (Swiss Re) :
photos : Laurent TEISSEIRE
Claudia Cordioli (Swiss Re) :

Claudia Cordioli, qui dirige les marchés européens chez Swiss Re, fait le point sur les principaux enjeux d’avenir. Avec 778 M€ de primes, la France est l’un des dix premiers marchés du réassureur mondial. Un marché mature sur lequel les couvertures sont sophistiquées.

Argus de l'Assurance : La France est l’un des dix premiers marchés de Swiss Re dans le monde. Quelles sont ses spécificités ?

Claudia Cordioli (Swiss Re) : Le marché français est mature et sophistiqué, les cédantes y utilisent la réassurance comme un outil de gestion de leur capital et de leur solvabilité. Elles travaillent aussi avec les réassureurs pour développer de nouvelles solutions de couverture, face au cyber risque par exemple, ou à la dépendance.

Vous mentionnez le cyber risque. Pour l’heure, les (ré)assureurs semblent peiner à trouver des réponses et des couvertures appropriées...

Il est vrai que le cyber est un risque émergent. Swiss Re a modifié sa façon de l’aborder, nous travaillons désormais avec nos clients pour mieux évaluer leur exposition au risque. Il s’agit aussi de repenser la relation avec les assurés afin de leur offrir des produits adaptés à leurs besoins, des solutions de gestion des risques, et de l’assistance dans la gestion de crise. Nous ne pouvons plus nous contenter d’offrir seulement une couverture assurantielle. Le risque cyber devrait être un moteur de croissance dans les 20 ans à venir, mais nous devons d’abord l’évaluer et le tarifer de manière appropriée. Pour l’heure, nous savons que les pertes peuvent se chiffrer en milliards d’euros, mais nous ne disposons pas de la profondeur historique pour évaluer ce risque de manière entièrement satisfaisante. Par ailleurs, il existe aujourd’hui beaucoup de couvertures silencieuses dans les contrats d’assurance. Nous travaillons à concevoir des couvertures spécifiques et explicites.

Vous n’offrez pas encore de couverture spécifique ?

Si, bien sûr. La France est d’ailleurs le premier marché où nous avons développé des solutions cyber complètes. Nous avons développé une plateforme que nous offrons à nos cédantes afin d’évaluer leurs risques et leur offrir la couverture appropriée. Pour les PME, en particulier, le cyber est probablement l’un des plus gros risques, mais elles n’en ont pas forcément conscience. La première étape est donc que ces entreprises évaluent leur exposition au risque. La deuxième est qu’elles se protègent face au risque cyber : cela passe par l’assurance bien sûr, mais aussi par la prévention et une meilleure sécurisation des systè­mes d’information.

Offrir des services, est-ce cela l’avenir de l’industrie de la (ré)assurance ? Swiss Re se définit comme « une entreprise de connaissances » : est-ce ainsi que vous concevez le rôle d’un réassureur aujourd’hui ?

Sur le marché de la réassurance, il y a beaucoup de capital et de capacités disponibles aujourd’hui. Nous ne pourrons pas nous diffé­rencier si nous restons uniquement des pourvoyeurs de capacités. Swiss Re essaie donc d’offrir une large expertise à ses clients. Nous investissons beaucoup dans la technologie car nous pensons qu’elle est la clé pour les assureurs s’ils veulent repenser la relation avec leurs clients et les faire entrer dans l’ère du digital. Nous investissons également dans des solutions innovantes : en auto, nous avons développé un système de scoring en fonction des dispositifs de sécurité dont sont équipés les véhicules, ou encore des solutions paramétriques entièrement digita­les pour l’indemnisation des passagers en cas de retard dans le domaine des transports aériens.

En France, Swiss Re associée à l’assurtech Digital Insure propose aux distributeurs d’assurance emprunteur et aux clients finaux un parcours de souscription et des questionnaires médicaux 100 % en ligne. Quel est votre objectif ?

Ce partenariat s’inscrit dans l’un des axes de développement de Swiss Re : nous souhaitons simplifier l’accès à l’assurance. Digital Insure utilise Magnum, notre logiciel de souscription pour les produits d’assurance emprunteur, qui permet d’automatiser les processus d’évaluation du risque et de faciliter la prise de décision de souscription instantanée. La France est l’un des marchés pilotes où nous souhaitons proposer des outils de souscription en ligne à nos clients assureurs car le marché est suffisamment mature. Nous pourrions poursuivre cette démarche avec d’autres assurtech en France.

L’avenir de la réassurance passera-t-il par des partenariats ou des joint-ventures avec des groupes technologiques ? Le japonais Softbank avait, par exemple, manifesté son intérêt pour une prise de participation au capital de Swiss Re, des discussions auxquelles vous avez mis fin en mai 2018.

Il n’est pas improbable que des grandes entreprises de la tech, comme Amazon ou Alibaba, veuillent également distribuer de l’assurance, compte tenu de leur proximité avec les consommateurs. Pourquoi pas ? Elles distribuent déjà de tout ! Mais créer une compa­gnie d’assurance, ce n’est pas une chose aisée sur le plan réglementaire et il faut immobiliser beaucoup de capital. Donc des partenariats sont très probables entre des (ré)assureurs, qui ont un bilan et possèdent la connaissance du risque, et de grandes entreprises technologiques. Cela peut d’ailleurs être un levier de croissance important pour notre industrie. Swiss Re continue à mettre en œuvre sa stratégie en matière de technologie, en interne ou via des collaborations. Dans ce contexte, nous examinerons plus en détail les opportunités commerciales entre les entités opérationnelles de Swiss Re et le portefeuille d’entreprises de Softbank.

En matière de catastrophes naturelles, la sous-assurance reste majeure dans certains pays. Le protection gap est-il aussi une réalité en Europe ?

C’est une réalité dans presque tous les pays d’Europe : en Italie, par exemple, moins de 2 % des particuliers sont assurés contre le risque de tremblement de terre. Le problème est que le consommateur n’achète de l’assurance que s’il y est contraint. Nous devons transformer la relation : les clients finaux doivent pouvoir mesurer la valeur ajoutée lorsqu’ils paient une prime d’assurance. Les produits que nous vendons ne sont sans doute pas assez adaptés aux risques ou trop chers. Nous travaillons activement au Portugal et en Italie avec le gouvernement et le régulateur sur ces questions. L’intervention publique est très utile : en Italie, les incitations fiscales qui viennent d’être mises en place vont encourager l’assurance contre les tremblements de terre et les inondations.

Un partenariat public-privé, comme notre régime français de cat’nat’, vous paraît donc vertueux ?

Oui. Quand on compare avec l’Italie, le gouvernement doit intervenir de manière fréquente lorsqu’une catastrophe naturelle se produit, cela coûte cher aux contribuables, mais surtout cela prend beaucoup de temps pour indemniser et venir en aide aux sinistrés. Dix ans après un tremblement de terre, la reconstruction est toujours en cours.

Un mot sur la parité. L’assurance est-elle un secteur d’hommes, selon vous ?

Au sein de la force de travail, la représentation des genres est équilibrée, mais lorsqu’on gravit les échelons hiérarchiques, il y a de moins en moins de femmes : 33 % de femmes managers et seulement 23 % de femmes executives et senior managers. Il est vrai que mes clients assureurs directs sont en majorité des hommes plus âgés que moi. Mais nous faisons des progrès, pas à pas : nous avons nommé des femmes relativement jeunes à des postes de CEO en Italie et en Allemagne, par exemple. Il y a dix ans, Swiss Re a lancé un programme pour encourager une meilleure conciliation du temps de travail avec la vie privée, en permettant le télétravail notamment. Nous avons pris d’autres initiatives comme le congé parental égal pour les hommes et les femmes et des processus de recrutement avec un panel équilibré d’hommes et de femmes. La parité est un sujet important car nos consommateurs sont des hommes, mais aussi des femmes !

Son parcours

Claudia Cordioli est titulaire d’un master en administration des affaires de l’université de Vérone en Italie. Elle commence sa carrière chez KPMG, avant de rejoindre Swiss Re en 2003.

  • 2013 Directrice financière pour les opérations de réassurance de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) de Swiss Re
  • 2016 Responsable de la zone IMI (péninsule ibérique, Italie et zone méditerranéenne) de Swiss Re
  • 2018 Managing director Europe de l’Ouest et du Sud de Swiss Re

 

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