[DOSSIER] Réassurance - Emprunteur 1/3

Assurance emprunteur : la réassurance appelée à se remodeler

Assurance emprunteur : la réassurance appelée à se remodeler
artisteer_PA / Getty Images / iStockphoto

Face à l’afflux progressif de demandes de renégociations en assurance emprunteur, les réassureurs réorganisent leurs outils pour offrir des processus de souscription plus fluides. Quitte à tendre vers un allègement des règles de sélection médicale.

«Un grand coup de pied dans la fourmilière. » C’est ainsi que Gilles Thivant, directeur de Scor Global Life, résume l’impact de l’amendement Bourquin sur le marché de l’assurance emprunteur. Une fourmilière solidement installée sur un marché florissant et dominée par les bancassureurs, pour lesquels l’assurance des crédits immobiliers reste « un gros contributeur en termes de marges », note David Dubois, directeur France et Benelux de Reinsurance Group of America (RGA). Les nouveaux crédits immobiliers ont représenté l’an dernier, année record, 272 Md€, soit 8 % de plus qu’en 2016. Et les encours de crédits immobiliers aux ménages représentaient en janvier 2018, selon la Banque de France, 1 163 Md€.

Un coup de pied, donc, mais pas encore une révolution. « Nous n’avons pas constaté depuis le début de l’année d’envolée des résiliations, mais plutôt de celle des demandes de devis en raison d’une forte sensibilisation des assurés au sujet », poursuit Gilles Thivant.

  • 8,8 Md€ : Le chiffre d’affaires annuel de l’assurance emprunteur en 2016
  • 88 % : La part de marché des banques
  • 40 % : Le taux de marge moyen des établissements bancaires
  • 2,8 Md€ : Le gain de pouvoir d’achat estimé au global en 2018
  • 450 000 : Le nombre d’emprunteurs qui pourraient renégocier leur assurance de prêt, soit 8 % du marché

Des devis aux résiliations

L’enjeu est cependant de taille pour l’ensemble des acteurs car ces devis devraient se transformer, tôt ou tard, en résiliations effectives. Et de plus, contrairement aux renégociations de contrats d’assurances qui s’opéraient simultanément à celles des prêts ces dernières années, en lien avec la baisse des taux, il s’agit d’un mouvement qui concernera potentiellement l’ensemble des emprunteurs, et ce tous les ans, et non des opérations ponctuelles. C’est donc l’ensemble du stock de crédits qu’il faudra traiter. Pour tirer correctement leur épingle du jeu, les acteurs – bancassureurs, assureurs et courtiers – vont devoir faire preuve d’une efficacité redoutable pour gérer une masse importante de demandes de devis et de souscriptions nouvelles, de manière rapide et fluide pour l’assuré.

D’autant que « les banques utilisent tous les subterfuges possibles et imaginables » pour refuser les demandes de délégation, affirme David Dubois, qui poursuit : «Il faut donc aider l’assuré dans la négociation, car il ne veut pas se fâcher avec son banquier ! » « Pour arriver à exploiter ce nouveau marché, il faut un accompagnement du client tout au long du processus, il ne faut pas que le client ait besoin de rediscuter avec son banquier », résume Patrick Petitjean, cofondateur et président de Utwin.

Une concurrence facilitée

  • La loi Hamon
    Entrée en vigueur en mars 2014, la loi Hamon prévoit la possibilité, pour l’emprunteur, de résilier son contrat d’assurance de prêt pendant les 12 premiers mois, à tout moment, sans possibilité pour la banque de facturer des frais supplémentaires.
  • L’amendement Bourquin
    Depuis le 1er janvier 2018, n’importe quel contrat d’assurance emprunteur, qu’il s’agisse d’un contrat groupe ou d’un contrat individuel en délégation, peut être remplacé par un autre, au moment de son échéance annuelle, à l’initiative de l’emprunteur. Ce nouveau contrat doit respecter des garanties minimales notifiées par la banque, provenant d’une liste de 18 critères établie par le CCSF (Comité consultatif du secteur financier).

Dématérialisation

Les réassureurs montent donc en première ligne pour apporter aux acteurs – assureurs ou courtiers – des outils et process simples et fluides entièrement dématérialisés. « Les clients font appel à Scor pour notre capacité à leur fournir des services, dont la sélection médicale en ligne. Nous aidons nos partenaires, y compris nos partenaires bancaires, à créer des offres et à assembler les différentes briques de la chaîne de valeur, dont des outils de vente en ligne …. », poursuit Gilles Thivant.

La simplification de la sélection des risques est au cœur du processus. Ce qui n’est pas illogique. « L’amendement Bourquin vise par nature une population qui a déjà un crédit, donc qui est a priori en bonne santé », fait valoir Gilles Thivant. Scor travaille à la création d’outils de sélection médicale en ligne (Vélogica), basée sur des algorithmes qui permettent de « vérifier » que le risque initial, lors de la conclusion du contrat de prêt, ne s’est pas transformé depuis en risque aggravé. D’autres réassureurs, comme RGA et Swiss Re, travaillent eux aussi, grâce à leurs bases de données d’ampleur inégalée chez les assureurs et leur expertise actuarielle et médicale, sur des questionnaires simplifiés, parfois réduits à 3 ou 4 questions seulement – contre 16 à 24 lors d’une première souscription – , et totalement digitalisés.

Un avantage concurrentiel, puisque peu de bancassureurs disposent déjà d’un outil dématérialisé. De plus, « ce processus digital s’intègre parfaitement dans le cadre d’une renégociation annuelle, parce que cela permet d’éliminer en grande partie les délais, puisque c’est rapide et en ligne », insiste Simon Rechatin directeur assurance de personnes France à Swiss Re. Les dossiers les plus complexes, eux, sont examinés en interne par les experts maison. Le risque, pourtant, serait que certains soient tentés par une simplification excessive, voire une suppres­sion pure et simple des questionnaires médicaux. « Certains acteurs allègent très fortement les règles de sélection, mais cela peut être dangereux », avertit David Dubois. Il ne s’agit donc pas de brader la sélection médicale. « Simplifier, cela peut aussi vouloir dire poser des questions plus compré­hensibles par l’assuré, mieux filtrées, plus pertinentes, ou alors cela peut vouloir dire enlever certaines questions et prendre des risques différents », explique le réassureur. Avec évidemment la perspective qu’à terme, cela joue sur les tarifs. L’une des options serait également d’alléger la sélection basée sur l’état de santé de l’assuré pour prendre davantage en compte des éléments de son compor­tement (arrêts de travail, risques professionnels…), pour mesurer le risque. Un terrain d’innovation exploré par les réassureurs. Mais, attention, pointe David Dubois : « Souvent, plus on allège les critères d’entrée dans l’assurance, plus on resserre les critères de contrôle du sinistre, pour bien valider que les conditions de l’assurance sont remplies. » Simplifier d’un côté, pour comple­xifier par ailleurs… « Le réassureur prend certes un peu plus de risques, mais il espère se rattraper sur les volumes », fait valoir de son côté Patrick Petitjean.

Nous n’avons pas constaté depuis le début de l’année d’envolée des résiliations, mais plutôt de celle des demandes de devis.

Gilles Thivant, directeur de Scor Global Life

Bataille de l’offre

Face à des bancasseurs qui sont « un peu nerveux » comme l'indique un observateur du marché, les réassureurs peuvent engager la réflexion autour du produit. « Nous nous attendons à une phase où on va voir les banques proposer une meilleure couverture pour le même prix, par exemple avec un mois gratuit, ou une augmentation de la quotité assurée », poursuit-il. De ce point de vue, les réassureurs peuvent réfléchir à une offre innovante tout en conservant un bon positionnement en termes de tarifs. « On intervient de plus en plus dans la réflexion sur l’évolution du produit et sur tout ce qui tourne autour », confirme David Dubois.

Une segmentation de plus en plus fine permet d’offrir des tarifs ajustés, voire de permettre à des catégories de populations « fragiles » d’accéder au crédit. Autre point d’intérêt des réassureurs, les fichiers des assureurs, particulièrement en MRH, « qui peuvent donner énormément d’informations » sur le souscripteur du crédit immobilier et aider à tarifer le risque au plus juste. « Sur ce nouveau marché, la clé du succès ne consiste pas à vendre un nouveau produit, mais à contacter les prospects, établir un devis et faire une proposition plus attractive que les autres à travers un processus de vente fluide », remarque Gilles Thivant.

Enfin, LSN Re, un courtier en réassurance strasbourgeois, a adopté une approche totalement différente face aux changements induits par la loi Bourquin. Il a conceptualisé avec Munich Re une protection contre les effets des résiliations annuelles à destination d’un assureur, en l’occurrence AFI-Esca. « Il s’agit d’indemniser l’assureur quand le volume des sorties dépasse un certain seuil », explique Benoît Butel, directeur général de LSN Re. Cette solution – encore unique en son genre en France – répond selon lui à « un besoin exprimé » par l’assureur, inquiet de voir disparaître une partie de son activité. Preuve que le coup de pied dans la fourmilière peut occasionner bien des remises en cause.

Le processus digital s’intègre parfaitement dans le cadre d’une renégociation annuelle, parce que cela permet d’éliminer en grande partie les délais.

Simon Rechatin, directeur assurance de personnes France à Swiss Re

Souvent, plus on allège les critères d’entrée dans l’assurance, plus on resserre les critères de contrôle du sinistre.

David Dubois, directeur France et Benelux de RGA

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