CNP Assurances – La Banque postale : le bancassureur sort du flou

CNP Assurances – La Banque postale : le bancassureur sort du flou
© Dragan Lekic / Hans Lucas

Le futur poids lourd de la bancassurance verra le jour au plus tôt en 2020 mais on commence à en saisir les grands contours. À la clé, moins de partenaires pour La Banque postale, et plus de métiers pour CNP Assurances.

Un mariage, mais pas d’enterrement. Le rapprochement entre CNP Assurances et La Banque postale, qui doit donner naissance à un poids lourd de la bancassurance en France et en Europe, va redistribuer les cartes mais ne devrait pas remettre en cause l’intrication des partenariats dans le secteur. La promulgation prochaine de la loi Pacte fera franchir une nouvelle étape à ce chantier, annoncé par le ministre de l’Économie fin août 2018 pour cause de « nécessité absolue de réinventer les activités de La Poste », qui a encore vu ses volumes de courrier reculer de plus de 7 % en 2018. Où en est-on six mois plus tard ?

Chiffres

  • 35 % la part du Chiffre d’affaires de CNP qui est actuellement assurée par les produits distribués par La Banque postale
  • 955 M€ résultat brut d’exploitation de La Banque postale en 2018
  • 2,924 Md€ résultat brut d’exploitation de CNP Assurances en 2018

Ultime hypothèque

Le projet de loi Pacte ouvre la voie à l’opération qui logiquement serait censée prendre la forme d’une OPA, dans la mesure où La Banque postale dépassera les 30 % dans CNP Assurances. Problème : la compagnie est valorisée autour de 14 Md€ en Bourse. Cela fait beaucoup pour LBP, qui demandera à l’AMF une dérogation. « Nous sommes raisonnablement confiants, la dérogation est tout à fait possible car la Caisse des dépôts conserve sa prédominance et nous restons dans la même logique de fonctionnement », a rassuré le patron de La Banque postale, Rémy Weber, lors de la présentation des résultats.

Cette hypothèque levée, La Banque postale prendra le contrôle de l’assureur. D’un coup, 6 Md€ viendront renforcer ses fonds propres. L’assureur, largement plus gros qu’elle – son résultat brut d’exploitation atteint 2,924 Md€ en 2018, contre 955 M€ pour LBP –, deviendra le moteur de sa valeur. Et de fait, c’est bien le but recherché, cette intégration doit reproduire la dynamique que l’on retrouve dans toute la bancassurance. Pour autant, La Banque postale ne représente que 35 % du chiffre d’affaires de CNP Assurances, qui ne peut donc se priver de ses autres partenaires.

Parmi eux, BPCE. Actionnaire historique, le groupe bancaire réunissant les Caisses d’épargne et les Banques populaires détiendra, après le bouclage de l’opération, entre 16 et 18 % de CNP Assurances. Depuis 2016, il a récupéré la production de contrats d’assurance vie via Natixis. Les deux partenaires sont liés par un nouveau contrat de sept ans portant sur l’assurance emprunteur et la prévoyance, mais le banquier pourrait vouloir tout récupérer à terme. Ce qui n’impliquera pas forcément son désengagement. Pour le président du directoire de BPCE, Laurent Mignon, CNP n’est « pas une participation stratégique » mais « financière ». Un simple investissement. S’il rapporte, aucune raison de s’en séparer.

« Le rapprochement est très pertinent sur les plans industriel et commercial pour CNP comme pour La Poste. CNP est un producteur, qui peut souffrir d’un petit déficit de notoriété. S’intégrer dans un pôle de bancassurance va lui donner un nouvel essor, après le désengagement de BPCE en tant que partenaire historique. Capitalistiquement, cela rationalise également les participations », analyse Thomas Rocafull, associé chez SIA Partners. CNP Assurances conservera donc son modèle multipartenarial, la compagnie n’a pas d’alternative. Elle a même l’intention d’accélérer sa conquête de nouveaux distributeurs, en s’appuyant sur ses futurs nouveaux métiers.

En effet, et c’est la deuxième conséquence du rapprochement, CNP a vocation à devenir l’assureur unique de La Banque postale. Pour tenir ce rôle, elle devra étendre ses expertises dans des secteurs sur lesquels elle est aujourd’hui très peu présente : la santé et l’assurance dommages qu’elle ne couvre actuellement qu’au Brésil et de façon embryonnaire à Chypre. La santé a représenté pour CNP 352 M€ en France en 2018, soit 1,6 % de son chiffre d’affaires. Signe de ses intentions, la compagnie a lancé l’année dernière sa première complémentaire santé individuelle, avec Avenir Santé Mutuelle. « Quand on fait déjà de l’assurance vie et de la retraite, on a commencé par le plus dur », estime un responsable chez CNP. Cette diversification constitue néanmoins un défi.

Développement commercial

Le fait que CNP soit assureur unique de La Poste va aussi entraîner une réaction en chaîne au sein des partenariats actuels de La Banque postale. En IARD, Groupama, dont le contrat arrive à échéance en 2021, pourrait être le premier perdant du meccano, à moins de trouver un nouvel arrangement avec CNP. En santé, La Mutuelle générale pourrait rejoindre le nouvel ensemble. De fait, elle cherche depuis longtemps à s’adosser à plus gros qu’elle, et l’occasion a été manquée avec Malakoff Médéric, qui s’est rapproché d’Humanis. Cela aurait d’autant plus de sens que l’ex-MG PTT (1,2 Md€ de chiffre d’affaires) est la complémentaire santé historique des salariés de La Poste.

Reste à organiser tout cela au plan opérationnel. Catherine Charrier-Leflaive, nommée fin février directrice du projet de rapprochement avec CNP Assurances en plus de ses fonctions de directrice générale adjointe de la banque de détail et de l’assurance chez La Banque postale, confie que « le travail sur le développement commercial a déjà été lancé ». Et du travail, il y en a. Car la relation entre LBP et CNP a commencé à s’essouffler avant leur mariage.

Rémy Weber le reconnaît : il y a eu « une stagnation de nos relations avec CNP sur la dynamique commerciale dans l’assurance vie ». Son homologue, Antoine Lissowski, l’a imputée, lors de la présentation de ses résultats, à l’accent mis ces derniers mois sur la commercialisation des nouveaux produits estampillés La Banque postale, au détriment de ceux de CNP. L’un des gros chantiers consistera aussi à remettre à plat la gestion des flux entre les deux entités, qui n’a pas été optimale récemment et a ralenti les process. L’architecture des systèmes d’information devrait être l’une des priorités. C’est en cuisine que se jouera la réussite des noces.

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