Coronavirus : «L'heure est à la solidarité, non à la polémique», selon le PDG de Generali France

Coronavirus : «L'heure est à la solidarité, non à la polémique», selon le PDG de Generali France
Jean-Laurent Granier, Président-directeur général de Generali France. © Sylvie Humbert

Alors que le groupe italien d'assurance est touché de plein fouet par l'épidémie de Covid-19, Jean-Laurent Granier, président-directeur général de Generali France, explique comment la compagnie s'est préparée à affronter cette crise sanitaire et économique. Il insiste notamment sur le fait que Generali ainsi que la profession de l'assurance sont pleinement engagés aujourd'hui dans l'effort de solidarité nationale demandé par le gouvernement. 

Quelles sont les dispositions prises par Generali France à la suite des mesures de confinement annoncées par le président de la République ?

Jean-Laurent Granier : En France, nous avons décidé des mesures de confinement dès le week-end du 14 et 15 mars, avant même que les pouvoirs publics ne le demandent. Depuis dix jours, nous avons ainsi déployé massivement le travail à distance. Generali emploie 7 000 salariés en France. Les 1 500 personnes qui travaillent dans le réseau salarié sont confinées chez elles et ne vont plus voir leurs clients. Les 5 500 autres collaborateurs du personnel administratif travaillent pour l’essentiel à distance. De fait, sur la soixantaine de sites que nous avons en France, seuls cinq sont encore ouverts. Un exemple : à Saint-Denis, là où normalement 4 000 personnes travaillent chaque jour, il n’y avait ce lundi matin que 70 salariés sur le site, issus principalement des métiers IT, financiers et RH, réalisant des activités très spécifiques qui ne peuvent l’être à distance.

Est-ce que cela a exigé des investissements ?

Nous avons débloqué des moyens. Nous avons acheté des centaines d’ordinateurs portables supplémentaires afin de les distribuer à des collaborateurs qui en avaient besoin. Nous sommes aussi en train d’acquérir de la bande passante supplémentaire afin de soutenir le business mais aussi de proposer des formations supplémentaires à distance à nos collaborateurs.

Et concernant vous-même, travaillez-vous au siège ?

Non, je suis confiné à mon domicile parisien. Je dispose de l’autorisation administrative de me rendre au siège si j’étais amené par exemple à devoir parapher certains documents. Mais je n’ai pas bougé de chez moi depuis neuf jours. La décision de mon confinement a été prise dès le week-end du 14 et 15 mars par mesure de prudence.

Votre compagnie était-elle vraiment préparée à une telle situation ?

Nous étions mieux préparés à cette situation que si elle avait eu lieu il y a, ne serait-ce, que trois ans. Avec la mise en place du télétravail pour plus de 40% de nos collaborateurs, la grève des transports de décembre dernier a été - en quelque sorte - une répétition générale plus massive pour le travail à distance. Nous avions prévu en outre des plans de continuité d’activité. Depuis la fin février, nous avons une cellule opérationnelle de crise qui se réunit tous les jours pour déterminer les mesures d’urgence à prendre. Après, étions-nous préparés à une telle situation de « lock down » complet jamais vue depuis la dernière Guerre mondiale ? Certainement pas.

Comment ce plan de continuité d’activité se déroule-t-il ? 

Dans cette période, il fallait que l’activité économique puisse continuer. En l’occurrence, l’entreprise fonctionne toujours, les contacts avec les clients sont maintenus et si possible renforcés même à distance dans cette période, et le travail sur les indemnisations de sinistres et les réponses aux clients n’ont pas été interrompus. Nous avons décidé de redéployer toutes les ressources disponibles - qui du fait du travail à distance ou de la réduction commerciale auraient moins d’activité – vers les secteurs qui en ont le plus besoin, par exemple vers l’indemnisation dommages en MRH, la prévoyance ou encore la santé.

Avez-vous déjà évalué l’impact de ce confinement sur votre activité commerciale ?

En assurance santé, il est difficile de savoir d’ores et déjà aujourd’hui jusqu’où ira l’épidémie et combien il y aura de malades. Nous commençons pour autant à voir les impacts sur notre activité commerciale. La production des affaires nouvelles sera certainement réduite mais nous pouvons aussi penser qu’elle sera reportée. La vente des véhicules neufs s’est notamment fortement ralentie, et donc les affaires nouvelles en assurance auto  vont s’interrompre . Pour autant, les sollicitations augmentent, et c’est aussi notre rôle d’accompagner les clients - notamment en épargne - qui nous appellent pour être rassurés, pour avoir des réponses à leurs questions pratiques et opérationnelles.

Quel message passez-vous aujourd’hui auprès de vos agents généraux ?

La première chose que nous leur demandons, c’est de rassurer les clients. Rassurer sur la solidité de notre groupe qui est forte, la solidité de notre bilan et leur certifier que le contact est maintenu même en situation de confinement. Ensuite, le temps va être employé différemment dans les réseaux commerciaux. Cette période peut être l’occasion pour les agents généraux d’approfondir les formations et de travailler les portefeuilles de clientèle.

Envisagez-vous d’apporter un soutien à votre réseau d’agents aujourd’hui totalement fermé? Et à vos courtiers de proximité ?

L’activité des agents généraux et des courtiers est assise massivement sur des portefeuilles de primes et de contrats. Par rapport à d’autres professions indépendantes, il y a une récurrence dans les commissions et dans l’activité qui fait que ces professions seront moins impactées que d’autres par un arrêt brutal de l’activité. Pour autant, même s’ils sont moins exposés à cette crise, les intermédiaires pourront avoir accès à un certain nombre de mesures de soutien, notamment le chômage partiel pour les collaborateurs d’agence ou de cabinet de courtage. Les plus petites structures auront aussi accès au fonds de solidarité gouvernemental. Et naturellement, nous restons très attentifs à la situation de chacun de nos intermédiaires et partenaires. A ce titre, nous sommes en contact régulier avec le syndicat d’agents (Triangl’) afin d’aider le réseau à traverser au mieux cette crise.

Generali n’est-il pas le groupe d’assurance susceptible de payer le plus lourd tribu à l’épidémie dans la mesure où deux des pays les plus touchés en Europe – la France et l’Italie - sont aussi deux de ses principaux marchés ?

Nous sommes un groupe européen. Donc, nous serons touchés comme les autres assureurs européens. Cependant, notre groupe est très solide et affiche un ratio de solvabilité de haut niveau (224%) par rapport à nos concurrents, alors même que nous avions traversé une année avec une très forte baisse des taux. Nous avons également beaucoup de liquidités. Cela veut dire que notre bilan peut résister à la situation que nous vivons actuellement et que nous sommes sereins sur notre capacité à affronter les conséquences de la crise. Ce qui est important, c’est que les grands acteurs institutionnels et assurantiels gardent la confiance que les clients ont en eux.

Que répondez-vous à tous les professionnels qui mettent en cause l’absence de prise en charge de leur perte d’exploitation ?  Même le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire a demandé à l’assurance un « effort de solidarité nationale »…

L’heure est à la solidarité et non à la polémique. Il y a une incompréhension fondamentale : les garanties pertes d’exploitation ne sont pas compatibles avec la situation que nous vivons. Aujourd’hui, les entreprises ont l’interdiction de fonctionner pour des raisons sanitaires. Ce n’est pas une question de bon vouloir ou non. Les garanties d’assurance sont faites pour mutualiser le risque entre les personnes victimes de sinistres et celles qui ne le sont pas. Aujourd’hui, c’est bien toute la population qui est sinistrée.

Par ailleurs Generali est pleinement engagé dans l’effort de solidarité nationale puisque la FFA vient d’annoncer une contribution forte de200 M€  au fonds de solidarité gouvernementale destiné aux indépendants, aux TNS et aux TPE. Et notre engagement va bien au-delà de cette participation au fonds de solidarité…

C’est-à-dire, plus précisément ?

Dans cette période, le segment économique le plus vulnérable, ce sont les artisans, les commerçants, les professions libérales et les TPE. Ce sont vers eux que nous devons faire le plus d’efforts. A travers la FFA, en tant que bailleurs importants, nous avons ainsi décidé de reporter les loyers des et PME et TPE appartenant à l’un des secteurs concernés par l’arrêt d’activité (arrêté du 15 mars 2020) à partir du 1er avril. Nous avons aussi annoncé que nous maintenions nos garanties et que nous suspendions les procédures de recouvrement, pour les entreprises en difficulté. Enfin, les assureurs prendront en charge, au titre des contrats, les indemnités journalières des personnes en situation de fragilité durant cette période de confinement ce qui représentera une charge exceptionnelle pour le secteur.

Generali a-t-il été plus loin que ces mesures pour sa propre clientèle ?

Effectivement. Nous sommes, par exemple, en train de généraliser la garantie auto-mission auprès de nos clients entrepreneurs. Ces derniers demandent à leurs salariés de pouvoir prendre leurs voitures personnelles dans le cadre d’un déplacement professionnel. Nous avons prévu d’ouvrir cette garantie aux collaborateurs qui seraient concernés par ces cas-là.

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