Gan Assurances, un redressement, mais à quel prix ?

Gan Assurances, un redressement, mais à quel prix ?
Confronté à de graves difficultés financières, Gan Assurances a mis ses équipes sous pression pour remonter la pente. © rangizzz - stock.adobe.com

En deux ans, la direction de Gan Assurances a réussi à assainir les comptes de la filiale de Groupama, mais les méthodes employées sont aujourd’hui contestées en interne. D’autant que le développement commercial tarde à se concrétiser.

Mais que se passe-t-il au sein de Gan Assurances ? Après de graves difficultés financières, la compagnie d’assurance, filiale du groupe Groupama, a entrepris en 2017 de redresser la barre, sous la houlette d’une nouvelle direction emmenée par Claude Zaouati. Seulement si Gan – dont le slogan est « assuré d’avancer » – est certes « en avance » sur son plan de redressement, se félicite la direction générale de Groupama, salariés et agents généraux témoignent d’un malaise grandissant. Selon nos informations, une demande d’expertise sur les risques psychosociaux au sein de l’entreprise a été réalisée par l’instance de coordination du CHSCT avec l’aval de la direction. Mais cette dernière a assigné en justice le cabinet Secafi Alpha mandaté par les organisations syndicales. « L’assignation a pour but de contester le montant proposé pour cette expertise, que nous jugeons beaucoup trop élevé, mais ne porte pas sur le fond », nous assure-t-on chez Groupama.

Une décennie sous tension

Alors qu’un risque de licenciements collectifs pesait sur Gan Assurances en 2011, la filiale de Groupama procède un an plus tard à une vaste réorganisation qui se traduira par un plan de départs volontaires (PDV) et 200 postes supprimés. Cette restructuration opérée par sa maison mère, Groupama (qui a procèdé à 5 PDV entre 2012 et 2013), conduit à un conflit entre la compagnie et le syndicat des agents Gan Assurances (voir L’Argus n° 7478) qui se résorbera en 2014. Pour autant, les résultats 2016 montrent que l’entreprise n’est pas encore sortie d’affaire. Gan Assurances présente alors un résultat net déficitaire, à - 121,8 M€, et son ratio combiné s’élève à 113,8 % (contre 103,5 % en 2015). Claude Zaouati arrive le 2 janvier 2017 à la tête de Gan avec l’objectif d’orchestrer le redressement. « Notre objectif est de revenir à l’équilibre en 2018 », assure-t-il cette année-là dans les colonnes de L’Argus.

 

Pression psychologique

Cette expertise a été demandée en janvier dernier en raison d’un « risque grave et imminent », nous confie une source syndicale. Depuis, en dépit des nombreux arrêts de travail que pointent les organisations représentatives, aucun fait majeur à caractère d’urgence n’aurait été constaté sur le plan de la souffrance au travail. Pourtant, le malaise est croissant depuis qu’a été mis en œuvre le plan de redressement. « Aucun accord d’entreprise ni aucune convention collective ne sont respectés depuis deux ans », affirme une source syndicale.

Deux ex-agents généraux de Gan, et un autre en activité à Clermont-Ferrand attaquent, par ailleurs, la compagnie pour « préjudice moral » et dénoncent une pression psychologique de plus en plus forte pour appliquer les nouvelles méthodes de travail imposées par la direction. « Ils n’hésitent pas à trouver des fautes pour se débarrasser de certains agents lorsque ces derniers ne sont pas considérés comme de bons partenaires pour la compagnie », confirme un agent Gan, qui préfère garder l’anonymat. Et de poursuivre : « La nouvelle direction a cassé la maison pour la réorganiser, au mépris de l’humain ! » Des allégations contestées par Claude Zaouati, le directeur général de Gan. « Nous avons remis à plat les règles du jeu avec nos agents généraux. C’était nécessaire et cela a conduit, parfois, à des situations de tension », explique-t-il à L’Argus de l’assurance.

Parmi les principaux griefs reprochés à la nouvelle direction : les majorations tarifaires qui feraient fuir les clients. « On néglige nos clients en portefeuille. Le tarif des affaires nouvelles est beaucoup plus attractif que le tarif pratiqué sur le portefeuille », souligne un agent. Autre grief : les travaux de migration informatique imposés par le projet IdeoGan, l’outil communautaire des caisses régionales de Groupama. Cette transformation des systèmes informatiques, voulue par Groupama, « crée un nouvel environnement sur la production et l’encaissement, au mépris des clients », déplore cet agent. « Les clients ne comprennent plus leurs avis d’échéances, les collaborateurs en agences sont stressés face à des machines qui ne marchent pas, et nous ne maîtrisons plus nos tarifs sur nos clients en portefeuille : réaliser un avenant à un contrat est devenu un casse-tête ! », raconte-t-il.

« La direction a assaini les comptes, mais n’a pas réussi à relancer le développement commercial qui est le gagne-pain des agents », juge un autre. Symbole, selon lui, de cette méthode : les départs massifs de chargés de mission qui travaillaient pour le compte des agents généraux afin d’apporter des affaires nouvelles. « Cela permet d’assurer la rentabilité de la compagnie, mais pas la croissance du chiffre d’affaires ! », regrette-t-il.

« Notre feuille de route, lorsque nous avons pris la direction de Gan était claire : redresser les résultats, rappelle Claude Zaouati. Nous avons réussi à ramener le ratio combiné de 114 % à 101 % à la fin 2018 et nous sommes donc en bonne voie pour atteindre l’objectif fixé pour 2019 : un ratio légèrement inférieur à 100 %. La contribution de Gan au résultat du groupe Groupama a été positive en 2018 (NDLR : 22 M€ exactement). Il fallait d’abord revenir sur les fondamentaux techniques et assainir la situation, avant de s’atteler au développement commercial. Désormais, nous devons redynamiser l’activité. »

Impact sur le chiffre d’affaires

La croissance des affaires nouvelles sur le segment des professionnels est, en effet, de 1 % au premier trimestre. Mais, selon des sources internes, la disparition des chargés de mission menacerait le développement commercial en assurance de personnes. Un accord – négocié et signé par deux organisations syndicales (CFDT et CFE-CGC) en juillet 2017 – a revu la position de ces collaborateurs, avec un impact important sur leur rémunération. « Nous avons revu la stratégie en assurance de personnes et avons décidé que son développement passera par le réseau. Ce sont des choix partagés avec la direction de Groupama Gan Vie et celle de Groupama », explique Claude Zaouati. « Le plan prévoyait une érosion progressive des chargés de missions en même temps qu’une montée en compétences des agents généraux sur la partie vie », ajoute un dirigeant de la compagnie. Problème : en un an et demi, le nombre de chargés de mission est passé de près de 200 à 91, « dont une trentaine en arrêts de travail », affirme une source syndicale, alors que la montée en puissance des agents généraux sur ce segment ne s’est pas faite au même rythme. Tant et si bien que les volumes de production et de chiffre d’affaires ne sont pas aujourd’hui ceux que la compagnie attendait. Après un chiffre d’affaires stable en 2018, Gan affiche ainsi au premier trimestre 2019 un chiffre d’affaires en légère baisse, de moins de 1 %.

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