Coronavirus : l’assureur du Hellfest sous le feu des critiques

Coronavirus : l’assureur du Hellfest sous le feu des critiques
Les organisateurs du festival de de metal et de hard rock ont souscrit à un contrat d'assurance pour un montant de plus de 170 000 €. © Evan Forget

Contraint à l’annulation de son édition 2020 du fait du coronavirus, le Hellfest est confronté au refus de son assureur de couvrir les pertes financières. Les organisateurs du festival de metal et de hard rock contestent la lecture faite par l’assureur d’une clause du contrat, à laquelle L’Argus de l’assurance a eu accès.

« Fuck you ! ». C’est en ces termes peu amènes que le Hellfest s’est adressé à son assureur Albingia, dans un communiqué de presse le 9 avril. Pourquoi de tels mots ? Interdite par la préfecture de Loire-Atlantique, du fait de la pandémie en cours, l’édition 2020 du festival européen de musiques extrêmes de Clisson (44), qui devait se dérouler en juin, vient d’essuyer un refus d'indemnisation de sa compagnie.

Albingia estime, en effet, que le Covid-19 constitue une des exclusions du contrat « annulation » de type « tout sauf » souscrit le 17 décembre 2019, soit bien avant que le coronavirus ne soit reconnu comme pandémie par l’OMS (11 mars 2020). « Albingia n’a pas du tout aimé la teneur de notre communiqué, qui est à l’image du Hellfest, un peu provocant », reconnait, à L’Argus, Benjamin Barbaud, fondateur de l’événement et à la tête de l’association organisatrice Hellfest Productions.

2 M€ de pertes sèches

L’enjeu ? Une perte sèche évaluée à 2 millions d’euros, engagés jusque-là pour les 20 salariés, la promotion, etc. Une somme relativement faible au regard des « 21 millions d'euros de charges » couverts par le contrat, selon Denis Del Rio, avocat du troisième rassemblement musical de France et animé par 1500 intermittents du spectacle.

C’est bien là, l’une des causes de sa colère. « La perte aurait pu être de l’ordre de 6 M€ si l’annulation était intervenue en avril ou en mai », précise le juriste qui a prévenu la compagnie très tôt du risque d’annulation.

Albingia alerté depuis plusieurs semaines

« Depuis plusieurs semaines, nous avons alerté notre assurance sur le fait qu’on risquait d’être face à un sinistre. Nous n’avons eu que des réponses négatives, sans aucune considération, alors que nous sommes payeurs de primes non anodines, de plus de 170.000 € cette année. Nous avions prévenu Albingia que nous allions devoir rendre l’affaire publique s’il n’y avait pas de changement de position de leur part », poursuit le conseil de Benjamin Barbaud à L’Argus.

L’organisateur rappelle qu’il a souscrit une assurance « annulation » depuis plus de 10 ans avec Albingia et qu’il ne l’avait jamais actionnée auparavant. Après plusieurs alertes, il digère mal d’avoir finalement reçu, seulement la semaine dernière, un courrier officiel d’Albingia lui indiquant que l’indemnisation ne pourrait pas être déclenchée.

Une cotisation encaissée… fin mars !

Selon les organisateurs du Hellfest, un autre problème se pose concernant l’exécution du contrat. Manque de tact ou retard dans la gestion interne de l’assureur, « Albingia a encaissé fin mars notre cotisation d’assurance alors qu’ils savaient qu’il existait peut-être un problème lié au coronavirus. Nous, nous ne le savions pas au moment où nous l’avons contracté. Ils encaissent notre cotisation sans gêne alors qu’ils savent qu’ils vont mettre une exclusion de garantie et que nous avions procédé au paiement par chèque en janvier dans la foulée de la signature. » Une version qu'Albingia tient à rectifier : « La cotisation nous a été réglée par virement du courtier et ce virement est intervenu début avril, il y a seulement quelques jours. Je ne m’explique pas ce retard entre la signature du contrat et le versement de la prime », indique Laurent Claus, directeur commercial d'Albingia à L'Argus.

Surtout, c’est la réaction de l’assureur qui détonne alors que la pandémie se répand sur le territoire : « Leur réflexe initial a été de dire qu’il n’y avait pas de sinistre, qu’il ne fallait pas s’affoler. […] Or, on se doutait que ça n’allait pas être possible de réunir 60 000 personnes par jour à danser le pogo torse nu dans un festival », confie l’avocat.

Le courtier du Hellfest « désemparé »

Dès la mise en place des premières mesures pour lutter contre le coronavirus en France, les organisateurs ont alerté immédiatement Yves-Alain Legrand, « leur courtier depuis 10 ans ».

« Il est désemparé », estime Benjamin Barbaud. Basé à Nantes, ce spécialiste de l’assurance des professionnels du spectacle est également agent général Allianz et président adjoint à l’Agéa, la Fédération nationale des syndicats d’agents généraux d’assurance, ne souhaite pas s'exprimer dans l'immédiat : « Compte tenu que ce dossier est entre les mains des avocats des deux parties et que je suis tenu par le secret professionnel vous comprendrez bien que je ne peux m'exprimer sur ce dossier » écrit-il.

La clause qui fait débat : SRAS ou pas SRAS ?

Le litige entre Albingia et les organisateurs du festival repose surtout sur la lecture d’une clause du contrat « tout sauf » souscrit.

L’Argus de L’Assurance a eu accès aux garanties du contrat du Hellfest dont la fameuse clause litigieuse. Que dit-elle ? Le point 21 du contrat exclut de la garantie « des épidémies » notamment les « pertes pécuniaires résultant de […] « pneumonies atypiques (SRAS : syndrome respiratoire aigu sévère) » et de « pandémies reconnues par les autorités françaises ou par l’OMS (organisation mondiale de la santé). Seront seulement garanties, dans ce dernier cas, les manifestations qui auraient été souscrites avant la reconnaissance officielle par les autorités françaises ou par l’OMS desdites pandémies ». A première vue, le contrat ayant été signé plusieurs semaines avant cette reconnaissance, la clause telle que rédigée semblerait donner raison aux organisateurs.

« Yves-Alain Legrand nous a expliqué que pour Albingia, le risque épidémique n’était pas couvert et que le Covid-19 était comme le SRAS », détaille Denis Del Rio, qui voit là un deuxième problème. « Or, nous n’avons pas la même lecture. Dans un échange avec Albingia, nous leur avons rappelé que toute exclusion est limitée, sans interprétation large possible, le principe étant la couverture de « tout sauf » […] Je suis d’accord qu’on me dise que sont exclus le virus ebola, la pneumonie atypique SRAS, etc c’est-à-dire des syndromes connus », poursuit-il.

Mais pour Albingia, l'exclusion est bien avérée. Dans un échange auquel L'Argus a eu accès, l'assureur indique que le « contrat stipule bien que demeure expressément exclu tout cas de pneumonie atypique engendrant un syndrome respiratoire aigu sévère. Il ne peut être contesté que le virus SARS-COV de 2003, le virus SARS-COV-2 de 2019 ainsi que tout autre virus susceptible dans l’avenir de provoquer un syndrome respiratoire aigu sévère demeure bien exclu ».

Les regrets d'Albingia…

Joint par L’Argus de l’assurance, Albingia a refusé toute demande d’interview mais s’est contenté d’une réponse écrite via une agence de communication de crise : « Nous regrettons l’annulation de Hellfest et partageons la déception des festivaliers. Nous avons des échanges avec les organisateurs par l'intermédiaire de leur courtier et de leur avocat et ils se poursuivront. La crise que nous traversons est inédite et violente pour tous, de par son ampleur et de par sa nature, et contrairement à ce qui a pu être indiqué, ce type de risque est exclu par nos contrats. Cependant, nous sommes un assureur responsable et entendons demeurer aux côtés de nos clients dans cette période difficile. »

Consciente que le Hellfest n’est que le premier d’une longue liste de festivals annulés, la compagnie en appelle à l’intervention de l’Etat pour absorber les pertes financières. « Le secteur des grands évènements culturels sera particulièrement impacté et nous pensons que des solutions nationales doivent être trouvées, à court terme comme pour l'avenir, ce travail de réflexion est mené par l’Etat et les représentants du secteur. »

Porter l’affaire devant l’ACPR

Aujourd’hui, chacune des parties se dit officiellement ouvertes à la discussion. Toutefois, Benjamin Barbaud se déclare aussi prêt à porter l’affaire en contentieux si besoin… Avant cela, il entend contacter l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). « Le rôle et l'attitude des assurances dans le cadre de la crise sanitaire actuelle interpellent. L'APCR est une autorité de contrôle qui peut légitiment s'enquérir des conflits entre assureurs et assurés. Le cas du Hellfest est symptomatique et mérite d'être porté à la connaissance de cette autorité », confie Denis Del Rio. Aucune action de groupe n'est pour l'heure envisagée par les organisateurs.

Ils se sont résolus à une « année blanche » et préparent déjà l’édition 2021, en proposant aux détenteurs de billets de le garder pour 2021, de le revendre ou de se faire rembourser.

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Commentaires

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16/04/2020 11h:57

L'enfer et pavé de bonnes intentions!! compte tenue de la période chaotique actuelle, une grande solidarité universelle semble de mise!! sauf quand on parle de gros sous!! :-).Bravo les assureurs et les petits asterix minuscules!! bravo pour débiter le chèques au mois de mars!! Du grand art les Arsene Lupin moderne!!! Metallement votre

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