Coronavirus : la Maif fait cavalier seul sur le remboursement des assurés automobiles

La Maif a décidé de redistribuer 100 M€ à ses sociétaires en raison de la chute de la sinistralité automobile. Un geste impossible à répliquer pour les autres assureurs… qui s’agacent de voir la polémique relancée sur leurs efforts de solidarité.

 

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Coronavirus : la Maif fait cavalier seul sur le remboursement des assurés automobiles

C’est une polémique que les assureurs croyaient avoir éteinte. Sévèrement critiqués dans les premières semaines de la crise pour leur absence de « participation à la solidarité nationale », les assureurs ont annoncé qu’ils maintiendraient leurs garanties pour les entreprises même en cas de retard de paiement, avant de débloquer une contribution de 200 M€ au fonds de solidarité destiné aux TPE et indépendants, au nom de l’ensemble des adhérents de la Fédération française de l’assurance (FFA).

C’était sans compter le geste de la Maif : le jeudi 2 avril, la mutuelle d’assurance spécialisée dans l’assurance dommages des particuliers a annoncé, à titre individuel, qu’elle allait redistribuer 100 M€ à ses sociétaires. Une somme économisée grâce à la chute de la sinistralité automobile, estimée à 75% sur une hypothèse haute de 8 semaines de confinement. « Nous n’allons pas profiter de cette crise », expliquait alors le directeur général de la Maif Pascal Demurger à l’Argus de l’assurance.

La lettre ouverte du député de Paris sur les "économies" des assureurs

S’il se veut solidaire envers ses sociétaires, le geste de la Maif, permis par la singularité de son activité et le profil de sa clientèle composée majoritairement d’enseignants et de fonctionnaires, jette l’embarras dans le secteur. « C’est un coup de pub facile pour la Maif », s’agace un représentant syndical au sein d’une mutuelle concurrente. Et un pavé dans la mare, qui attire à nouveau l’attention de l’opinion et des responsables politiques sur les efforts des assureurs dans cette crise. Dans une lettre ouverte adressée le 6 avril à la FFA, le député UDI de Paris Pierre-Yves Bournazel s’interroge ainsi sur les « économies réalisées » par les assureurs. « Les particuliers et les entreprises continuent de payer leurs cotisations alors même que mécaniquement le nombre de sinistres a fortement diminué depuis le début du confinement. Pour un seul assureur, l’économie est estimée à 100M€ uniquement en raison de la baisse de l’accidentologie routière. Pourquoi, par exemple, les assurances ne reverseraient-elles pas à la solidarité nationale les économies réalisées durant cette période? »

1 Md€ de sinistralité supplémentaire pour les assureurs

Sur le papier, l’idée semble séduisante, mais elle est en réalité très loin de s’appliquer aux effets de la crise sur l’activité des assureurs. Et pour cause : la chute de la sinistralité automobile, qui paraît indéniable au regard des restrictions sur les déplacements des Français, n’est que la face émergée de l’iceberg. Selon nos informations, elle représenterait pour l’ensemble des membres de la FFA une baisse de charge de 300M€ estimée sur la base d’un confinement de 40 jours. Une somme qui représente, d’ailleurs, les deux tiers de ce que la FFA a déjà versé au mois de mars au fonds de solidarité ! Dans le même temps, les membres de la FFA subiraient, selon nos informations, une sinistralité additionnelle de 1,3 Md€ en santé et prévoyance (arrêts de travail, remboursement des soins etc.) Au total, l’impact de la sinistralité pendant le confinement s’élèverait donc à + 1 Md€ pour les assureurs sur la période.

Si on ajoute les mesures de solidarité prises à titre individuel et collectif par les assureurs (fonds de soutien, dons, extensions de garantie …), qui se chiffrent à 1 Md€, et l’impact de la baisse du chiffre d’affaires (du fait notamment du non-versement des cotisations des TPE, PME et artisans) estimé à 1 Md€, les efforts des assureurs pendant cette période se montent à 3 Md€, comme le rappelait la présidente de la FFA Florence Lustman dans une tribune publiée la semaine dernière.

Un geste isolé dans le secteur

Le geste de la Maif envers ses assurés automobiles reste donc isolé dans un secteur qui déploie avant tout des efforts massifs envers les clientèles de professionnels, de TPE-PME et de personnels soignants, en première ligne dans cette crise. Generali France indique ainsi à l’Argus qu’il « n’y aura pas d’annonce sur un remboursement potentiel des assurés auto ». La compagnie rappelle qu’elle a engagé un effort de plus de 150 M€ pour faire face à la crise provoquée par le Covid-19. Une somme bien supérieure « aux économies réalisées sur la baisse de la sinistralité en auto ou en multirisques habitation ».

Contacté par l’Argus, le groupe Matmut affirme, quant à lui, qu’il « étudie actuellement des actions concrètes de solidarité », qui « seront détaillées en temps et en heure ». Selon les organisations syndicales représentatives, il n’est pas question d’emprunter le même chemin que la Maif en redistribuant une partie des cotisations aux assurés auto. « Lors d’un CSE extraordinaire le vendredi 3 avril, la direction nous a expliqué à quel point le sociétariat de la Maif était singulier sur la place », témoigne Laurent Cantel, délégué syndical CGT. « Le geste de la Maif me paraît hasardeux sur le plan technique. Il suffit qu’une grosse catastrophe naturelle se produise pour que les résultats de la branche soient sous pression. Il est encore trop tôt pour prédire l’évolution de la sinistralité. En revanche, ce que l’on sait déjà quantifier, c’est ce que l’on perd en termes de chiffre d’affaires ! », réagit Frédéric Poichet, responsable du groupe d’agences de Franche-Comté et délégué syndical CFE-CGC à la Matmut.

Des difficultés à apprécier la sinistralité à court terme

Une analyse largement partagée dans le secteur. « Le paiement des primes d'assurance ne se fait pas en fonction de la sinistralité du mois. Quand il y a une tempête un mois donné, on ne vous demande pas de payer un supplément qu'on vous rembourse le mois d'après s'il se met à faire beau. L'assurance s'évalue sur un cycle annuel et c'est à la fin de l'année qu'on fait les comptes, surtout dans des périodes aussi incertaines », rappelle le directeur général de Groupama Thierry Martel, dans une interview au journal La Tribune. Et de s’interroger sur la « pertinence » d’un tel geste, alors que « les régulateurs demandent aux assureurs de garder un maximum de fonds propres dans les compagnies car l'assurance est, après les Etats, un des derniers remparts en cas de crise majeure. » Les éventuelles économies réalisées grâce à la baisse de la sinistralité en auto et en MRH devraient donc venir soutenir les fonds propres des assureurs.

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