Covéa vs Scor : de nouvelles révélations !

Covéa vs Scor : de nouvelles révélations !

Scor attaque Thierry Derez et Covéa pour « abus de confiance » et « recel d’abus de confiance ». Noms de code, emails… : leurs citations devant le tribunal révèlent les coulisses du projet d’OPA. Chronologie d’une entreprise de déstabilisation.

 

Dans le feuilleton Covéa vs Scor, chaque jour apporte son lot de révélations. Mardi 29 janvier, à la surprise générale, Covéa révélait dans un communiqué de presse renoncer à son projet de rachat du groupe Scor.  A peine plus d’une heure plus tard, la presse découvrait les raisons de cette marche arrière : le réassureur poursuit Thierry Derez et Covéa au pénal pour « abus de confiance » et « recel d’abus de confiance ». Leurs citations directes devant le tribunal correctionnel de Paris, mises en ligne par Scor, lèvent le voile sur l’affaire. Chronologie d’une entreprise de déstabilisation présumée.

  • Le rôle clef de Crédit Suisse dans les révélations

Scor accuse Thierry Derez, administrateur à titre personnel de Scor depuis 2013, d’avoir usé de cette position pour tirer profit d’ « informations » et de « documents » « hautement confidentiels » afin de « favoriser les chances de succès » de son projet de prise de contrôle du réassureur par l’entreprise d’assurance qu’il dirige, Covéa. C’est grâce à la banque Crédit Suisse, l’un des conseils financiers de Covéa sur cette opération aux côtés de Barclays, que Scor aurait pu faire la lumière sur cette affaire. A la suite de la lettre du 24 août 2018, par laquelle, Thierry Derez, en qualité de président de Covéa Coopérations, proposait aux administrateurs de Scor une offre de rachat, le réassureur a contacté le 24 septembre les banques conseil de Covéa. Sous la pression, Crédit Suisse confie à la secrétaire générale de Scor s’être « retiré » de l’opération lancée par Covéa pour rester en conformité avec la loi. Le 20 décembre 2018, la High Court Of Justice de Londres ordonne à Crédit Suisse de transmettre tous les documents, incluant de nombreux courriels, attestant des agissements de Covéa. Ces derniers contiennent de nombreuses révélations.

  • Nom de code « Abbaye » : Thierry Derez convoiterait Scor depuis avril 2018

Par l’entremise des documents transmis par Crédit Suisse, Scor apprend ainsi que Thierry Derez préparait depuis le mois d’avril 2018 un projet de prise de contrôle de Scor, dont Covéa est actionnaire à hauteur de 8,19%. Un projet tenu secret sous le nom de code « Abbaye ». Plusieurs éléments avaient déjà retenu l’attention du groupe de réassurance, indique Scor : dans sa lettre du 24 août, Covéa, qui était alors prêt à débourser 8 Md€ pour racheter Scor, affirmait avoir déjà reçu un engagement ferme des banques Barclays et Crédit Suisse pour un prêt bancaire destiné à financer la transaction. De plus, l’assureur mutualiste affichait son intention de procéder très vite, avec un délai de due diligences de seulement 5 jours, ce qui témoignait, selon Scor, « d’un stade avancé de préparation » de l’offre et donc de la situation de « conflit d’intérêt avéré » dans laquelle se trouvait Thierry Derez depuis plusieurs mois.

  • « Projet Parfum » : un rapprochement de Scor avec Partner Re était à l’étude

Si Thierry Derez s’est montré aussi pressé, estime Scor, c’est qu’un autre projet de rapprochement étudié par le réassureur est venu bouleverser ses plans. Parues sur le site de BFM Business à l’automne dernier, les rumeurs sur un éventuel rapprochement entre Scor et Partner Re étaient fondées ! Ce projet, qui était seulement à l’étude indique Scor - « aucune discussion » n’ayant été engagée selon son PDG Denis Kessler - avait été présenté aux administrateurs du réassureur sous le nom de code « Projet Parfum ». Lors d’une réunion le 25 juillet 2018, tous les administrateurs du groupe, y compris Thierry Derez qui n’avait alors « pas informé le conseil de son projet » d’OPA, ont été informés des détails financiers et stratégiques de ce projet de rapprochement avec le réassureur bermudien. Un document « hautement confidentiel » préparé par la banque Citi leur a même été remis, raconte Scor. Un document que Thierry Derez aurait été le seul à emporter malgré les injonctions de Denis Kessler, l’accuse Scor.

  • Usage de documents « strictement confidentiels »

Scor accuse encore Thierry Derez d’avoir utilisé un autre document confidentiel, le procès-verbal du comité stratégique du conseil d’administration de Scor qui s’est tenu ce jour-là. Ce document, que Thierry Derez aurait transmis par email à sa banque conseil Barclays, contenait notamment l’évaluation de la valeur intrinsèque de Scor par BNP Paribas. Une information qui n’avait pas vocation à être divulguée en dehors du conseil d’administration et du comité exécutif de Scor, explique le réassureur. Cette évaluation était « significativement supérieure au cours de Bourse de Scor durant cette période », affirme le réassureur. Le rapprochement de Scor avec Partner Re, qui aurait valorisé l’ensemble à 15 Md€, aurait donc perturbé les projets de Thierry Derez et précipité la suite, conclut Scor. Un courriel provenant de son conseil Crédit Suisse, et versé au dossier, atteste d’ailleurs que le PDG de Covéa aurait demandé à la banque de préparer un argumentaire afin de « tuer » le « Projet Parfum ».

Thierry Derez et Covéa sont cités devant le tribunal correctionnel de Paris le 24 juin prochain. Il leur reste, quelques mois, pour parfaire leur argumentaire dans ce dossier, digne d’un thriller financier.

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