Donner du sens à l'épargne, le nouveau chantier de l'assurance vie

Donner du sens à l'épargne, le nouveau chantier de l'assurance vie
© noipornpan PA / Getty Images / iStockphoto

Les épargnants français sont-ils prêts à placer leur argent dans des investissements plus « responsables » ? L’État veut les y inciter. Mais côté assureurs, la distribution commerciale reste timide.

Se servir du placement préféré des Français pour orienter l’épargne vers l’économie durable et solidaire, on se demande pourquoi personne n’y avait pensé plus tôt. La loi Pacte, en cours d’examen au Parlement, s’y essaie timidement en proposant d’obliger les assureurs à présenter au moins une unité de compte ISR, verte (label TEEC) ou solidaire dans les contrats d’assurance-vie souscrits à partir de 2020, et au moins un fonds ISR et un fonds TEEC ou solidaire à partir de 2022.

Une avancée modeste, mais cette disposition a bien fonctionné pour stimuler l’épargne solidaire au travers de l’épargne salariale. Depuis que la présentation d’un fonds solidaire est devenue obligatoire en 2010 dans tous les plans d’épargne d’entreprise (PEE), les encours solidaires ont plus que doublé. 10 % des salariés optent pour un fonds « 90-10 » et l’épargne salariale représente aujourd’hui deux tiers des encours de l’épargne solidaire. « Il y a une vraie demande pour donner du sens à l’argent », assure Frédéric Tiberghien, président de l’association Finansol, qui délivre le label du même nom.

Tout indique que les Français sont demandeurs. Selon une enquête Ifop réalisée en 2018 pour l’agence Vigeo Eiris, 63 % des Français déclarent accorder une place importante aux impacts environnementaux et sociaux de leurs placements financiers (+ 15  points sur un an).

0,3 % la part des fonds TEEC et ISR dans l’encours de l’assurance vie

Des fonds qui séduisent

Les souscriptions des quelques produits existant sont encourageantes. Le fonds Afer diversifié durable, par exemple, arrive en deuxième position des unités de compte (UC) les plus souscrites en 2018 au sein du contrat de l’association d’épargnants. Le fonds commun de placement Mirova emploi France (Caisse d’épargne) a triplé ses souscriptions en 2017. Chez Agipi, la gestion pilotée responsable, déployée en 2017, a séduit plus de 26 % des adhérents en gestion pilotée. Parmi les autres offres du marché, citons aussi celle de Carac, et le Contrat Solidaire de Predica (Crédit agricole).

Problème : la distribution n’est pas à la hauteur. Selon l’étude Ifop, 5 % des sondés seulement se sont vu proposer de l’ISR par leur conseiller et 8 % savent à quoi cela correspond. « La loi Pacte crée un cadre incitatif. Mais le fond du sujet, c’est de construire l’offre et la conversation commerciale. Les chargés de clientèle ne sont pas suffisamment formés, même si certains réseaux, comme BNP Paribas ou la Maif disposent d’une offre solide et structurée, explique Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic. La gestion ISR a toujours été très difficile à vendre. Cela donne des fonds dont on peut se demander ce qu’ils ont de différent des autres. De plus la notion d’ISR est très difficile à comprendre pour une personne lambda ».

Maif, pionnier de l’investissement responsable

Le contrat d’assurance vie Responsable et Solidaire de Maif, le seul vendu au sein de son réseau, existe depuis 2009. Premier assureur à s’être engagé sur l’ISR, il gérait fin 2017 plus de 83 % de l’épargne collectée sur son fonds euros de manière ISR. Sur l’encours total, 1 % est investi sur un fonds labellisé Finansol. Sur les 9 UC du contrat, 3 sont ISR, dont une solidaire (Insertion Emploi Dynamique). « Aujourd’hui, tout le milieu financier est en train de se positionner, avec des politiques du moins pire (best in class). Nous souhaitons être beaucoup plus exigeants. La loi Pacte est un premier pas, elle répond à une préoccupation des Français. Néanmoins, je ne pense pas que cela va révolutionner le marché », estime Hélène N’Diaye, DG adjointe à la direction assurance de personnes chez l’assureur.

 

Mieux communiquer

Plus facile de vendre un produit qui investit dans une thématique donnée, par exemple environnementale ou sociétale, que des critères ESG (environnementaux, sociaux, de gouvernance)… Alors l’approche se développe. Ethic Vie, un contrat d’assurance vie créé en 2014 et racheté par Patrimea mi-2018, assuré par Suravenir et représentant quelques modestes millions d’euros, propose plusieurs gestions profilées thématiques (« respect de la planète », « droits de l’homme »…).

Aviva s’y prépare également. « Nos clients sont extrêmement demandeurs. Sept sur dix nous en parlent. Mais notre industrie a évolué moins vite que nos clients. Il faut qu’ils puissent trouver facilement ce qu’ils veulent. Quand on arrive sur un multisupport, il faut que ça saute aux yeux, y compris dans le nom », explique Arthur Chabrol, DG délégué et directeur de l’expertise technique vie d’Aviva France. Vingt-cinq fonds labellisés (essentiellement ISR) vont rejoindre la gamme d’ici à fin mars. « Nous allons lancer au premier semestre un fonds autour de notre structure de soutien financier à l’économie sociale et environnementale, La fabrique Aviva, et au second semestre un fonds autour de la transition écologique. »

Même stratégie chez Suravenir. Le bancassureur, qui assure le contrat d’assurance vie Prefon vie responsable, lancé fin 2018, et qui présente des UC ISR dans tous ses contrats, a l’intention de proposer « un maximum de mandats thématiques » en gestion pilotée. « ISR, private equity, immobilier, investissements de proximité… Ils pourront s’adapter à tous les produits », confie Bernard Le Bras, président du directoire de Suravenir. « Nous sommes dans le bon timing, je suis convaincu que le virage va s’amorcer. Un mandat thématique, c’est une histoire à raconter au client », s’enthousiasme-t-il.

De quoi transformer l’essai pour les contrats d’assurance vie ? Disons que cela ne peut que progresser. Les fonds labellisés TEEC et ISR ne représentaient que 0,3 % des encours de l’assurance vie en 2017, soit 5,46 Md€ selon Novethic. Et les fonds solidaires 188 petits millions d’euros (1,6 % du total de l’encours de l’épargne solidaire). Dérisoire.

Et quid de performances ? Concernant l’épargne solidaire, la rentabilité financière n’est pas le premier objectif, et « dans un contrat en UC, ce n’est pas la présence d’une UC solidaire qui va changer la rentabilité de ce contrat », relève Frédéric Tiberghien. « Sur les fonds ISR, les études montrent que ce n’est pas un handicap, ajoute Catherine Husson-Traore. Quant au label TEEC, il n’existe pas encore d’étude de performance comparée ; il faut y aller prudemment, en diversifiant dans d’autres produits, car les fonds labellisés sont très concentrés. » En même temps, le jour où le problème sera de diversifier dans le non-ISR et le non-écologique, un grand pas aura été franchi...

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