Experts d'assurance, la voie de la reconnaissance

Experts d'assurance, la voie de la reconnaissance
L’expert d’assurance identifie et évalue les dommages et les circonstances d’un sinistre pour le compte d’un assureur. © Jochen Tack / imageBROKER - www.agefotostock.com

Profession non réglementée et méconnue, l’expertise d’assurance s’organise pour faire face au défi du recrutement et répondre aux nouveaux besoins des sociétés d’assurance.

Une profession sous pression. Les experts mandatés par les assureurs sont le premier point de contact des assurés lorsque ces derniers subissent des dommages. Un rôle qui évolue au rythme de plus en plus soutenu des aléas climatiques et des exigences toujours plus fortes des clients. « La profession connaît un taux de départs que l’on n’observait pas jusqu’ici. Avant, on changeait de société d’expertise, mais on ne quittait pas le métier ! », observe Emmanuel Villette, président de la Fédération des sociétés d’expertise (FSE).

Des besoins croissants et des départs à combler… mais des difficultés persistantes pour recruter. « La profession n’est pas assez connue dans les filières d’ingénieurs où nous recrutons principalement. Il y a un véritable travail de promotion à faire dans les écoles », confie Olivier Boniface, président de la Compagnie des experts agréés (CEA). Peu populaire, la profession d’expert d’assurance, contrairement à sa branche sœur de l’expertise automobile, n’est pas réglementée. Il n’existe pas de formation spécifique dans l’enseignement supérieur : jeunes ingénieurs, architectes, géomètres ou économistes de la construction sont recrutés par les sociétés d’expertise, qui les forment ensuite en interne aux compétences assurantielles du métier.

Qui sont-ils ?

  • L’expert d’assurance intervient pour le compte d’un assureur, compagnie ou société mutuelle, afin d’identifier et d’évaluer les dommages et les circonstances du sinistre. L’assureur s’appuie ensuite sur le rapport de l’expert pour déterminer la manière dont s’applique le contrat.
  • Les experts d’assurance réalisent près de 2 millions de missions par an (1,38 million en dommages aux particuliers, 475 000 en dommages aux entreprises et en 135 000 sinistres en construction).
  • Après avoir été une profession libérale, l’expertise s’exerce désormais de manière salariée dans des sociétés d’expertise nationales. Elle est régie par la convention collective nationale des sociétés d’expertise et d’évaluation. Contrairement à l’expertise automobile, qui constitue une branche professionnelle distincte, elle n’est pas réglementée.
  • La Fédération des sociétés d’expertise (FSE) recense 8 000 salariés chez ses adhérents, dont 4 000 experts.
  • 2 millions : le nombre de missions réalisées par les experts d’assurance chaque année

 

Formation et expérience

Pour attirer de nouveaux talents, les sociétés d’expertise étoffent leur propre système de formation. Depuis sept ans, « l’université professionnelle » de Saretec forme en alternance des jeunes en licence ou en mastère 2. Une dizaine d’experts sont ainsi formés chaque année. Eurexo (groupe Prunay) a mis en place, en février 2018, sa Talent academy afin de recruter des néophytes. Ingénieurs, ou titulaires d’un BTS construction, dotés du permis de conduire – un prérequis indispensable – ils reçoivent une formation maison de 400 heures, alternant théorie et pratique, avec des modules dispensés par des experts terrain d’Eurexo. Au terme de deux évaluations, une commission de validation décide de leur offrir, ou pas, un emploi en CDI au sein de la société d’expertise. Une quinzaine d’experts ont ainsi été recrutés depuis le démarrage de cette campagne. « Cela nous permet d’avoir des jeunes formés à la patte Eurexo », explique Valérie Berthereaux, la directrice générale.

Si c’est avant tout l’expérience qui permet aux experts d’apprendre leur métier – dix ans sont nécessaires pour former un bon professionnel – les experts d’assurance organisent leur montée en compétences grâce à de nouvelles formations diplômantes. « Cela donne aux nouveaux entrants dans la profession des perspectives d’évolution », remarque Emmanuel Villette. La CEA propose ainsi deux diplômes reconnus par la formation professionnelle : le TEA (technicien expert assurance), délivré par CEA Développement, et la certification EEA (experts évaluateurs et d’assurance) délivrée par le CNPP (Centre national de prévention et de protection). Cette certification individuelle est assortie de plusieurs spécialités : bâtiment, préjudices immatériels, matériels, vols, plaisance… « La certification permet aux experts de franchir des caps de compétences et de traiter des sinistres à plus fort enjeu », souligne Emmanuel Villette. Elle atteste, en effet, de leur niveau de compétences auprès des assureurs, dont les exigences sont de plus en plus fortes. « Certains assureurs ou certaines conventions exigent un niveau TEA ou une certification EEA. SMA BTP, par exemple, n’engage que des experts certifiés », témoigne Olivier Boniface.

Bientôt une carte professionnelle pour les experts d'assurance

Et si les experts se dotaient d’une carte professionnelle, à l’image de la carte de presse pour les journalistes ? L’idée a été remise sur la table après le passage de l’ouragan Irma aux Antilles à l’automne 2017, un sinistre majeur qui a causé 1,9 Md€ de dommages. Dans des circonstances exceptionnelles, marquées par l’insularité et le blocage des voies d’accès aériennes, les experts se sont vu refuser l’accès au site… prenant ainsi un retard évalué à une cinquantaine de jours dans le processus d’indemnisation. « Les équipes de TF1 ont eu accès au site avant nous », déplore l’un d’entre eux. « Nous n’avons pas pu accéder aux sites sinistrés car nous n’étions pas identifiés par les pouvoirs publics », témoigne Jean-Vincent Raymondis, directeur général adjoint de Saretec. « Cela arrive à chaque phénomène majeur. Après une catastrophe naturelle, les forces de l’ordre bouclent les sites pour les protéger contre d’éventuels pillages et les experts n’y ont pas accès pendant les premiers jours. » Afin d’être mieux identifiés auprès des différents intervenants, les pouvoirs publics, les forces de l’ordre mais aussi les assurés, les experts d’assurance vont donc se doter d’une carte professionnelle. « Chaque société d’expertise adhérente de la FSE (Fédération des sociétés d’expertise) aura la responsabilité de diffuser et mettre à jour ces cartes, sur la base d’une norme commune portée par la convention collective des experts », explique Jean-Vincent Raymondis. Un pas de plus pour la reconnaissance du métier. ?

 

Aptitudes relationnelles

Ces formations s’adaptent pour répondre aux nouveaux besoins exprimés par les sociétés d’assurance. Après les inondations record de mai-juin 2016, qui ont ému l’opinion publique, l’accent a été mis sur l’accueil et l’accompagnement des sinistrés. CEA Développement a donc mis en place une formation à l’empathie. « Le métier d’expert n’est plus seulement technique, c’est un métier de services », relève Olivier Boniface. Saretec a choisi de mettre en place pour ses collaborateurs des certifications individuelles sur leurs compétences relationnelles, au moyen d’une formation reconnue dispensée par l’Inseec (école de commerce privée).

En matière technique, l’évolution de la nature des risques plaide aussi pour de nouvelles compétences. Ainsi, CEA Développement a créé, à la demande des assureurs, la certification vol et réfléchit à faire évoluer la certification bâtiment à la lumière des récents sinistres collectifs (effondrement à Marseille, explosion au gaz de la rue Trévise et incendie à Paris) qui ont révélé la nécessité d’ « anticiper le besoin de faire un diagnostic d’urgence sur les bâtiments », explique Olivier Boniface. « Demain, nous aurons besoin de recruter des experts plus qualifiés sur des risques techniques comme l’amiante, le risque environnemental ou cyber », remarque Valérie Berthereaux.

Mais, dans l’immédiat, « nous avons surtout besoin de renouveler les compétences sur les fondamentaux », estime Emmanuel Villette. La recrudescence des aléas climatiques met, en effet, les effectifs des sociétés d’expertise sous pression. Pour répondre à l’urgence, elles ont pu redéployer des effectifs d’une région à l’autre en cas d’événement de forte amplitude. Mais, remarque Emmanuel Villette, « cette solution a atteint ses limites en 2018 », une année marquée par une accumulation d’événements climatiques. La solution ? « Il faut repenser le modèle économique afin de pouvoir absorber le flux lors des cycles hauts de l’activité. Cela passera nécessairement par un surstaff d’experts. Il faut pouvoir lisser les effectifs dans le temps, tout en mettant à profit la visio, l’expertise à distance et toute offre innovante alternative et complémentaire pour traiter de manière immédiate les dossiers qui peuvent l’être », juge-t-il. La technologie pourrait ainsi offrir une réponse au manque d’experts. Le développement des solutions de selfcare pourrait permettre, à terme, aux assurés de déterminer leur indemnisation en toute autonomie lorsque leur sinistre est simple, ou d’être redirigé vers les services d’un expert à distance ou d’un expert terrain en fonction de sa complexité. La prochaine révolution ?

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