AG2R La Mondiale vs. Matmut : le choc d'un divorce

AG2R La Mondiale vs. Matmut : le choc d'un divorce
Nicolas Gomart et André Renaudin (de gauche à droite) le 22 janvier, lors de l’annonce de la création effective du groupe AG2R La Mondiale Matmut. © photo : Laurent Villeret / AG2R La Mondiale Matmut

La fin du groupe AG2R La Mondiale Matmut a surpris le monde de l’assurance. Le groupe de protection sociale et la mutuelle vont devoir gérer leur séparation et s’écrire un nouvel avenir.

À peine né et déjà enterré ! Le 9 mai, le conseil d’administration de l’association sommitale AG2R La Mondiale Matmut a signé la fin du groupe du même nom. Un coup de théâtre dans ce monde paritaire et mutualiste qui en a pourtant vu d’autres. Le 1er janvier, AG2R La Mondiale et Matmut venaient pourtant de sceller leur destin, une union annoncée un an plus tôt à la surprise générale que d’aucuns avaient salué comme un « coup de maître » d’André Renaudin et de Daniel Havis, respectivement directeur général d’AG2R La Mondiale et président du groupe Matmut.

Quatre mois de vie maritale auront pourtant suffi à faire voler en éclat ce rapprochement ambitieux, l’union d’un spécialiste de l’assurance de personnes et d’un spécialiste du IARD censé permettre de dégager 650 M€ de revenus supplémentaires. Et, comme souvent dans ce monde « humaniste » du non-lucratif, la procédure de divorce est rude, pour ne pas dire violente. Le conseil d’administration de La Mondiale a dit stop après avoir constaté « des divergences de valeurs, de vision et de méthodes » avant que la sommitale ne confirme quelques heures plus tard la séparation d’un « commun accord » et ne révoque Nicolas Gomart de sa fonction de directeur général délégué d’AG2R La Mondiale Matmut (ALMM).

Voilà pour la version officielle. Officieusement, le torchon brûlait depuis plusieurs semaines. Le document ayant été remis le 9 mai aux administrateurs du conseil de la sommitale – et que L’Argus de l’assurance a pu consulter – liste de nombreux griefs du paritaire à l’encontre du mutualiste. Dont le dossier Ociane - Via Santé. « Il était convenu dès le départ que ces deux mutuelles nationales interprofessionnelles fusionneraient à terme pour former un pôle mutualiste puissant. Or il s’est révélé que ce point n’avait jamais été envisagé entre Ociane et Matmut », révèle un administrateur d’AG2R La Mondiale.

Un courrier offensif

Dans ce climat tendu, le courrier adressé le 23 avril par Nicolas Gomart à André Renaudin apparaît comme un détonateur. Le premier, qui devait succéder au second à horizon 2021, est en effet très offensif sur plusieurs revendications (équipe de direction, stratégie, partenariat…). Et pose ce qui a pu être interprété comme un ultimatum : à défaut d’être entendu sur l’ensemble de ces points, Nicolas Gomart indique qu’il « faudrait ralentir les travaux du rapprochement […] ».

Pour les partenaires sociaux, il n’en fallait pas plus pour considérer que le contrat de départ et la confiance étaient rompus et que le groupe de protection sociale était en danger. Cette peur du « petit» qui finit par avaler le « gros » n’est pas sans rappeler le rapprochement avorté entre Malakoff Médéric et La Mutuelle générale, révélé le 10 mai 2016. À l’époque, le Medef, qui fut à l’origine de la rupture, craignait que la mutuelle ne prenne le pouvoir au sein de la Sgam.

Tous ces arguments, les représentants de Matmut les balaient d’un revers de main. La dureté du courrier de Nicolas Gomart ? Il ne faisait que lister des points qui devaient être tranchés et sur lesquels AG2R La Mondiale tardait à donner des réponses, estime un responsable de la mutuelle selon qui les craintes de voir le « petit » avaler le « gros » sont infondées : « ce serait même plutôt l’inverse ». Les différences de valeurs, de vision, de méthode ? Tout cela ne serait que prétextes. « AG2R La Mondiale nourrit certainement d’autres objectifs de rapprochements stratégiques qui rendaient incompatibles le mariage avec le groupe Matmut », analysait une source interne de la mutuelle d’assurance après l’annonce de la séparation. Les regards se tournent naturellement vers La Mutuelle générale, voire vers CNP Assurances - La Banque postale. Dans son courrier du 23 avril, Nicolas Gomart souhaitait d’ailleurs être tenu au courant des contacts avec ces acteurs.

Mais l’heure n’est plus (officiellement) à la polémique. À défaut d’avoir réussi leur mariage, les deux groupes entendent réussir leur divorce. Très concrètement, il s’agit de refaire le chemin inverse de celui effectué en 2018 : la SAM La Mondiale doit se désaffilier de la Sgam Matmut La Mondiale et adhérer à nouveau à la structure de tête, celle qui sera redevenue la Sgam AG2R La Mondiale, après avoir voté la désaffiliation de la Sgam Matmut. « Je maintiens notre souhait, en dépit de la méthode, de mener en bon ordre le processus de détricotage de nos deux maisons. J’ai été mandaté par le bureau du conseil d’administration de la Matmut en ce sens », confirme Nicolas Gomart. Et de préciser : « Nous ne ferons pas usage de notre minorité de blocage si les choses avancent dans le bon sens. »

À Rouen comme à Paris, tout le monde l’affirme : personne n’a intérêt à envenimer les choses. « Vite et bien », tel est le leitmotiv de ce divorce. Même si l’intégration entre les deux structures paraît faible, que les dirigeants de la Matmut ont déjà déserté le boulevard Hausmann, il faudra laisser les instances (conseils et assemblées générales) prendre les décisions nécessaires. « Procéder à une désaffiliation d’une Sgam prendra un peu de temps, prévient un expert. L’ACPR aura à vérifier que les conditions juridiques, économiques et financières de la séparation sont bien réunies. Il n’y aura probablement pas matière à s’opposer. »

Six mois pour rompre

Le calendrier idéal serait que chacun retrouve sa liberté au 1er janvier 2020. Ce qui laisse six mois pour reprendre ses esprits et renouer avec le cours de son histoire. Selon l’agence de notation S&P, AG2R La Mondiale ne sort pas affaibli de cet épisode. L’agence confirme la notation « A - » assortie d’une perspective positive des principales entités du groupe de protection sociale, à savoir La Mondiale, AG2R Réunica Prévoyance, Prima et Arial CNP Assurances. Le groupe aura du mal à trouver un autre partenaire pour mener le même projet industriel. Mais l’exemple de Malakoff Médéric montre qu’un rebond rapide est possible après un rapprochement avorté. Il est vrai qu’entre paritaires, les choses vont plus vite. « L’échec du projet avec Matmut repose la question du groupe Klesia », estime un bon connaisseur du secteur. La piste de La Mutuelle générale demeure. « Le groupe aimerait se renforcer en santé », confirme un administrateur, mais personne n’imagine que l’avenir de l’ex-MG PTT se joue indépendamment du meccano lancé par l’exécutif entre CNP Assurances et La Banque postale.

Quid de Matmut ? « Nous nous interrogerons sur les façons d’atteindre nos objectifs stratégiques et de développement en matière d’épargne, de retraite supplémentaire, de distribution du IARD », déclare Nicolas Gomart. Propos qui ne peuvent que conforter l’hypothèse d’un rapprochement avec Vyv. Un retour aux sources, en quelque sorte, puisque Matmut était, selon nos informations, en discussions avec le groupe mutualiste en 2017 avant de finalement choisir AG2R La Mondiale. Les liens entre la mutuelle d’assurance et les composantes du groupe mutualiste sont nombreux : sans remonter à l’époque de la mutuelle Imadies, Matmut est toujours l’actionnaire de Mutex, détenu par Harmonie Mutuelle. Et elle compte parmi ses administrateurs, un certain Thierry Beaudet, président de Vyv.

Reste que ce rapprochement a priori naturel pourrait se heurter aux liens développés par MGEN, et plus généralement Vyv, avec Maif. Est-ce que deux mutuelles d’assurance au positionnement très proches peuvent coexister dans l’univers Vyv, qui compte par ailleurs Smacl Assurances parmi ses membres ? La question mérite d’autant plus d’être posée que Maif et Matmut ont une histoire commune un peu chahutée. La première a claqué, en 2014, la porte de Sferen, condamnant l’avenir de cette Sgam créée alors avec Macif… et Matmut.

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