André Renaudin (AG2R La Mondiale) : « Notre vision n'a pas changé : bâtir un groupe complet d'assurance »

André Renaudin (AG2R La Mondiale) : « Notre vision n'a pas changé : bâtir un groupe complet d'assurance »
André Renaudin, directeur général d’AG2R La Mondiale depuis 2007 : « Même si les mouvements de concentration s’accélèrent, il reste des opportunités. » © Laetitia Duarte

Deux mois après la rupture avec Matmut, André Renaudin, directeur général d’AG2R La Mondiale, revient sur les raisons du divorce et détaille la stratégie du groupe paritaire et mutualiste en matière de rapprochements. Propos recueillis par François Limoge et Gwendal Perrin.

L’Argus de l’assurance : Vous étiez l’un des artisans majeurs du rapprochement entre AG2R La Mondiale et Matmut. Comment analysez-vous aujourd'hui cette rupture ?

André Renaudin : Divorcer seulement quatre mois après s’être marié est un échec. Dans le contrat de mariage, tout n’était pas écrit et nous nous étions laissé une période transitoire de deux ans, jusqu’à fin 2020, pour finaliser la construction d’AG2R La Mondiale Matmut, notamment pour disposer d’une organisation managériale unique plaquée sur l’organisation corporate. C’est l’un des principes fondateurs pour assurer l’unité du groupe et sa cohérence, appliqué pour tous les rapprochements menés ces dernières années. Selon ce schéma, il n’est pas concevable qu’une entité puisse, par exemple, mener une politique financière ou immobilière différente de celle du groupe.

Pour autant, à l’issue des cent premiers jours, nous sommes arrivés à la conclusion que nous ne parviendrions jamais à unifier ce nouveau groupe. Cela démontre nos divergences de culture. Celle d’AG2R La Mondiale, issue du monde paritaire et mutualiste, est résolument collective. Elle exige en permanence l’accord des trois composantes, employeurs, salariés et mutualistes. Pour toutes ces raisons, la greffe n’a pas pris.

À quelle date chacun des deux groupes aura-t-il retrouvé sa situation antérieure ?

La séparation juridique par consentement mutuel devrait être effective d’ici au 31 décembre, par désimbrication de ce qui avait été engagé, simplement en faisant le chemin inverse. Nous devrons respecter des étapes obligées, notamment la convocation d’assemblées générales et l’accord de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Au plan managérial, le comité de direction groupe s’est séparé et le processus d’unification a été stoppé. Cinq directions étaient unifiées, en particulier la direction juridique, qui était la plus aboutie. Sur tous ces sujets, nous ne reviendrons pas ipso facto à la situation antérieure.

Quelles seront les évolutions ?

Depuis l’annonce du rapprochement avec Matmut, fin 2017, et le lancement, début 2018, de notre plan d’entreprise « Demain 2020 », l’environnement s’est considérablement modifié. La loi Pacte, la réforme des retraites et la mission Delevoye, la mise en œuvre du 100 % Santé, le rapport Libault sur la dépendance ou encore la restructuration des branches professionnelles sont des chantiers qui bouleversent fortement nos métiers. Le paysage concurrentiel a également beaucoup évolué. À mi-parcours de la réalisation de ce plan, nous allons réaliser un bilan d’étape nous permettant ainsi de poursuivre la dynamique de transformation du groupe.

Est-ce qu’AG2R La Mondiale souhaite toujours se diversifier en IARD ?

Notre vision stratégique n’a pas changé depuis ma nomination en juillet  2007 au poste de directeur général : bâtir un groupe complet d’assurance. Nous souhaitons donc pouvoir proposer une offre IARD à nos assurés. Même si les mouvements de concentration s’accélèrent, il reste des opportunités. Nous allons maintenant prendre notre temps avant de nous engager dans de nouveaux projets qui viendront nourrir l’histoire de notre beau groupe.

Vous n’avez jamais caché discuter avec La Mutuelle générale… Un rapprochement avec celle-ci ne s’en-t-il trouve pas relancé ?

Nous échangeons toujours avec La Mutuelle générale. Sur ce dossier, AG2R La Mondiale est tributaire de la constitution d’un autre grand groupe, celui qui doit réunir CNP Assurances et La Banque postale, et de la vision qu’aura ce nouvel ensemble.

La fin du rapprochement avec le groupe Matmut remet-elle en cause votre départ programmé ?

Mon projet prévoyait qu’en 2020, alors âgé de 65 ans, je puisse laisser à Nicolas Gomart [NDLR : directeur général de Matmut] les rênes du nouveau groupe. La séparation remet effectivement en cause mon calendrier personnel. Les statuts d’AG2R La Mondiale me permettent d’en être le directeur général jusqu’aux assemblées générales de 2023.

Quel sera l’impact du volet épargne retraite de la loi Pacte en termes d’activité ?

Si nous additionnons nos positions en retraite complémentaire Agirc-Arrco et en retraite supplémentaire, nous sommes alors le premier acteur de la retraite. Avec la loi Pacte, le gouvernement a opéré une bascule : le produit retraite n’est plus obligatoirement associé à une sortie en rente. Par ailleurs, celle-ci met en avant la gestion d’actifs et favorise plutôt la bancassurance. Elle n’en représente pas moins des opportunités de développement pour AG2R La Mondiale grâce à l’expertise du groupe en matière de conseils en épargne retraite ou encore en gestion d’actifs, justement.

Est-ce que votre activité de retraite complémentaire n’est pas menacée par la réforme des retraites ?

Le système universel de retraite voulu par le président de la République se mettra en place, j’en suis convaincu, et les transitions d’un système à l’autre devraient se faire progressivement. Il s’est écoulé vingt ans entre l’unification du point Arrco en 1999 et la fusion des deux régimes de retraite complémentaires, Agirc et Arrco. L’horizon de temps devrait, selon moi, être de cet ordre. Ce qui laisse à penser que les évolutions de la retraite complémentaire pourront être pilotées par les acteurs, pouvoirs publics et partenaires sociaux.

Comment percevez-vous les polémiques sur la réforme du 100 % Santé et l’évolution des cotisations santé ?

L’évolution du marché de la complé­mentaire santé me laisse perplexe… Lors de la dernière campagne présidentielle, les propositions des candidats se sont focalisées sur la prise en charge des soins. Selon moi, la bonne porte d’entrée pour notre système de santé serait plutôt la politique générale de santé souhaitable pour nos concitoyens. Une fois celle-ci définie, il convient de se doter de l’organisation des soins appropriée. La question du financement ne doit arriver qu’à la fin de ce processus. Malgré le poids que représentent les organismes complémentaires, je regrette qu’ils soient insuffisamment impliqués dans les décisions et que leur place ne soit pas assez conceptualisée par les pouvoirs publics. Cela conduit à des incompréhensions et à des tensions, comme celles vécues à propos du 100 % Santé.

L’assurance dépendance a-t-elle encore de l’avenir, alors que le rapport Libault la qualifie de repoussoir ?

Cela fait dix ans que nous attendons une prise de position des pouvoirs publics sur la prise en charge de la perte d’autonomie, ce qui a bloqué l’évolution de notre offre. Il faut tirer les conséquences d’une situation de fait – le niveau de vie des retraités est en moyenne supérieur à celui de la population – et surtout ne pas faire payer les jeunes pour le grand âge, ce qui serait injuste. Si la solidarité nationale a un rôle à jouer pour les plus démunis, pour les autres, l’assurance est une solution adaptée. L’enjeu majeur est d’amener à une prise de conscience des difficultés que peut poser la perte d’autonomie. Pour cela, il faudrait instaurer un bilan poussé de santé et de ressources, par exemple à 70 ans, comme le propose Marie-Anne Montchamp, présidente de la CNSA (NDLR : Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie). Ma logique est la suivante : actif, je cotise pour ma retraite ; retraité, je me prépare au risque de dépendance.

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