Investissement durable : les ETF ESG, un outil de gestion des risques pour les assureurs (Tribune)

Investissement durable : les ETF ESG, un outil de gestion des risques pour les assureurs (Tribune)
Charles Moussier, responsable EMEA des solutions assurances chez Invesco © DR

Les ETF sont en train de s’imposer comme un vecteur essentiel de l’intégration par les investisseurs institutionnels des critères ESG (environnement, social, gouvernance) et tout particulièrement dans le cas des assureurs. L’analyse de Charles Moussier, responsable EMEA des solutions assurances chez Invesco

Les stratégies d'investissement utilisant des facteurs ESG sont devenues incontournables pour les investisseurs. Cette tendance forte pour l’ensemble de l’industrie de la gestion d’actifs a été particulièrement marquée pour la gestion indicielle qui a vu ses encours ESG progresser fortement au cours des dernières années.

Selon les données de Bloomberg (arrêtées au 15/05/2020), les fonds ESG sont surreprésentés dans la collecte des ETF européens et gagnent des parts de marchés avec des flux positifs chaque mois depuis janvier 2017. Les produits ESG ont représenté plus de 12,6% de la collecte nette en 2019 et représentent désormais depuis le début de l’année plus de la moitié (60,7%) de la collecte ETF en Europe. Sur un chiffre net global de 14,4 milliards de dollars US, 8,7 milliards ont été collectés par les ETF ESG.

De nombreux investisseurs institutionnels – notamment des assureurs – ont déjà fait migrer leurs portefeuilles ETF vers des approches ESG. Et loin d’y porter un coup d’arrêt, la crise liée au Covid-19 et la volatilité sur les marchés afférente à cet événement semble avoir accentué la tendance en faveur des ETF ESG.

L’attrait croissant des assureurs pour les ETF ESG a des raisons structurelles fondamentales. La première est liée aux aspects réglementaires : les assureurs européens intègrent les critères ESG au sein d’une part croissante de leur allocation d’actifs et de leurs stratégies d’investissement, avec des obligations précises en termes de reporting.

En France, l’article 173 de la loi sur la transition énergétique du 17 août 2015 a ainsi défini pour les investisseurs institutionnels une obligation de publier avec transparence leur intégration des critères ESG dans leurs opérations d’investissement.

Au niveau européen, les nouvelles règles de reporting ESG (« Sustainable Finance Disclosure Regulation ») entreront quant à elle en vigueur le 10 mars 2021. Pour les assureurs basés au sein de l’Union européenne, cela se traduira notamment par l’obligation de présenter en détail sur leur site web leur politique d’intégration des risques ESG.

Les assureurs-vie et tous ceux qui proposent des produits d’investissement sous forme d’assurance devront également décrire dans les documents précontractuels destinés aux clients comment les risques ESG ont été pris en compte et leur impact sur la valeur et la performance du contrat.

Les assureurs qui comptent plus de 500 employés devront de plus dévoiler leur politique concernant les impacts négatifs de leurs investissements sur les facteurs ESG. Ces mêmes assureurs sont par ailleurs soumis à la directive sur le reporting extra-financier (« Non-Financial Reporting Directive »), avec l’obligation de divulguer prochainement le pourcentage des investissements finançant les activités vertes telles que définies par la Taxonomie (référentiel européen des activités durables qui doit permettre aux investisseurs et aux entreprises d’identifier les secteurs qui génèrent des bénéfices environnementaux).

Aujourd’hui, ce cadre réglementaire mis en place afin de lutter contre le changement climatique est parfaitement assimilé par l’ensemble des investisseurs institutionnels. Beaucoup d’assureurs sont même allés plus loin que les obligations réglementaires dans l’intégration de la dimension ESG. A mon sens, l’ESG n’est pas vécu comme une contrainte, c’est même devenu une véritable conviction.

Il faut dire que les stratégies ESG ont également démontré, ces dernières années, une capacité à réduire le risque sur des marchés chahutés, ce qui correspond à l’un des principaux objectifs des assureurs dans leurs investissements. L’approche ESG constitue dans la plupart des cas un amortisseur de risques de long terme : moins de risques de fraude, moins de risques climatiques, moins de risques de pandémie, etc.

Cette capacité de surperformance dans des contextes difficiles a semble-t-il été de nouveau vérifiée récemment. Morningstar  a ainsi constaté que les ETF durables ont mieux résisté que les ETF traditionnels puisque 24 ETF ESG sur 26 ont surpassé leurs comparables non ESG au cours du premier trimestre.

Si cela s'explique en partie par une plus faible exposition au secteur de l'énergie, c’est in fine une qualité fondamentale de ces fonds ESG d’être plus résilients, avec des biais sectoriels particulièrement intéressants en temps de crise. Par nature, ces stratégies évitent les allocations sur les pétrolières et favorisent des secteurs tels que par exemple celui de la santé. Cette caractéristique permet d’offrir aux assureurs une extension naturelle de leur approche de la gestion des risques.

Une autre raison structurelle du succès des ETF ESG auprès des assureurs est liée aux qualités intrinsèques des ETF en termes de transparence, de flexibilité et de coûts. Premier avantage pour les investisseurs : les ETF sont des produits transparents et simples à comprendre et à investir. Leur facilité d’usage constitue un atout pour les assureurs qui sont prêts à essayer des stratégies nouvelles ou complémentaires, le tout avec une liquidité accrue.

Deuxième avantage : les ETF sont des produits flexibles et liquides. On l’a vu à travers cette crise, les ETF ont continué à se négocier et à offrir de la liquidité – tant sur les marchés primaires que secondaires, et ce dans les conditions les plus difficiles que les investisseurs n’aient jamais connues. Pour nombre d’investisseurs, la flexibilité des ETF et leur capacité à être échangés à n’importe quel moment de la journée dans des conditions de volatilité extrême, les rendraient même encore plus attrayants.

Troisième argument non négligeable pour les assureurs comme pour tous les investisseurs : les ETF offrent une structure à faible coût pour leurs assurés, qui leur permet d'ajouter une couche de conseil sur l'ESG et l’allocation actifs. Dans un contexte de crise où l’ensemble des acteurs économiques sont vigilants sur leurs coûts, c’est un avantage indéniable.

Enfin, le format ETF permet d’aller encore plus loin dans la définition et la mise en place de stratégies ESG parfaitement alignées avec les besoins spécifiques de chaque assureur. C’est ce que nous appelons « auto-indexation ». Il s’agit de créer un indice qui respecte les règles et stratégies ESG propres à chaque institution comme les approches ESG varient encore en l’absence de norme de place.

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