Investissement socialement responsable (ISR) : à chacun sa méthode

Investissement socialement responsable (ISR) : à chacun sa méthode
Les fonds thématiques permettent de financer des projets tels que des fermes éoliennes. © © prénom nom / Agence

L’investissement socialement responsable (ISR) est devenu incontournable. Beaucoup d’assureurs excluent de leurs fonds les secteurs les moins vertueux, mais certains financent aussi des projets ayant un impact positif.

Depuis une dizaine d’années, l’investissement socialement responsable (ISR) s’est fait une place dans les portefeuilles des assureurs. Un mouvement qui s’est accéléré sous l’effet des incitations réglementaires. Depuis 2017, l’article 173 de la loi TEE (transition écologique et énergétique), portée à l’époque par Ségolène Royal, impose aux assureurs un reporting sur la prise en compte des critères ESG, ainsi que sur les risques climat pour les 60 plus gros, gérant plus de 500 M€ d’actifs.

75 % de nos placements sont ISR, c’est-à-dire que nous analysons nos actifs au travers d’un prisme extrafinancier.

Sophie Elkrief, directrice des investissements de la Maif

 

Dépasser le best in class

Les stratégies sont multiples, chacun développant sa propre définition de l’ISR. Longtemps, cet univers d’investissement s’est focalisé sur les moyens plutôt que sur la fin. L’approche dite best in class, consistant à éviter d’investir dans les entreprises les plus mauvaises dans un secteur donné, est une grille d’analyse très répandue en France, tandis que les Anglo-Saxons privilégient l’engagement actionnarial. Selon Eurosif (le Forum européen pour l’investissement durable), l’approche best in class totalisait 295 Md€ d’actifs en France en 2017, contre 23 Md€ pour l’engagement actionnarial.

L’approche best in class ne fait pourtant pas l’unanimité. Les exclusions sectorielles sont ainsi très ancrées dans le paysage français, avec 768 Md€ d’actifs retirés des portefeuilles en 2017, tous investisseurs confondus. Tous les assureurs interrogés par L’Argus ont ainsi exclu de leurs investissements le tabac, les mines antipersonnel et les plus gros producteurs de charbon. La stratégie la plus répandue aujourd’hui consiste à intégrer les critères ESG dans les décisions d’investissement (920 Md€ d’actifs sous gestion au total en France). « Notre conviction est que la méthode du best in class est trop réductrice. Nous préférons une démarche d’amélioration continue, plutôt que de sélectionner les meilleurs d’un secteur à l’instant  T. 75 % de nos placements sont ISR, c’est-à-dire que nous analysons nos actifs au travers d’un prisme extra-financier. Nous nous appuyons sur une agence de notation extra-financière, mais aussi sur nos deux analystes ISR qui utilisent des critères de controverse : il y a un suivi, donc le processus est vertueux », explique Sophie Elkrief, directrice des investissements de la Maif.

AG2R La Mondiale Gestion d’actifs, première société de gestion à avoir créé des fonds ISR en France, a privilégié jusqu’ici la démarche du best in class pour ses six fonds ISR (9,3 Md€). Pour convertir la totalité de ses 100 Md€ d’actifs gérés hors UC en ISR, elle adopte une autre stratégie. « Sur la totalité des 100 Md€, l’approche du best in class ne serait pas possible, car cela reviendrait à exclure la moitié des émetteurs. Nous avons adopté une démarche ESG pour la totalité des actifs dès 2016 et nous sommes transparents dans le reporting. Tous nos gérants ont accès à l’information extra-financière. Nous pratiquons aussi l’engagement actionnarial dans nos sociétés en portefeuille par le biais de la politique de vote », détaille Philippe Brossard, directeur ISR d’AG2R La Mondiale.

Plus récemment ont émergé des fonds thématiques ou des fonds à impact qui reposent sur une logique de conviction plutôt que d’exclusion. S’il sont encore peu présents dans les portefeuilles des investisseurs institutionnels (20 Md€ pour les fonds thématiques et 1,9 Md€ pour les fonds à impact), ils séduisent les épargnants, car ils affichent clairement un objectif. « Nous proposons des fonds ISR à nos assurés en UC depuis 2008 : d’abord des fonds best in class, puis nous avons développé les fonds thématiques et, plus récemment, les fonds à impact. Nous augmentons aussi progressivement nos investissements à impact social ou environnemental dans notre fonds général. Ces investissements permettent de cibler directement un résultat, par exemple le financement de 6 000 logements d’urgence et 9 000 logements intermédiaires. Nous investissons sur des thématiques sociales avec des tickets compris entre 5 et 20 M€ », explique Olivier Héreil, directeur général adjoint, responsable de la gestion d’actifs de BNP Paribas Cardif.

Définitions

  • ESG Ce sigle international est utilisé par la communauté financière pour désigner les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance qui constituent les trois piliers de l’analyse extrafinancière.
  • ISR Il n’existe pas de définition officielle de l’investissement socialement responsable. Selon le forum européen Eurosif, l’ISR est une approche d’investissement orientée vers le long terme qui intègre des facteurs ESG dans le processus de recherche, d’analyse et de sélection des titres d’un portefeuille d’investissement.
  • Best in class Méthode d’analyse des investissements consistant à éliminer les émetteurs les plus mauvais dans un secteur donné (exemple : les pétroliers, les banques).
  • Fonds thématiques Ces fonds investissent dans des sociétés susceptibles de surperformer à terme car elles opèrent dans des secteurs d’avenir. En matière d’ISR, on peut trouver des fonds investis dans les énergies renouvelables, la gestion des déchets, etc.
  • Fonds à impact Ces fonds cherchent à conjuguer rendement financier et impact social postif. On peut mesurer l’utilité sociale de l’investissement, par exemple le nombre de logements financés.
  • Green bonds (obligations vertes) Obligation émise sur les marchés financiers par un État, une collectivité, une entreprise ou une organisation afin de financer un projet ou une activité présentant un bénéfice environnemental.

 

Combiner les approches

Aviva France, qui place 100 M€ par an dans des actifs durables, investit aussi dans des fonds thématiques comme Aviva renewable energy, finançant des fermes éoliennes et solaires, et réfléchit à la création d’un « fonds 2 degrés » (allusion à l’objectif de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C) afin de soutenir les entreprises les moins énergivores. Aviva investit aussi dans des infrastructures ou de l’immobilier verts, ainsi que dans les green bonds. « Les investisseurs institutionnels peuvent combiner plusieurs approches : choisir une série d’exclusions, puis utiliser une démarche best in class ou investir sur des thématiques – environnementales, sociales ou de gouvernance – spécifiques », résume Éric Van La Beck, directeur ISR d’OFI Asset Management. Au final, difficile d’évaluer ce qui relève de l’ISR dans les portefeuilles des assureurs avec le risque d’un double ou d’un triple comptage.

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