Gilles Bachelier (Intériale) : "Mon ambition est de revenir dans la famille mutualiste"

Gilles Bachelier (Intériale) :
Gilles Bachelier a été élu au poste de président d’Intériale en octobre dernier, en remplacement de Pascal Beaubat. © photos: LAETITIA DUARTE

Gilles Bachelier préside depuis quatre mois Intériale. S’exprimant pour la première fois dans la presse, ce mutualiste de longue date annonce de fortes inflexions dans la stratégie de cette mutuelle spécialisée dans les forces de sécurité et les collectivités locales.

L’Argus de l’assurance. Quelles sont les raisons de votre élection en octobre dernier à la présidence, qui a tout de même surpris le monde mutualiste ?

Gilles Bachelier : Je suis militant mutualiste depuis 25 ans et administrateur depuis 18 ans. J’ai d’abord été en responsabilité à la Mutuelle de la police de Nancy, j’ai participé à la création de la Mutuelle du ministère de l’Intérieur, puis d’Intériale. J’ai toujours eu comme vision la nécessité de savoir s’assembler pour mutualiser nos forces, pour accompagner nos adhérents, les valeurs mutualistes me parlent. Je devais succéder à Pascal Beaubat en juin 2020. Après sa démission, le conseil d’administration m’a demandé de me présenter et m’a élu à bulletins secrets, à l’unanimité.

Vous avez été étonné de ce départ de Pascal Beaubat ?

Pascal Beaubat ne s’est pas fait débarquer de la présidence, comme j’ai pu le lire. Il nous a fait part de sa démission pour convenance personnelle à l’issue d’un bureau. Il ne m’appartient pas de commenter sa décision, que je respecte, mais elle ne m’a pas totalement surpris : il m’avait dit à plusieurs reprises que c’était « l’année de trop ». Je peux comprendre, il s’est énormément investi depuis dix ans, contribuant fortement à la place acquise par Intériale.

Cet épisode aura-t-il des conséquences sur la vie d’Intériale ?

Le mandat du président d’Intériale est de deux ans, renouvelable six fois. Je vais proposer à l’assemblée générale de juin de le réduire à quatre fois renouvelables, soit huit ans au maximum. J’ai installé une nouvelle gouvernance, avec notamment un dispositif de transmission des savoirs intergénérationnels. Certaines fonctions ont été doublées de manière transitoire, de façon que les jeunes élus puissent être accompagnés par les anciens. Cela a permis de rajeunir et surtout de féminiser le bureau.

Vous arrivez dans une période complexe où les comptes de la mutuelle ont été arrêtés tardivement…

Les nouvelles règles de substitution du code de la Mutualité et la suppression du régime étudiant de sécurité sociale sont à l’origine de ce retard. Nous souhaitions des comptes certifiés et sans aucune réserve, ce qui a été fait. En 2015, les délégués ont accompli un geste républicain en acceptant de substituer La Mutuelle des étudiants (LMDE), mais cet engagement concernait la complémentaire santé, il n’a jamais été évoqué le passif du régime de base. Nous avons dû passer une provision de 25 M€, mais nous restons en discussion avec les pouvoirs publics. Logiquement, la Cnam devrait reprendre l’actif… et le passif.

Comment se porte aujourd’hui Intériale ?

Nous avons un taux de couverture de la marge de solvabilité de 190 %, soit environ deux fois la norme en cohérence avec notre objectif stratégique défini en 2016 (192 %). Pour 2018, les comptes vont être prochainement présentés au conseil d’administration et nous revenons à l’équilibre, avec un taux de marge identique. Intériale se porte très bien, nous avons démontré lors de cette période difficile la robustesse de notre modèle économique. Beaucoup de mutuelles n’auraient pas été en capacité de réagir comme nous l’avons fait, car, en même temps, nous avons déployé nos forces sur le ministère de la Justice.

Justement, vous avez remporté plusieurs référencements (Armée, Justice, Éducation nationale, Sports, Culture, Recherche). N’avez-vous pas été trop ambitieux ?

Ce n’est qu’une question de temporalité. Intériale se porte bien, nous restons une mutuelle à taille humaine. Le référencement est sur une durée de sept ans, nous avons choisi de nous développer d’abord sur le marché où nous étions mono-référencés, c’est-à-dire le ministère de la Justice. Nous y avons déjà gagné 20 % de parts de marché.

Vos concurrents affirment cependant ne pas vous voir…

Les autres référencements sont arrivés plus tard, en 2018, et il a fallu séquencer les choses. Aux Armées, nous sommes sur un marché où il y a d’autres opérateurs. En termes d’allocation de moyens et de collaborateurs, il faut prendre le temps de voir quelles populations cibler. Les plans d’actions sont en train d’être mis en œuvre. Et au ministère de l’Éducation nationale, nous avons mis en place un dispositif avec Axa et la MAGE, qui sont présents sur le terrain.

Êtes vous satisfait de vos débuts sur le champ de l’Éducation nationale ? Et du partenariat avec Axa ?

Oui tout à fait au regard des moyens déployés. Nous n’avons pas pour ambition de recruter tous les agents de l’Éducation nationale. Il y a quelques années un rapport de la Cour des comptes avait remis en cause les référencements, en disant qu’il n’était pas forcément normal que les mutuelles historiques occupent seules le terrain. Il y avait une volonté claire des pouvoirs publics d’ouvrir ce marché. On ne peut être que satisfait de la manière dont le partenariat technique avec Axa fonctionne à l’Éducation nationale, mais il est vrai que son intervention en réassurance aurait pu afficher d’autres ambitions. Il y a eu des changements de gouvernance d’un côté comme de l’autre, et nous allons continuer les discussions.

L’objectif avec Axa était également de développer l’IARD avec les étudiants. Mais les résultats ne seraient pas au rendez-vous…

Peut-être, mais j’arrive aujourd’hui avec une inflexion stratégique assez forte. Au moment où Axa a été sélectionnée en 2016, il y avait d’autres opérateurs autour de la table, mais pas de mutualistes. Et mon ambition, aujourd’hui, est de revenir dans la famille mutualiste. C’est une orientation stratégique forte qui est partagée par notre conseil d’administration et notre assemblée générale. Dès lors, notre priorité est de travailler avec les autres mutuelles. Si nous avons pu apparaître comme un opérateur non-aligné, notre ambition est aujourd’hui de rassembler ce qui est épars. C’est dans l’unité que nous avons les meilleures chances de remplir notre mission prioritaire d’accompagnement de nos adhérents et de leur famille.

Vous pourriez ainsi réintégrer la Mutualité fonction publique, dont vous avez démissionné ?

J’entretiens d’excellentes relations avec Serge Brichet [président de la MFP, NDLR] que j’apprécie beaucoup. Et les choix contraints ne sont pas forcément définitifs. Il y avait une différence de point de vue entre la MFP et Intériale au regard des référencements, et on peut regretter la manière dont les choses se sont déroulées. Cela dit, il y a bien d’autres lieux d’échanges entre mutualistes.

La LMDE a-t-elle encore de l’avenir après la suppression du régime étudiant de sécurité sociale ? Est-ce que vous n’êtes pas tenté d’arrêter la substitution ?

LMDE est bien plus qu’une complémentaire santé, c’est un laboratoire. Elle a été la première mutuelle en France à rembourser les préservatifs et les protections hygiéniques, et elle conduit des actions de prévention par les pairs remarquables. Nous avons fait un geste républicain et nous avons tenu tous nos engagements. Ce n’est pas parce qu’il y a un changement de paradigme que nous allons revenir sur ce choix. Nous devons simplement réajuster le schéma de 2015 et nous sommes en train d’y travailler avec la gouvernance étudiante. L’activité a baissé mécaniquement du fait de l’abandon progressif du régime obligatoire, mais LMDE compte aujourd’hui 60 000 adhérents en RC, affiche des comptes équilibrés et l’histoire Intériale – LMDE continue.

Le monde mutualiste se restructure, et l’on évoque beaucoup un rapprochement d’Intériale avec le groupe Vyv. Avez-vous entrepris des démarches en ce sens, ou auprès d’autres acteurs ?

Intériale n’a fait aucune offre de rapprochement. À partir du moment où nous souhaitons aller vers notre famille mutualiste, il m’a semblé nécessaire de me présenter aux autres présidents. J’ai rencontré beaucoup de dirigeants de mutuelles, dans une période de vœux propice à cet exercice, et il est clair qu’Intériale est une mutuelle séduisante. Pour autant, nous souhaitons conserver notre autonomie, nous en avons les moyens. Ma responsabilité est toutefois d’assurer l’avenir de notre mutuelle singulière. C’est pourquoi nous entendons trouver un partenaire afin de poursuivre notre croissance sans aliéner notre indépendance.

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