Rapprochement Macif-Aésio : comment se dessine la future gouvernance

Neuf mois après l’annonce de leur projet de rapprochement, les deux groupes mutualistes sont en ordre de marche et ont déjà trouvé un accord sur la gouvernance. De son côté, Aésio s’apprête à rompre les liens avec Mutex.

Depuis l’annonce, en décembre 2017, de leur projet de rapprochement qui doit donner naissance dans deux ans à un groupe mutualiste pesant quelque 8 Md€, Aésio et Macif ont franchi des étapes décisives. En juin dernier, les assemblées générales des trois mutuelles du groupe Aésio – Adréa, Apréva et Eovi-MCD – ont voté le principe de leur fusion à l’horizon 2020. Concrètement, c’est Apréva qui sera rebaptisée Aésio Mutuelle, tandis qu’Eovi-MCD et Adréa disparaîtront. Un choix justifié par des raisons très prosaïques : les fusions impli­quent des transferts, qui coûtent de l’argent, et c’est dans ce sens que l’opération est la moins onéreuse. En vue de cette échéance, le groupe mutualiste travaille déjà au renforcement de la notoriété de la nouvelle marque avec une grande campagne de publicité lancée en septembre.

La fin de Vittavi

Aésio Mutuelle va exercer une force centrifuge sur les autres mutuelles présentes dans le groupe ou appelées à y rentrer. La mutuelle étudiante Vittavi, active dans le Sud-Ouest et à La Réunion, fera les frais de la suppression du régime étudiant de Sécurité sociale (Ress). Dépourvue de la gestion du régime obligatoire l’an prochain, elle ne comptera plus qu’une vingtaine de milliers d’adhérents en complémentaire santé, ce qu’Eovi-MCD considère néanmoins trop lourd à gérer. L’activité de mutuelle complémentaire sera donc fusionnée avec Eovi-MCD par l’intermédiaire d’un transfert de portefeuille en 2019.

Autre pièce du meccano : Territoria Mutuelle. L’ex-Smacl Santé avait, suite à son divorce avec Smacl Assurances, rejoint le groupe de protection sociale AG2R La Mondiale il y a deux ans. Mais la greffe n’a pas pris. Et cette année, Territoria a décidé de quitter le giron du groupe paritaire pour rejoindre le groupe Aésio. L’opération est toujours en attente de l’accord de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), mais le schéma cible est une substitution de Territoria par Eovi-MCD puis, à terme, par Aésio Mutuelle. Territoria a par ailleurs vocation à devenir le pilier d’une structure qui serait baptisée Aésio Fonction publique, portant les ambitions du deuxième groupe mutualiste sur le marché de la protection sociale complémentaire des fonctionnaires où Macif est présente avec la Mutuelle nationale des fonctionnaires des collectivités territoriales (MNFCT).

À terme, d’autres mutuelles pourraient rejoindre le groupe. Mais si Maurice Ronat, président d’Eovi-MCD et du groupe Aésio reconnaît l’existence de contacts, il remarque que « la fusion des trois mutuelles constitue déjà un chantier assez lourd ». « Qui trop embrasse mal étreint ! », lance-t-il.

Aésio a un autre chantier interne à régler, celui de sa participation dans Mutex, la société anonyme à capitaux mutualistes spécialisée en prévoyance, ainsi qu’en santé collective pour les grands comptes et les branches. Depuis deux ans, le torchon brûle entre les principaux actionnaires, Harmonie Mutuelle d’une part, et les mutuelles d’Aésio d’autre part. Jusqu’à fin 2016, le capital de Mutex était majoritairement détenu par un bloc de contrôle composé d’Harmonie Mutuelle (détenant la minorité de blocage avec 34 %) et les mutuelles d’Aésio (Apréva 5,78 %, Adréa et Eovi-MCD, 10,97 % chacune). Début 2017, l’ACPR a donné son feu vert à une modification du pacte d’actionnaires mettant Harmonie Mutuelle en position de force avec 51 % des parts de Mutex SA. Les mutuelles d’Aésio, dont la part est restée stable à 27,72 %, n’ont guère apprécié cette prise de contrôle de fait par leur grand rival… Tant que la gouvernance était à peu près équitablement partagée, les concurrents pouvaient coopérer. Mais le nouveau rapport de forces complique toute collaboration.

« Soyons clairs, nous étions en prévoyance chez Mutex, qui est un outil commun à toutes les mutuelles. Harmonie a fait une ”OPA”, nous ne travaillerons plus avec Mutex. Nous sortirons de Mutex, mais il faudra que Harmonie rachète notre part du capital », déclare Maurice Ronat. Les discussions ne seraient actuellement pas en cours, les partenaires étant plutôt dans une phase de glaciation. Mais elles promettent d’être ardues, sachant qu’elles portent sur des sommes conséquentes, les fonds propres de Mutex SA se montant à près de 1,5 Md€.

Nous devons absolument décoller en prévoyance, car il n’y a plus de marges en santé.

Maurice Ronat, président de l’UMG Aésio

Rester soi-même dans la fusion

Le stock d’affaires restera au sein de Mutex. Mais toutes les nouvelles affaires en prévoyance seront réalisées au cœur d’une société commune créée cette année à parité avec Macif. Baptisée PAM, acronyme de Prévoyance Aésio Macif, elle vise, à terme, un objectif de 100 M€ de chiffre d’affaires. Si le rapprochement Aesio-Macif doit aboutir à la création d’un groupe diversifié par des acteurs de l’économie sociale, il est clair que la prévoyance en est la clé de voûte. « Nous devons absolument décoller en prévoyance, car il n’y a plus de marges en santé », constate Maurice Ronat. Le président de l’UMG Aésio, qui passe­ra la main après la fusion des trois mutuelles, se montre cependant serein quant à l’avenir. Rôdé aux fusions depuis le début des années 1990, il considère qu’un rapprochement, « c’est très simple : il faut qu’avant toute discussion, les politiques (ndlr : les élus mutualistes en l’occurrence) trouvent leur place. Si c’est le cas, tout se passe bien ». Un schéma d’organisation (voir ci-contre) a déjà été arrêté avec Macif, établissant une répartition des rôles qui se veut équilibrée en fonction du poids des activités de chacun. Les deux groupes ont choisi une formule deux tiers / un tiers, reflet assez fidèle de leurs activités respectives : en complémentaire santé par exemple, Macif compte 1,2 million de personnes protégées avec ses mutuelles santé (Macif Mutualité, Apivia, MNFCT, Mutuelle Air France, Mutuelle du personnel IBM) tandis qu’Aésio en totalise plus de trois. Un choix qui se veut aussi respectueux des métiers des uns et des autres. Comme le souligne Maurice Ronat, « faire de la santé est un métier, de l’assurance vie en est un autre et du Iard, encore un autre. Nous pourrions avoir des alternances de “politiques”, mais pas de dirigeants opérationnels ? »

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