Stéphane Junique (Harmonie Mutuelle, groupe Vyv) : « Notre responsabilité est de construire des ponts entre nos groupes »

Stéphane Junique (Harmonie Mutuelle, groupe Vyv) : « Notre responsabilité est de construire des ponts entre nos groupes »
Luc Perenom
Stéphane Junique (Harmonie Mutuelle, groupe Vyv) : « Notre responsabilité est de construire des ponts entre nos groupes »
Luc Perenom

Le président de la première mutuelle santé française, qui a encaissé 2,44 milliards d'euros de cotisations en 2017, souhaite une diversification bien au-delà de la complémentaire santé et de la prévoyance, et même de l’assurance, pour se positionner comme un « entrepreneur du mieux-vivre ».

Argus de l'Assurance : Harmonie Mutuelle va-t-elle poursuivre sa croissance, ou celle-ci se fera-t-elle au sein du groupe Vyv ?

Stéphane Junique : Nous continuons à être une mutuelle d’accueil pour celles qui décident de fusionner avec nous. Nous avons une quinzaine de mutuelles substituées. Cette année, il y a notamment eu la fusion avec la Mutuelle Bacca­rat. Notre atout est la croissance qui sera offerte par la dynamique et les outils du groupe Vyv. Concrètement, Harmonie Mutuel­le est aujourd’hui la mutuelle de référence du groupe pour la protection sociale des entreprises. Nous nous sommes fixé comme objectif, dans le cadre de notre projet d’entreprise Horizon 2020, d’accroître de 7 à 8 % nos parts de marché en complémentaire santé d’ici 2022, ce qui représente 700 000 adhérents supplémentaires, et ce développement se fera essentiellement par les contrats en entreprises pour lesquels nous voulons poursuivre le multiéquipement.

Que devient Mutex dans ce schéma ? Son pacte d’actionnaires va-t-il évoluer ?

Mutex a cessé le portage des contrats santé. L’activité complémentaire santé relève désormais des mutuelles et un transfert s’opère vers elles. La société Mutex est devenue l’outil dédié à la prévoyance et à l’épargne retraite ouvert à tous les mutualistes qui souhaitent mener une stratégie dans ce domaine avec un actionnaire de référence, le groupe Vyv, garant du projet industriel. Nous sommes attachés à ce que d’autres groupes participent au développement de la prévoyance mutualiste. Je tiens aussi à ce que la diversité des actionnaires soit maintenue. Harmonie Mutuelle détient pour le compte du groupe Vyv 51 % de Mutex, et n’a pas vocation à aller au-delà.

Le fait qu’Aesio, votre partenaire au sein de Mutex, se rapproche de Macif, ne remet pas le statu quo en question ?

L’émergence de grands groupes bouscule les équilibres et stimule la concurrence, mais je pense que le paysage va se stabiliser et s’apaiser. Il sera bien différent de ce que nous avons connu historiquement. Hier, les mutuelles santé travaillaient et échangeaient exclusivement entre elles, dans leur pré carré. Force est de constater aujourd’hui que les frontières entre les mutuelles 45 et les mutuelles d’assurance tendent à disparaître. Il y a davantage de porosité avec les groupes paritaires aussi. Dans ce contexte, notre responsabilité est d’amener à construire des ponts, des alliances entre nos groupes, pour dessiner ce pôle du non-lucratif, dont notre pays a besoin et que j’appelle de mes vœux.

Pourriez-vous travailler plus étroitement avec ces derniers, aller par exemple plus loin que vos liens actuels avec Malakoff Médéric au sein de Kalivia ?

Personnellement, je le crois. Harmonie est une mutuelle ouverte, tout comme Vyv. C’est notre histoire. Ce que nous avons accompli avec Kalivia, qui deviendra Kalixia (ndlr : du fait de la convergence avec les réseaux d’Istya) demain, n’est pas neutre. Nous totalisons 15 millions de personnes protégées. Je pense que le paysage des acteurs du conventionnement va se rétrécir. Nous avons une responsabilité dans la construction d’acteurs de conventionnement extrêmement solides. Dialoguer et négocier avec les professionnels de santé nécessite des outils couvrant le plus grand nombre possible de personnes. Pour Kalixia, c’est ce qu’a réussi à faire le groupe Vyv avec notre partenaire Malakoff Médéric.

Les gouvernances paritaires et mutualistes sont-elles compatibles ?

Je suis un jeune dirigeant mutualiste et j’ai été bercé par cette petite musique selon laquelle paritarisme et mutualisme seraient incompatibles. Mais ce sont les personnes qui font les gouvernances, et mon expérience m’amène à penser que des choses sont possibles. Je regarde par exemple avec beaucoup d’intérêt ce que font AG2R et Matmut, avec laquelle nous avons des liens historiques, identitaires. Notre responsabilité, en tant que dirigeants, est de ne pas fermer des portes. La consolidation du paysage des acteurs de la protection sociale dans notre pays n’est pas achevée, et ma conception est de structurer une mutuelle forte dans un groupe fort, qui porte des valeurs et une dynamique d’innovation, de nous positionner comme un entrepreneur du mieux-vivre, ce qui va au-delà de la protection sociale et de l’assurance.

Justement, où en êtes-vous en matière de diversification ?

Harmonie s’est lancée sur l’assurance emprunteur et nous avons déjà plus de 50 000 contrats. Le groupe Vyv structure sa gamme en épargne retraite pour juin 2019 avec Carac, Maif (Parnasse-Maif), l’Umr et, bien sûr, Mutex. Je constate aussi que, pour la première fois, un groupe mutualiste figure dans le Top 10 en prévoyance : Vyv est au sixième rang et nous ambitionnons d’aller plus loin. Sur l’assurance dommages, nous travaillons avec SMACL Assurances, qui est un partenaire de MNT, pour qu’elle rejoigne le groupe. Avec Maif nous avons convenu, qu’il y a une histoire à construire ensemble.

Vous êtes aussi président de Vyv Care, qui regroupe les services de soins et d’accompagnement mutualistes du groupe. Quelle est votre stratégie en la matière, notamment pour assurer l’équilibre de ces activités souvent déficitaires ?

Il est important de mettre fin à l’idée reçue selon laquelle ces activités seraient structurellement déficitaires. Il n’y a pas de fatalité à ce qu’elles le soient, et ce n’est pas le cas au sein de Vyv Care, où elles sont majoritairement excédentaires. Vyv Care s’inscrit dans notre stratégie de servir, soigner, accompagner en proximité. C’est un parti pris qui permet de s’engager sur un temps long et une gestion de qualité, car nous aurions pu, sur ces métiers d’offreur de soins et d’accompagnement, être dans une logique de sous-traitance. La maîtrise de ces métiers est un élément de crédibilité dans le dialogue avec les professionnels de santé et dans la construction de solutions innovantes, notamment dans des territoires confrontés à des déserts sanitaires.

Mais pourquoi le faire en mode propriétaire alors que ces activités étaient auparavant gérées par des structures mutualistes régionales ?

Il y a des niveaux d’investissement qui sont garantis par les acteurs de la taille des groupes qui émergent aujourd’hui – Aesio a aussi fait le choix d’investir. Cela participe d’une straté­gie d’ouverture. Un certain nombre d’acteurs de soins et de services sont des associations ou des fondations, et sont aujourd’hui fragilisés. Je ne me résous pas à ce qu’ils basculent dans le champ lucratif, car on en voit les effets, notamment sur le plan tarifaire. En Île-de-France, nous avons par exemple structuré en deux ans un tissu d’offre de soins et de services de plus de 50 établissements parce qu’il y a eu le rapprochement avec les activités historiquement gérées par la fondation hospitalière Sainte-Marie. Cela crée une dynamique. Aujourd’hui, d’autres opérateurs décident, au regard de ce que nous avons créé en Île-de-France, de nous rejoindre. Nous dialoguons actuellement avec une dizaine d’opérateurs associatifs ou de fondations au niveau national.

Pourquoi vous êtes-vous diversifiés dans le logement social par un partenariat avec le groupe Arcade ?

Nous gérons déjà 8 000 logements dans la région nantaise avec Harmonie Habitat et le partenariat avec Arcade fera de nous le quatrième opérateur de logement social. C’est là un sujet d’avenir pour les mutualistes, car il y a un lien évident entre la santé et le logement. Cette préoccupation est centrale lorsque l’avancée en âge et la perte d’autonomie nécessitent un logement adapté. Il y a également beaucoup de services à développer autour de la domotique. Nous souhaitons enfin nous positionner sur les nouvelles formes d’habitat qui viendront transformer le visage de nos villes. Ce sont des sujets nouveaux pour des acteurs assurantiels, mais ils sont naturels pour les entrepreneurs du mieux-vivre que nous sommes devenus.

Son parcours

Stéphane Junique, 45 ans, est diplômé de santé publique et a débuté sa carrière comme infirmier à l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), avant de s’investir dans les politiques de santé en Pays-de-la-Loire.

  • 2008 Administrateur de la mutuelle Harmonie Mutualité
  • 2016 Président d’Harmonie Mutuelle
  • 2016 Président du groupe de la Mutualité et de l’Inter-Groupe de l’économie sociale et solidaire au Conseil économique, social et environnemental (Cese)
  • 2017 Vice-président du groupe Vyv et président de Vyv Care. Vice-président de la Mutualité française (FNMF)

 

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 06 décembre 2019

ÉDITION DU 06 décembre 2019 Je consulte

Emploi

APREF

ADJOINT DU DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL H/F

Postuler

Mission Handicap Assurance

Mission Handicap Assurance

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Contrat de prévoyance.

Bourg Habitat OPHLM de Bourg en Bresse

06 décembre

01 - BOURG HABITAT

Marché de services d'assurances des risques statutaires.

Centre hospitalier de Blois

06 décembre

41 - BLOIS

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Stéphane Junique (Harmonie Mutuelle, groupe Vyv) : « Notre responsabilité est de construire des ponts entre nos groupes »

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié