Réassurance : les hausses de tarifs resteront contenues dans un marché fragmenté

Aux Rendez-Vous de Septembre à Monte-Carlo, réassureurs et cédantes sont sur la même ligne. Si la tendance n’est plus à la baisse, les hausses tarifaires devraient rester cantonnées aux lignes et aux régions sinistrées en 2019.

 

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Réassurance : les hausses de tarifs resteront contenues dans un marché fragmenté

Changement de ton aux Rendez-Vous de Septembre, qui se tiennent jusqu'au 12 septembre à Monte-Carlo. Il y a deux ans encore, les réassureurs abordaient ces traditionnelles rencontres annuelles en promettant la fin du cycle baissier, espérant que les ouragans Harvey et Irma feraient repartir à la hausse les tarifs de la réassurance dommages mondiale. Mais la réalité s'est avérée toute autre : si les conditions tarifaires s’améliorent, en témoignent les derniers renouvellements de juillet, les hausses restent cantonnées aux lignes d’activités et aux régions sinistrées.

Régionalisation tarifaire

« Le marché a changé de norme : les cycles globaux ont disparu en réassurance dommages. L’abondance de capital disponible – la capitalisation du marché est estimée à 580Md$ aujourd’hui - entraîne un découplage des impacts de marché. Ce phénomène a débuté avec l’ouragan Katrina en 2005. Auparavant, la survenance d’ouragans aux Etats-Unis avait un impact sur les prix de la réassurance catastrophe en Europe. Ce n’est plus le cas », analyse un grand courtier européen.

Les réassureurs, qui avaient tendance à « rechercher l’effet d’annonce » lors des Rendez-Vous de Septembre, ont intégré ce virage jusque dans leur communication. Swiss Re reconnaît, par exemple, que « les conditions ne sont pas encore réunies pour un élan positif sur les tarifs en Europe et en Amérique Latine» et prédit des « évolutions contrastées sur le marché de la réassurance de dommages aux biens avec de fortes hausses en Floride, au Japon et au Chili ».

Hannover Re se montre optimiste, prévoyant une hausse des tarifs de l'assurance dommages aux biens et responsabilités (P&C) comprise entre 2 et 5% aux renouvellements de janvier 2020. Un redressement tarifaire contrasté selon les régions, estime le troisième réassureur mondial qui s'attend à une hausse tarifaire "à un seul chiffre" sur le marché de la réassurance catastrophe en Amérique du Nord, tandis que le Japon, où le typhon Jebi a causé entre 14 et 16 Md$ de pertes en 2018, devrait voir ses prix grimper de "manière significative" aux renouvellements d'avril prochain. Sur les marchés d'Europe continentale et de l'Est, Hannover Re ne prédit, en revanche, "aucun changement majeur". Un message davantage en phase avec les attentes des cédantes. « Il est aujourd’hui impossible de faire accepter à des cédantes européennes des hausses de tarifs en l’absence de sinistralité majeure en Europe. Les réassureurs l’ont compris. Ceux qui avaient eu des positions trop dures ont perdu des parts de marché », commente un grand courtier.

DES HAUSSES ATTENDUES PAR LES CÉDANTES

Le changement est également notable du côté des cédantes. Comme chaque année, l’agence de notation Moody’s a sondé un panel d’assureurs en amont des RVS. « Alors qu’en 2017, les cédantes interrogées s’attendaient plutôt, au mieux, à une baisse ou bien à une stabilité des prix, la majorité déclare aujourd’hui s’attendre à une stabilité voire à une hausse », souligne Benjamin Serra, senior vice president EMEA chez Moody’s. Les cédantes s’attendent notamment à des hausses tarifaires plus marquées sur le marché de la réassurance de responsabilités (casualty) : comprises entre 0 et 2,5% pour 30% d’entre elles, et entre 2,5% et 5% pour 20% d’entre elles.

Une analyse partagée en grande partie par les réassureurs qui prédisent des hausses de tarifs sur le marché de la réassurance de responsabilités, notamment aux Etats-Unis ainsi que sur les traités sinistrés en Europe, Moyen-Orient et Afrique. Cette branche de risques longs pâtit, en effet, davantage des taux d’intérêt bas qui se répercutent sur le montant des provisions nécessaires. Les lignes de spécialités ayant enregistré de lourdes pertes en 2019, comme l’aviation, le maritime et l’ingénierie, devraient, elles aussi, voir leur prix grimper aux prochains renouvellements, prédit SCOR.

Des réassureurs sous pression

Reste que la rentabilité des réassureurs est davantage sous pression, dans un univers de taux d’intérêt bas qui limite leur capacité à recourir aux produits financiers. Après plusieurs années de cycle bas, la libération des réserves ne suffit plus pour soutenir leurs résultats. « La rentabilité des réassureurs est convenable mais elle est vulnérable. Leur capacité à absorber le choc provoqué par une forte sinistralité cat’ est moindre. La preuve : après la série d’ouragans Harvey, Irma et Maria et les feux de forêt en Californie, 2017 fut une année blanche en termes de résultats pour les réassureurs, alors qu’en 2011, marquée par plusieurs événements majeurs, ils avaient enregistré 5 Md$ de résultat avant impôt », remarque Benjamin Serra.

Si l’ouragan Dorian, en évitant la région de Miami en Floride, n’a pas eu l’impact dévastateur escompté - RMS estime les pertes assurées entre 3,5 et 6,5 Md$ dans les Caräïbes -, une grosse catastrophe naturelle pourrait encore renverser la donne d’ici la fin de l’année. A l'heure où nous écrivons ces lignes, le marché n'a pas encore évalué l'impact du typhon Faxai, l'ouragan de catégorie 2 qui a frappé Chiba à l'est de Tokyo. La saison cyclonique ne fait que démarrer.

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