Scor et les mutualistes, des liaisons dangereuses

Scor et les mutualistes, des liaisons dangereuses

Depuis la tentative d’OPA de Covéa sur Scor, le modèle mutualiste est critiqué. Ce sont pourtant les mutuelles qui ont empêché le réassureur de sombrer au début des années 2000. Récit d’une relation savamment entretenue.

 

« Just a French mutual only doing homeowners » : c’est en ces termes que Denis Kessler, le PDG de Scor, décrivait son premier actionnaire Covéa à nos confrères anglo-saxons de Insurance Insider, lors des derniers Rendez-Vous de Septembre à Monte-Carlo. La nouvelle, diffusée dans la presse quelques jours auparavant, avait fait l’effet d’une bombe : le premier assureur dommages de l’Hexagone, le groupe mutualiste Covéa (MMA, MAAF et GMF), avait approché le premier réassureur français, et cinquième mondial, en vue d’en prendre le contrôle. Depuis, les passes d’armes se sont multipliées dans la presse, jusqu’à déboucher sur un affrontement judiciaire. Du côté des soutiens de Scor, les critiques sur le mutualisme, un modèle jugé moins transparent que celui des sociétés cotées, ont fait leur apparition. Ce sont pourtant les mutuelles d’assurance qui ont empêché le réassureur de sombrer au début des années 2000. Retour en arrière.

Denis Kessler fait roi par Groupama

En mai 2001, Groupama, jusqu’ici détenteur de 2% du capital de Scor, en devient le premier actionnaire avec 17,1% du capital. A l’époque, Scor fait l’acquisition de Sorema SA et Sorema NA, les filiales de réassurance du groupe mutualiste pour 344 M€.  L’opération apparaît alors comme un échange de bons procédés, Groupama indiquant que « cette participation est un investissement à long terme qui viendra consolider l'actionnariat de Scor et conforter les excellentes relations qui existent entre les deux groupes ».

En 2002, le réassureur connaît une crise violente avec des pertes importantes, l'abaissement de son rating auprès des agences de notation et la chute de son cours de Bourse. Le directeur général de Groupama Jean Azéma appelle à la rescousse Denis Kessler, alors président de la FFSA (Fédération française des sociétés d’assurance) et numéro 2 du Medef. Ce dernier prend la présidence de Scor en novembre 2002 et opère un grand ménage : il débarque le directeur financier, puis le directeur général et lance le plan « back on track ».

Les mutuelles à la rescousse

Afin de renflouer Scor, Denis Kessler lance une série d’augmentations de capital, souscrites par Groupama, son premier actionnaire, qui montera même à 21,4% en 2004, mais aussi MMA et MAAF - les deux mutuelles qui s’uniront pour créer Covéa - la Macif, Generali, Swiss Life et CNP Assurances. Le soutien de la place de Paris, en particulier des mutuelles d’assurance, n’est pas un hasard. « Scor avait fait un geste pour les mutuelles d’assurance après le passage des tempêtes Lothar et Martin en 1999 (ndlr : 4,5 Md€ de pertes assurées). Leur programme de réassurance n’était pas assez couvrant, donc le réassureur s’était débrouillé pour concevoir une couverture de plus grande ampleur, de manière rétroactive », se souvient un ancien collaborateur du réassureur. Au moment de remettre Scor à flots, les mutuelles s’en sont bien souvenues.

« Il y avait une mobilisation générale de l’assurance française qui ne voulait pas voir le premier réassureur français couler. C’était important de conserver un réassureur de premier plan dans l’Hexagone », ajoute cette même source. Les renouvellements de traités du 1er janvier 2003 montrent d’ailleurs cette mobilisation. « Alors que certains industriels sont allés jusqu'à faire entrer le réassureur dans leurs programmes, les courtiers veulent y croire et jouent " Scor gagnant " », écrivait alors l’Argus de l’assurance.

Un actionnaire en chasse un autre

Reste que Groupama s’est lassé. Les difficultés de Scor ont entraîné ses comptes dans le rouge. Au fil des ans, sa participation est devenue plus financière que stratégique. De plus en plus ouvertement, la direction de Groupama évoque sa volonté de se désengager du capital du réassureur. En janvier 2007, Groupama cède donc 15,3% du capital de Scor aux banques UBS et HSBC. Le financier suisse Martin Ebner fait ensuite son apparition au tour de table de Scor, sa société holding Patinex acquérant près de 8% du capital du réassureur.

Là encore, un échange de bons procédés. C’est, notamment, grâce à l’homme d’affaires que Denis Kessler a pu mettre la main sur le suisse Converium en 2007, Martin Ebner lui ayant vendu ses titres Converium en échange d’actions nouvelles de Scor. C’est ainsi que Martin Ebner devient le premier actionnaire du réassureur français, dont il revendra finalement ses parts (7,8%) au japonais Sompo en mars 2015.

Covéa, rempart contre les Japonais

Mais le nippon a des ambitions et veut monter à plus de 15% du capital de Scor, ce à quoi Denis Kessler aurait souhaité faire barrage. «Le capital ouvert de Scor est aujourd’hui vu comme une fragilité, mais, pour Denis Kessler, cela a toujours été un avantage qui lui évitait la pression d’un actionnaire de contrôle », analyse un ancien collaborateur. Denis Kessler se tourne alors vers…. un mutualiste : le groupe Covéa, qui est actionnaire de Scor depuis son augmentation de capital en 2003. Covéa rachète les parts de Sompo, prenant près de 8% du capital. Le PDG de Scor demande tout de même au mutualiste de signer, en avril 2016, un « standstill agreement » (accord moratoire) par lequel il s’engage à ne pas monter à plus de 10% du capital dans les 3 ans qui viennent. Un accord moratoire que Thierry Derez a tenté de contourner en août 2018 en faisant une proposition de rapprochement dite « amicale » au conseil d’administration de Scor. Denis Kessler accueille cette tentative de rachat comme une traîtrise de la part de son ancien ami mutualiste. C’est ainsi que débute le feuilleton Scor vs Covéa.

Précisions

Scor a souhaité apporter des précisions à cet article.

  • En janvier 2007, Groupama n'a pas cédé ses parts à HSBC et UBS, comme nous l'écrivions. Ces banques ont repris les parts de Groupama et ont été chargées de céder ces actions auprès de nombreux actionnaires institutionnels.
  • Concernant Converium et l'entrée au capital du suisse Martin Ebner, "SCOR a décidé de faire une OPA sur Converium, dont Martin Ebner était actionnaire. Nous avons proposé de payer les actionnaires de Converium à 80 % en titres SCOR et 20 % en cash. Martin Ebner a cru dans ce projet industriel, a apporté sa participation à l’offre et s’est retrouvé de fait avec un peu plus de 8 % du capital de SCOR", précise le réassureur.
  • A propos du japonais Sompo, Scor rappelle que ce sont "les grands clients japonais" qui ont motivé sa décision de faire barrage à sa montée au capital. "Leur souhait était d’aller à 17 % ce qui permettait, selon la loi japonaise, de consolider leurs participations d’un point de vue comptable. En droit japonais, SCOR serait donc devenu une filiale de Sompo ! La réaction du marché a été immédiate : nos autres grands clients japonais nous ont dit qu’ils cessaient de travailler avec nous, car ils ne travaillent pas avec les filiales de leurs concurrents". Le japonais a alors abandonné ses projets et revendu des actions sur le marché, jusqu'à tomber à 6% du capital.
  • Quant à Covéa, Scor dément toute affirmation selon laquelle il se serait "tourné vers le mutualiste". "Covéa, qui détenait alors déjà un peu plus de 2 % du capital de SCOR, a décidé d’acheter les 6 % de capital encore détenus par Sompo. Apprenant cette décision, Denis Kessler a demandé au PDG de Covéa de préciser ses intentions. Celui-ci savait parfaitement que nous souhaitions qu’aucun actionnaire ne dépasse 10 %."

  • Plus généralement, Scor rappelle que "tous les actionnaires de SCOR ont contribué aux recapitalisations du groupe à hauteur de leurs participations respectives", outre les assureurs mutualistes, "beaucoup d'autres actionnaires" y ont souscrit. Par ailleurs, tous les actionnaires "sont égaux vis-à-vis de Scor", qui leur "accorde la même attention", tient à préciser le réassureur.

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