Scor : la pression monte du côté des actionnaires

Scor : la pression monte du côté des actionnaires

Dans une lettre adressée au PDG de Scor, la société de gestion CIAM, actionnaire du réassureur à hauteur de 0,77%, demande aux administrateurs d’examiner l’offre d’achat du groupe Covéa, « dans l’intérêt commun des actionnaires ».

Les actionnaires pourraient-ils forcer le conseil d’administration de Scor à ouvrir des discussions avec Covéa ? Ce lundi 17 septembre, la société de gestion CIAM, qui gère deux fonds actionnaires de Scor, a écrit au PDG du réassureur Denis Kessler, afin de lui demander d’examiner l’offre d’achat du mutualiste. Le 30 août dernier, le conseil d’administration de Scor avait refusé à l’unanimité d’engager des discussions avec Covéa. Actionnaire du réassureur à hauteur de 8,19%, ce dernier souhaitait lancer une offre publique d’achat en vue d’acquérir la totalité de son capital, au prix de 43€ par action, soit une prime de 21% par rapport au cours de Scor.

Depuis que Covéa a révélé à la presse le 4 septembre dernier l’échec de sa tentative de discussions « amicales » - le mutualiste est tenu par un accord moratoire l’empêchant de monter à plus de 10% d’ici avril 2019 – le PDG de Scor Denis Kessler a farouchement défendu son indépendance. Il expliquait ainsi à l’Argus de l’Assurance : «L’indépendance est fondamentale pour un réassureur global, de premier plan, tel que Scor. Si nous venions à la perdre, nous perdrions aussi des clients, et donc du cash-flow, du chiffre d’affaires, mais aussi des collaborateurs, et notre notation financière. De grands clients ont déjà fait savoir qu’ils nous quitteraient, ils n’ont pas l’intention d’ouvrir leurs livres à un concurrent. » Et de marteler : « Aujourd’hui, nous n’avons besoin ni de capital ni de technologie, nous n’avons besoin de rien ni de personne. Et certainement pas d’un actionnaire sans projet industriel. »

"Faute de gestion caractérisée"

Si le conseil d’administration fait bloc contre la tentative de Covéa, les actionnaires l’entendront-ils de cette oreille ? Dans sa lettre, que l’Argus de l’assurance a pu consulter, CIAM regrette « la légèreté » avec laquelle le PDG de Scor a « rejeté cette proposition qui semble pourtant conforme à l’intérêt commun des actionnaires ». Et d’arguer, notamment, que le prix proposé par Covéa « est bien supérieur au cours de Bourse d’une société que vous gérez depuis plus de 15 ans, et ce malgré un travail dont tout le monde a salué l’efficacité ». L’investisseur activiste va même plus loin, ajoutant que l’indépendance chère au management de Scor « semble en réalité traduire une volonté d’indépendance du conseil d’administration de Scor vis-à-vis de ses propres actionnaires ». CIAM menace, par ailleurs, d’ «engager la responsabilité » de Denis Kessler « et des membres du conseil d’administration » pour « faute de gestion caractérisée » s’ils persistent à refuser le dialogue avec Covéa.

"La valeur intrinsèque et stratégique" de Scor

« Le conseil d’administration de Scor a rejeté à l’unanimité cette proposition car elle manquait de logique stratégique et ne reflétait ni la valeur intrinsèque de Scor ni sa valeur stratégique. Une telle opération mettrait en danger le développement futur de Scor et sa capacité à créer de la valeur comme réassureur global du Tier 1 », maintient le réassureur. Se défendant d’opérer des choix contraires à « l’intérêt commun des actionnaires » et à « l’intérêt social » de l’entreprise, comme le prétend CIAM dans sa lettre, Scor rappelle par ailleurs dans un communiqué que le conseil d’administration, « composé à 70% d’administrateurs indépendants de six nationalités différentes, a suivi des processus de gouvernance exemplaires et s’est fait assister de banquiers et de conseils financiers extérieurs » pour l’éclairer dans cette décision.

Création de valeur à long-terme vs investisseur opportuniste

Interrogé par le Financial Times, le responsable des relations avec les investisseurs de Scor Ian Kelly a expliqué que CIAM était un «actionnaire activiste » animé par des « objectifs court-termistes incompatibles avec la création de valeur à long terme » du réassureur. Selon nos informations, CIAM, actionnaire à hauteur de 0,77% de Scor, aurait en effet fait son entrée au capital du réassureur entre le 7 et le 10 septembre dernier, c’est-à-dire quelques jours après l’annonce de Covéa, ce qui accréditerait l’idée d’un investisseur opportuniste alléché par la perspective d’une plus-value à court-terme. Scor rappelle, en outre, dans un communiqué que l’entreprise et son conseil d’administration « s’engagent à créer de la valeur pour leurs actionnaires de long-terme. Scor a délivré un rendement de 266% à ses actionnaires au cours des dix dernières années, les dividendes ayant été réinvestis ».

Vers une nouvelle offre ?

CIAM n’en jette pas moins un pavé dans la mare, tandis que des sources proches de Covéa ont laissé entendre dans la presse financière que le mutualiste était prêt à formuler une nouvelle offre. Une façon de mettre la pression sur le conseil d’administration de Scor afin d’ouvrir les discussions ? « La démarche de Covéa laisse croire que Thierry Derez a un plan. Tout ceci ne pourrait être qu’une première étape pour valoriser le cours de Scor. Les actionnaires pourraient-ils forcer Denis Kessler à se mettre à table, ou même demander à changer de PDG ? », s’interrogeait un grand courtier en marge des Rendez-Vous de Septembre à Monte-Carlo. « Il existe bien un prix auquel les administrateurs de Scor ouvriront les discussions, mais il ne se situe pas, comme l’a laissé entendre le management de l’entreprise, à 43€ par action », commente une source de marché. Lors des Rendez-Vous de Septembre, Denis Kessler avait déclaré au journal Insurance Insider que le prix proposé par Covéa était « loin de la médiane » calculée par ses banques conseils.

Covéa pourrait-il faire une offre mieux-disante à même de convaincre les administrateurs ? Le mutualiste dispose d’un atout : ses fonds propres de plus de 14 Md€ et un confortable ratio de solvabilité de 372%. « Ils peuvent acheter ce qu’ils veulent », remarque une source de marché. « Covéa a proposé 43€ par action. Est-ce suffisant ? Jusqu’où seront-ils prêts à aller ? Leur offre valorise Scor à 1,34 fois ses fonds propres. Axa vient de racheter l’américain XL avec un multiple de 1,50. Tout dépendra du projet», s’interroge un analyste actions. Valoriser Scor 1,5 fois ses fonds propres reviendrait à « proposer un prix de 50€ par action, ce qui ferait chuter le ratio de solvabilité de Covéa à près de 280% », estiment de leur côté les vendeurs du Event Driven Sales Desk de Goldman Sachs à Londres. Selon leur dernière note, « le marché ne donne que 25% de chances de succès à Covéa » au prix de 50€ par action. De quoi faire monter les enchères ?

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