[Tribune] Comment un assureur prend-il en compte le risque de pandémie ?

[Tribune] Comment un assureur prend-il en compte le risque de pandémie ?
© Thor_Deichmann / Pixabay

Tom Popa, chef de projet au sein du groupe de conseil Square, explique la façon dont le risque de pandémie est estimé dans le domaine de la prévoyance, et comment les assureurs peuvent se couvrir. Il souligne notamment le poids du risque financier dans la constitution des modèles. 

Depuis décembre 2019, le virus Covid-19 s’est propagé, depuis Wuhan en Chine, dans le monde entier pour devenir une pandémie. Les assureurs qui proposent des contrats de prévoyance intègrent ce risque de pandémie dans la définition de leur Capital de Solvabilité Requis sous la norme Solvabilité 2. Comment ce risque est-il estimé ? Comment un assureur peut-il s’en prémunir pour ne pas dégrader sa solvabilité ?

Le risque de pandémie inclus dans les simulations de Solvabilité 2

La norme Solvabilité 2, entrée en vigueur au 1er janvier 2016, impose notamment aux assureurs européens de définir le Capital de Solvabilité Requis (SCR), qui est l’exigence de capital économique d’un assureur pour faire face à un risque de ruine qui se produirait avec une probabilité d’une fois tous les deux cents ans. Ce SCR est décomposé en plusieurs modules correspondant à des natures de risques différentes : risque de marché, risque de défaut, risque opérationnel et risque de souscription pour les contrats de type Vie (épargne, retraite, prévoyance, etc) et Non-Vie (assurance automobile, assurance de biens, responsabilité civile, etc).

Pour le risque de souscription de type Vie, les assureurs doivent particulièrement prendre en compte le risque de « catastrophe » : pandémie, canicule, tremblement de terre, etc. Afin d’estimer le SCR dédié à ce risque, les assureurs doivent considérer l’impact d’une hausse de 1,5‰ du taux de mortalité sur les douze prochains mois. Par, exemple le taux de mortalité actuel en France étant de 9,1‰ (soit environ 600 000 morts par an), cela reviendrait à considérer une mortalité de 10,6‰ en période de pandémie (soit environ 700 000 morts l’année de pandémie). En comparaison, la grippe espagnole de 1918-1920, qui a tué entre 40 et 50 millions de personnes dans le monde, avait augmenté la mortalité aux États-Unis de 5,3‰. La surmortalité américaine avait été « seulement » de 0,41‰ lors de la grippe asiatique ayant tué deux millions de personnes dans le monde en 1957-1958, et de 0,17‰ pour la grippe de Hong Kong en 1968-1969.

Les modèles épidémiologiques

Toutefois, les assureurs qui disposent d’un modèle interne ont d’autres alternatives pour déterminer le risque de pandémie auquel ils sont confrontés. Des modèles épidémiologiques peuvent être utilisés par les assureurs, notamment les modèles compartimentaux. Ces modèles peuvent également incorporer une dimension spatiale pour estimer la contagiosité et la virulence d’un virus sur des zones géographiques déterminées. Le principe des modèles compartimentaux est de classer les individus selon différents états (sains, exposés, infectieux, rétablis, etc), et des équations régissent le passage d’un état à un autre. Ce sont ces mêmes modèles qui sont utilisés par les épidémiologistes pour estimer la propagation et la sévérité d’une épidémie.

Deux paramètres principaux régissent les modèles compartimentaux : le taux de reproduction R0 et le taux de létalité. Le taux de reproduction caractérise la contagiosité du virus : si R0 = 2, une personne infectée est susceptible de contaminer deux autres personnes (c’est justement ce taux de reproduction que le gouvernement essaye de faire baisser grâce à la distanciation sociale). Le taux de létalité caractérise la virulence du virus et se définit comme le nombre de décès parmi les personnes atteintes par la maladie.

Pour comparaison :

De tels modèles épidémiologiques peuvent permettre à un assureur utilisant un modèle interne d’affiner l’estimation de la propagation et de la mortalité dans une pandémie et donc de définir au mieux le SCR pour le risque « catastrophe ». L’utilisation d’un tel modèle de pandémie, via des stress tests, aide également un assureur à estimer quantitativement son exposition au risque de pandémie et à prendre des mesures pour s’en prémunir.

Les solutions de couverture

Une première solution de couverture contre un tel risque est la réassurance, notamment la réassurance en excédent de sinistre par événement : elle se déclenche lorsque le montant de sinistre à payer pour un même événement dépasse un certain seuil (un plafond de prise en charge par le réassureur peut aussi être mis en place).

Une autre solution possible est la titrisation du risque de pandémie : l’assureur se couvre auprès d’un tiers qui lui verse une certaine somme si la mortalité dépasse un seuil défini. Cette méthode de couverture a connu un certain succès à son apparition au cours des années 2000 avec des assureurs se couvrant pour plusieurs centaines de millions d’euros.

Intégrer aussi le risque financier

Mais une autre question se pose. Même si un assureur maîtrise bien son risque de pandémie, se couvrant contre une hausse significative de la mortalité, un autre facteur de risque doit être pris en compte dans une telle situation : le risque économique et financier.

La pandémie de Covid-19 a généré un krach boursier planétaire en mars 2020 et les assureurs ont été particulièrement touchés, entrainant une baisse des ratios de solvabilité. Bien que les assureurs soient exposés au risque de pandémie dès qu’ils ont en portefeuille des contrats de prévoyance, en moyenne près de 75% du SCR avant diversification des assureurs Vie est porté sur le risque de marché, faisant de lui le risque majeur devant le risque de souscription.

Comment prendre cela en compte du point de vue de l’assureur ? Grâce à l’ORSA (Own Risk and Solvency Assessment), l’assureur a la possibilité de tester divers scénarii « catastrophe » et il peut notamment coupler le risque de pandémie avec le risque de marché afin de tester sa résilience face à un tel scénario. Pour ceux qui n’auraient pas implémenté un tel scénario, tout peut laisser penser qu’ils l’intégreront prochainement dans leurs tests ORSA.

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