[DOSSIER] Réassurance vie 3/4

Espérance de vie : La dépendance, dépendante du risque de longévité

Les contrats dépendance, peu développés en France, sont relativement jeunes et n'offrent pas d'historique suffisant pour maîtriser la sinistralité. La question de l'espérance de vie qui continue de croître en France pose également un enjeu technique majeur aux réassureurs.

Tous les acteurs du secteur de l'assurance et de la réassurance ont apporté leur contribution au grand débat national sur la dépendance lancé au premier semestre 2011 par Nicolas Sarkozy. Un débat qui reste d'actualité, puisque son successeur à la présidence de la République, François Hollande, s'est engagé à réformer la dépendance. Mais, au-delà des propositions des uns et des autres, et du projet de label sur lequel la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA) travaille seule - ce qui ne manque pas de susciter l'ire de beaucoup de protagonistes -, la couverture de la perte d'autonomie est un risque qui pose des enjeux techniques majeurs aux réassureurs.

Un manque de recul

Tout d'abord, parce que les premiers contrats émis sur le sol français ne datent que du milieu des années 80, et que le risque n'est donc pas complètement déroulé : tous les contrats de cette époque ne sont pas encore dénoués (en dépendance ou en décès), ce qui apporte une expérience limitée au marché. Ce manque d'historique a d'ailleurs posé quelques difficultés à certains acteurs, qui ont dû procéder à des majorations tarifaires, parfois drastiques, en cours de vie des contrats.

Surtout, une question épineuse se pose actuellement : comment bâtir les contrats alors que l'espérance de vie future des Français ne cesse de s'allonger ? Aujourd'hui, les plus de 60 ans représentent 20% de la population française, et selon les projections, cette part devrait grimper à près de 30% d'ici à 2050 ! La probabilité qu'un assuré devienne dépendant dans les deux années à venir est actuellement évaluée à 10% à 60 ans, et à 40% à 80 ans. L'âge moyen de souscription d'un contrat dépendance est justement de 60 ans, et l'âge moyen des personnes dépendantes se situe autour de 80 ans. Mais qu'en sera-t-il dans les prochaines années ?

Partner Re, qui a hérité du portefeuille dépendance de la Safr, ne se voile pas la face. « L'allongement de la durée de vie en France est une certitude. La question est de savoir comment les Français vieilliront. Différentes thèses s'opposent. Par exemple, que la dépendance surviendra plus tard mais sur une période plus courte qu'actuellement, ou qu'elle surviendra plus tôt et durera plus longtemps, ou qu'elle arrivera plus tard et durera plus longtemps et durerait aussi longtemps, nous assisterions donc à une translation. La clé du problème est de savoir comment évoluera l'amélioration de la durée de vie en bonne santé par rapport à l'amélioration de l'espérance de vie en état de dépendance. En outre, c'est un risque systémique, car beaucoup de pays développés connaissent la même évolution que la France. Les modèles ne peuvent apporter de réponses ; aussi, nous bâtissons nos couvertures en fonction de ces différents scenarii de stress », explique Pascale Gallego (Partner Re).

Chez Scor, qui possède le plus gros portefeuille dépendance de la place, on surveille aussi ce risque comme le lait sur le feu. Il faut dire que le réassureur, qui avait mal anticipé le déroulement de ses premiers contrats, a essuyé les plâtres et a dû revoir sa copie de manière drastique ces dernières années. Une veille permanente, à l'aide notamment de partenariats avec des scientifiques et des démographes, est organisée depuis la fin des années 90, dans le cadre d'un centre de recherche.

L'inconnue scientifique

« Il y a de gros enjeux. Il est très difficile d'anticiper ce qui va se passer. Les progrès de la science vont vite et leurs effets ne sont pas toujours bénéfiques au niveau du risque de dépendance, Par exemple, un traitement autour de la maladie d'Alzheimer pourrait avoir un effet positif en repoussant la date de l'état de dépendance. Mais il pourrait aussi être trouvé un traitement qui prolonge l'état de dépendance des malades d'Alzheimer, ce qui poserait de réelles questions, avec la cohorte des personnes âgées annoncée pour les prochaines années », explique Laure de Montesquieu, de la direction technique centrale, responsable du centre R&D dépendance de Scor Global Life.

« L'évolution de la mortalité des personnes autonomes et l'augmentation de l'espérance de vie sont un fait. Cependant, il est difficile d'en déterminer les raisons, et les modèles pour mesurer l'espérance de vie future restent des modèles... D'où la difficulté de mesurer le risque dépendance et la nécessité de piloter au plus près et d'ajuster, si besoin, le tarif et le provisionnement le plus rapidement possible », confirme Sara Fénelon, directeur vie-santé chez Gen Re. La seule variable d'ajustement effectivement à disposition des réassureurs, contrairement à d'autres pays : la hausse des tarifs.

Mais même cette solution soulève des difficultés, car des majorations trop élevées seraient socialement mal perçues. « Nous y sommes très vigilants, appuie Claude Vercasson, directeur général d'Hannover Re en France. La difficulté est de parvenir à maîtriser le taux d'incidence [probabilité de passage de l'état valide à l'état dépendant en fonction de l'âge, NDLR], de mortalité, et l'évolution des taux d'intérêt. La dépendance est profitable tant qu'il n'y a pas de dérive forte, qui entraînerait une hausse des réserves et des pertes. Une solution consiste à diversifier les risques, par exemple avec des garanties pandémie. »

Optimiser le coût

Si les garanties dépendance restent difficiles à calibrer techniquement, certains réassureurs travaillent à des solutions qui s'adapteront au maintien prolongé en dépendance des assurés. Ainsi, dans les prochains mois, Swiss Re va lancer, avec la société de robotique Robosoft, une expérimentation qui vise à aider les personnes à distance via une plate-forme d'appel et d'assistance. « Le but est d'alléger le coût d'aide à domicile, et d'optimiser le coût de la dépendance. Cette solution permet, tant que cela est possible, de réduire significativement le temps de présence nécessaire d'un aidant auprès de l'assuré, présence qui est le poste le plus cher dans la dépendance », explique Pierre-Yves Le Corre (Swiss Re).

GUILLAUME LEROY ACTUAIRE ASSOCIÉ CHEZ WINTER et ASSOCIÉS

« Une augmentation régulière de l'espérance de vie en France »

  • Vous êtes en charge de l'élaboration de la nouvelle table de mortalité (1) à l'Institut des actuaires. Où en sont vos travaux ?

Nous avons commencé il y a six mois, et espérons terminer d'ici à un an. Nous attendons de savoir, entre autres, comment la décision de la CJUE d'interdire la différenciation homme/femme dans l'assurance s'appliquera ou non fin 2012. C'est un gros travail, que nous menons sur la base des portefeuilles d'assureurs, et avec leurs fédérations et l'ISFA. Jusqu'ici, la logique française était basée sur l'utilisation de tables réglementaires, basée sur les hommes pour la table en cas de décès, et sur les femmes pour la table en cas de survie. Les assureurs pouvaient, en parallèle, utiliser leurs propres tables, certifiées par un actuaire. La table vie TGH pour les rentes viagères masculines repose sur la projection prudente des observations faites il y a une dizaine d'années. Désormais, dans le cadre de Solva 2, il devrait y avoir, outre des tables établies individuellement par certains assureurs, cette table de mortalité de référence pour le marché.

  • Les statistiques et projections de longévité et de mortalité sont-elles réellement fiables ?

Des incertitudes existent. Les avis des médecins et des démographes sont variés. En France, les actuaires observent, depuis des années, une augmentation régulière de l'espérance de vie, qui ne marque pas de pause comme aux États-Unis, ou qui ne décroît pas, comme en Russie. La question technique qui se pose est : l'allongement de l'espérance de vie signifiera-t-il que les individus seront en bonne santé plus longtemps ?

1. La table de mortalité donne, pour chaque âge, la probabilité annuelle de décès d'un individu. Elle est établie selon des statistiques.

LES ÉTATS-UNIS, DE SINISTRE MÉMOIRE

  • Peu de pays ont réellement développé des garanties dépendance. Hormis l'Allemagne ou la Grande-Bretagne, les États-Unis en font partie. Et bien des réassureurs s'y sont cassé les dents, et en sont repartis en courant, tant le marché américain, premier marché de la dépendance au monde, est difficile.
  • Deux difficultés majeures se sont ainsi posées aux réassureurs : le fait que la prime fixée à la souscription soit nivelée, donc sans possibilité de revalorisation dans le temps pour enrayer les dérives comme en France, et la prise en charge de tous les soins et prestations inhérents à l'entrée en dépendance, ce qui alourdit considérablement la facture pour les assureurs et réassureurs.

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