[DOSSIER] Expatriation 1/3

International : L'expatriation se conjugue aussi au singulier

Crise économique et mondialisation des échanges conduisent les assureurs à adapter leur offre de couverture. Ils raisonnent désormais davantage en termes de mobilité internationale que d'expatriation, avec une forte croissance des contrats individuels.

Hervé Balzano, le directeur international d'Axa solutions collectives, rappelle que « les assureurs ont commencé à s'intéresser à la couverture des salariés expatriés dès les années 60 ». C'est pour répondre au besoin de couverture exprimé par ses clients professionnels, principalement des multinationales, qu'Axa, alors sous la marque UAP, a commercialisé ses premiers contrats expatriation. Il s'agissait alors de garantir les personnes clés, notamment les responsables des filiales qui commençaient à s'ouvrir à l'étranger dans le pétrole, l'armement, l'industrie... Les organisations non gouvernementales (ONG) et les ambassades ont également figuré parmi les premiers demandeurs. « Le véritable essor est venu plus tard, dans les années 80, avec la mondialisation. Les courtiers grossistes et spécialisés se sont alors mis à investir cette niche », confirme Thierry Lejuez, responsable mobilité internationale de Henner.

Cette croissance ne s'est pas démentie depuis. Ainsi, le chiffre d'affaires d'Allianz sur cette cible est passé de 20 M€ en 2001 à 200 M€ en 2011. « Le marché des expatriés est un vivier très intéressant et en permanente ébullition », estime Laurent Doublet, directeur international et économie sociale d'Allianz France, avant d'ajouter : « De plus en plus de jeunes cadres ne se sentent pas à l'aise dans le système français et trouvent leur bonheur à l'étranger, notamment en Asie. Malheureusement, ce sont souvent les mieux formés qui partent. »

Pour Vincent de Meyer, directeur général adjoint d'April International Expat, « plus qu'une niche, la mobilité fait partie des axes de développement stratégiques du groupe April. Sur ce marché, nous affichons une croissance constante de 20% par an depuis cinq ans ». Le numéro un, Axa, qui affiche un chiffre d'affaires de 287 M€ en 2011 pour la couverture des expatriés, a même créé, en 2009, une business unit (un centre de profits) dédiée aux solutions d'assurance internationales. Quant au groupe Henner, son ambition est de multiplier par quatre l'ensemble de ses activités en mobilité internationale à l'horizon de dix ans.

Pour obtenir de tels résultats, il a fallu s'adapter et innover dans un contexte en pleine évolution. Depuis les années 2000, les multinationales, principalement pour des raisons de coût, ont réduit la voilure. Elles envoient toujours autant de salariés à l'étranger, mais pour des missions plus courtes. S'est aussi développé le « commuting », qui consiste à travailler la semaine à moins de cinq heures d'avion, dans le même fuseau horaire.

Sur la mobilité, nous affichons une croissance de 20% par an depuis cinq ans.

Vincent de Meyer, DGA d'April International Expat

Des solutions locales

Avec la crise, la chasse aux économies a redoublé. Dans les grands groupes, au bout de trois ans, l'employeur donne généralement au salarié le choix entre rentrer en France ou rester dans le pays avec un contrat de travail local, sortant de fait du contrat de protection sociale « groupe ». Les assureurs ont dû prendre en compte cette évolution, en proposant un basculement vers un contrat individuel au premier euro.

Autre tendance, si la population d'expatriés stagne autour de 10% de la population active dans les pays développés, le nombre de personnes en mobilité a augmenté de 24% en dix ans au niveau mondial, certains pays affichant plus de 50% de leur population expatriée (source : Axa). Face à cette internationalisation du marché du travail, les entreprises n'hésitent plus à recruter d'excellents profils, bien formés, pour intégrer leurs filiales localement. « Désormais, les assureurs doivent être capables de couvrir un salarié d'une multinationale venu du Brésil pour travailler en Angola », confirme Jean-Louis Remise, directeur du grand courtage de Swiss Life. « On ne raisonne plus en termes d'expatriation, mais de mobilité internationale », ajoute Hervé Balzano (Axa solutions collectives), qui dirige également Maxis Global Benefits Network, une entité créée conjointement avec l'assureur américain MetLife pour fournir des solutions locales aux employés des multinationales du monde entier. « Afin de capter le marché de l'assurance individuelle à l'international, nous nous sommes entourés de correspondants locaux qui servent de "rabatteurs" » confie Laurent Doublet. Swiss Life s'appuie sur le Swiss Life Network, un réseau composé d'assureurs locaux partenaires dans plus de cinquante pays, ce qui lui permet d'assurer une continuité de couverture. En parallèle, le groupe lance, en avril, avec sa filiale de Singapour, une offre dédiée aux expatriés en Asie.

Si l'assurance expatriation se conjugue désormais aussi à l'individuel, les couvertures collectives, qui sont le plus souvent soumises à appels d'offres par l'intermédiaire du grand courtage, ont également évolué. Bien entendu, le poste le plus important concerne la couverture des frais médicaux (consultations, médicaments, hospitalisation...), qui inclut généralement l'assistance rapatriement. Elle intervient en complément de la Sécurité sociale des expatriés, la Caisse des Français de l'étranger (CFE), ou au premier euro selon le choix de l'entreprise. La tarification en santé, comme pour un contrat classique, sera fonction du niveau de garantie choisie, mais également du pays de destination.

Pour l'assureur, l'élément essentiel consiste à proposer une gestion irréprochable. « Quand ils ont un problème de santé à l'étranger, les expatriés sont très attentifs à la qualité des soins et aux délais de remboursement », prévient Christelle Bothuyne, responsable individuelles expatriés de Henner, qui fait partie, avec MSH et Verspieren, des principaux gestionnaires de la place.

La plupart des acteurs du marché proposent également la prévoyance (incapacité, invalidité, décès), la responsabilité civile vie privée, ainsi qu'une palette de services d'assistance. « Nous avons intégré des services complémentaires au fil du temps, selon des demandes des clients. Notre volonté est de leur simplifier la vie, avec, par exemple, l'extension du tiers payant à l'étranger, la traduction de documents juridiques (bail, contrat de travail...) », explique Vincent de Meyer (April International Expat).

Désormais, les assureurs doivent pouvoir couvrir un salarié d'une mutlinationale venu du Brésil travailler en Angola.

Jean-Louis Remise, directeur du grand courtage de Swiss Life

Assistance avant départ

Même son de cloche chez Henner, qui porte une attention toute particulière à la prévention avant le départ. « Nous aidons les entreprises à bien choisir les candidats à l'expatriation, afin de réduire les risques d'échec : la sensibilisation au risque pays, l'information sur les règles élémentaires d'hygiène et les examens médicaux approfondis avant départ sont autant de clés qui permettent d'éviter des rapatriements sanitaires. L'accompagnement psychologique des conjoints est également capital dans les premiers mois », confie Thierry Lejuez de Henner.

En revanche, la retraite complémentaire est encore peu développée auprès de cette cible, même si beaucoup reconnaissent y réfléchir. Swiss Life, acteur historique des assurances expatriation, est l'un des rares à la proposer dans son offre globale. « La plupart des assureurs ont laissé le terrain de la retraite aux consultants et aux courtiers spécialisés », constate Laurent Doublet, d'Allianz.

On ne raisonne plus en termes d’expatriation, mais de mobilité internationale.

Hervé Balzano, directeur international d’Axa solutions collectives

LE CHIFFRE

10% C'est La part de la population active européenne expatriée, soit 2 millions de personnes en France

source : ministère des Affaires étrangères.

 

LEXIQUE

  • Détaché : le salarié envoyé par son employeur à l'étranger pendant un an dans l'Union européenne et trois ans ailleurs reste affilié au régime de protection sociale français.
  • Expatrié : le salarié envoyé à l'étranger pendant une durée excédant les conventions bilatérales ou dont l'employeur préfère ce statut à celui de détaché ne relève plus du régime de protection sociale français.
  • Non-résident fiscal : il n'a pas son foyer familial en France, n'y séjourne pas plus de 182 jours par an et n'y exerce pas d'activité professionnelle.

ILS N'ONT PAS DE COUVERTURE COLLECTIVE

  • Après quelques années, les missions d'expatriation des salariés se transforment en contrat local.
  • Les entrepreneurs individuels sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance à l'étranger.
  • De nombreux retraités décident de s'installer au soleil, principalement au Maghreb et en Asie du Sud-Est.
  • Les jeunes partent plus souvent étudier ou travailler à l'étranger.

L'EXPATRIATION CHEZ TOTAL : TROIS ANS EN MOYENNE

  • Chez Total, parmi les 96 000 collaborateurs du groupe, plus de 4 200 sont expatriés, dans près de 114 pays. Parmi ces derniers, figure une proportion croissante d'internationaux expatriés, qui n'ont donc pas la nationalité française. En 2011, ils étaient environ 1 550, soit 1 expatrié sur 3. « La durée moyenne des missions d'expatriation est de trois ans, rarement plus de cinq ans. De plus en plus, les affectations dans des pays européens donnent lieu à un passage en contrat local », explique-t-on chez le groupe pétrolier.
  • En 2001, après la fusion avec Elf, Total a mis en place « un package global équitable pour tous les salariés expatriés en termes de rémunération, d'accompagnement familial, de protection sociale et de fiscalité. Nous offrons aux collaborateurs et à leur famille une protection sociale de haut niveau, la même pour tous (Français et étrangers) ». Elle comprend la santé (couverture au premier euro, assistance et rapatriement), la prévoyance et la retraite.

LAURENT DOUBLET, DIRECTEUR INTERNATIONAL ET ÉCONOMIE SOCIALE D'ALLIANZ FRANCE

« Le vivier d'assurés n'est pas prêt de s'épuiser »

« Paris constitue un bel exemple de place d'assurance pour les couvertures à l'international. Nous disposons de spécialistes du marché, tant sur le plan de la construction des contrats que de leur délégation de gestion. Pour n'importe quel client et dans n'importe quel pays, ils sont capables de comprendre les enjeux locaux, de construire des produits adaptés et d'identifier les bons partenaires. Cette expertise permet aux assureurs français de trouver des relais de croissance géographiques, en allant chercher des expatriés de toute nationalité en Asie, au Moyen-Orient et dans les pays émergents. C'est incroyable de savoir qu'à Dubaï ou à Singapour, par exemple, il y a davantage de salariés expatriés que de locaux. Le vivier d'assurés n'est pas prêt de s'épuiser. »

RENÉ VAN LEGGELO, ASSOCIÉ CHEZ AON HEWITT

« L'expatriate risk-manager, une fonction montante »

« Depuis quelques années, les assureurs ont à couvrir de nouveaux profils d'expatriés travaillant pour des multinationales, mais dont le besoin de couverture ne peut être uniquement calqué sur le modèle français : ils peuvent être Brésiliens, Indiens, Marocains. Il existe une population grandissante dans le monde d'"expatriés permanents". En parallèle, les risques politiques se sont renforcés, notamment en Asie, au Maghreb ou en Amérique latine, avec de réelles zones d'insécurité. Le risque d'enlèvement, en particulier, ne doit plus être négligé par les entreprises, qui ont la responsabilité d'assurer la protection sociale, mais aussi la sécurité de leurs salariés expatriés. En la matière, la prévention joue un rôle accru. Une prise de conscience s'impose : l'"empilement" de contrats d'assurance doit laisser la place à une analyse globale du risque expatriation, pilotée par des "expatriate risk-managers", une fonction montante au sein des multinationales. Il n'est pas normal que la couverture expatriation soit moins pilotée que le risque industriel, alors que l'on envoie des personnes clés et compétentes, sans parler de l'impact pour l'image de l'entreprise en cas de problème. »

 

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