Assurance vie : Rendements 2011, plus dure sera la chute ?

Les taux de rendement des fonds en euros continuent de baisser en 2011. Si le recul n'est pas aussi spectaculaire que le marché le craignait, les interrogations quant au devenir de ces produits se font de plus en plus grandes. Et les regards se tournent déjà vers 2012.

Rendez-vous annuels incontournables, les annonces des rendements 2011 des fonds en euros des principaux contrats d'assurance vie par les acteurs de la place viennent d'avoir lieu. Pour la première fois, Axa a ouvert le bal à l'automne 2011. Alors que les bancassureurs, comme à l'accoutumée, ont clos les festivités fin janvier-début février 2012. Sans surprise, les chiffres sont une nouvelle fois à la baisse, avec une moyenne légèrement supérieure à 3%, contre 3,40% pour 2010. Au final, rares sont les acteurs à afficher une stabilité de leur taux, comme la Carac et Mutavie. A contrario, dans certains cas, la chute est rude, comme pour Predica (- 1 point), Maaf vie (- 0,91 point), ou Matmut vie (- 0,85 point).

3% Telle est la performance attendue pour 2011 des fonds en euros. En 2010, le taux moyen avait atteint 3,40%.

 

Savoir-faire mis en avant pour les meilleurs

Dans leur communication, toutes les sociétés insistent sur le contexte particulier et incertain de la situation financière actuelle, caractérisée par une baisse concomitante des marchés actions et obligataires sur fond de crise des dettes souveraines de la zone euro et de décollecte de l'assurance vie. De quoi permettre aux assureurs qui s'en sortent le mieux (ou le moins mal) de mettre en avant leur savoir-faire. Ainsi, l'Asac-Fapès précise avoir « procédé à des arbitrages à mi-année en vue de réduire l'exposition aux dettes souveraines des pays sensibles, notamment en cédant les lignes portugaises, irlandaises et grecques, sans impact réel sur la rentabilité future du portefeuille ».

Même écho du côté de Generali France, qui affirme avoir limité « au cours de l'année 2011 son exposition aux dettes souveraines dans la gestion de ses portefeuilles obligataires et géré activement son portefeuille actions [...]. Tout en limitant l'utilisation de ses réserves ». Mutavie explique, elle, avoir « anticipé l'importance de la durée de la crise et baissé ses taux en 2010 pour en lisser les impacts dans le temps ». Cette année encore, ces stratégies gagnantes ont permis de proposer, au final, des taux relativement attractifs. « En comparant la rémunération des principaux actifs en 2011, on constate que le taux de rendement de l'assurance vie en euros occupe la première place », se félicite même la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA).

Les regards se tournent à présent vers l'an-née 2012. Avec la crise économique et financière comme grande préoccupation. En effet, il est difficile d'imaginer un redoux dans l'immédiat. Pour Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Facts et Figures, « au-delà de la Grèce, il y aura très probablement un choc sur la dette souveraine du Portugal, et la question de l'Italie reste posée ».

Pour autant, des signes encourageants existent, comme en témoigne Christophe Eberlé, président d'Optimind : « Les États, avec leurs dettes, sont désormais conscients des politiques de rigueur à mener, et nous constatons que les politiques ont pris le sujet en main. Je pense que l'année 2012 sera plus sereine et moins chahutée que les précédentes. » Même écho du côté de Christophe Brulé, fondateur d'Entheca Finance, qui va jusqu'à annoncer un regain de confiance sur les marchés boursiers : « Depuis un trimestre, les politiciens peu crédibles de trois pays [Italie, Grèce et Espagne] ont cédé la place à des techniciens et, depuis deux mois, l'intransigeant Jean-Claude Trichet a quitté la tête de la Banque centrale européenne (BCE) au profit de Mario Draghi, qui semble beaucoup plus enclin à privilégier la croissance que son prédécesseur. »

Peu de pronostics pour 2012

Au final, la plus grande incertitude règne sur l'évolution des taux des obligations d'États dans la zone euro. D'autant que, selon Anthony Calci, conseiller en gestion de patrimoine indépendant (CGPI), « les États et la BCE vont essayer, par des moyens détournés, que les pays concernés se refinancent à moindres frais ». Pour d'autres spécialistes, une évolution à la hausse est loin d'être écartée. « Pour 2012, nous intégrons une remontée du taux d'émission des obligations souveraines françaises due à la dégradation de la note de la France, précise Cyrille Chartier-Kastler. Les compagnies qui achèteront de la dette souveraine française cette année bénéficieront d'obligations mieux rémunérées. »

En attendant une plus grande visibilité économique, rares sont les personnes à se risquer au jeu des pronostics concernant le rendement 2012 des contrats d'assurance vie en euros. « Je m'attends à des faibles rendements dans les années à venir, car le " stock " d'obligations à rentabilité moindre accumulées par les assureurs ces dernières années sera long à écouler », lance Anthony Calci. De même, Christophe Eberlé s'attend « à une érosion du rendement, avec un taux plancher d'environ 2,5% ».

ANNONCE DES TAUX, ATTENTION À L'EFFET DÉFORMANT

Comme tous les ans, mais a fortiori en période de baisse généralisée des rendements, les assureurs communiquent sur les taux correspondant à leurs meilleurs produits. Il faut donc rester prudent. « L'idéal serait de demander aux compagnies l'encours qui est derrière le taux servi. Trop souvent les annonces sont faites sur des produits dont l'encours est assez limité. Le reste des contrats se voient servir un taux nettement inférieur », note Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Facts & Figures. Autre point : le taux est-il le même pour tous les clients ? En effet, un taux peut être différent en fonction du produit, de l'ancienneté du client ou de son pourcentage d'unités de compte (UC). Certaines compagnies peuvent avoir comme politique de servir des taux inférieurs pour les contrats qui ne sont plus commercialisés. Selon Cyrille Chartier-Kastler, le taux moyen pour ces produits se situerait autour de 2,40% en 2011.

 

« Une décollecte irrémédiable »

Pour sa part, le cabinet Pair Conseil pronostique un maintien des rendements en 2012 aux alentours de 3%. Pour arriver à un tel taux, il se base sur certaines hypothèses et, notamment, sur « une stabilisation de la crise des dettes souveraines à la mi-2012, qui permettra aux taux de se normaliser un peu en périphérie vers la fin de l'année ». « Parallèlement, nous n'anticipons pas une collecte nette de l'assurance vie dynamique et tablons sur un rebond très modeste du CAC 40 », ajoute Cyril Blesson, associé chez Pair Conseil.

Or, en 2011, le taux de 3,40% n'a pas suffi à convaincre les épargnants. Restée positive, la collecte nette a néanmoins accusé un recul de 85% par rapport à 2010, atteignant « seu-lement » 7,6 Md€. Pire, pour le cinquième mois successif, les Français ont davantage puisé en décembre 2011 dans leurs contrats d'assurance vie qu'ils n'y ont contribué. Une décollecte (3,8 Md€) sans précédent qui inquiète. Même si la FFSA a précisé percevoir un changement de la tendance pour janvier, Anthony Calci ne croit pas à un rebond : « Cette décollecte est irrémédiable, car il y a de plus en plus de retraités qui veulent garder de l'argent sous le coude pour aider leurs enfants et petits-enfants. Ce n'est pas que les épargnants n'aiment plus l'assurance vie, c'est qu'il est difficile d'épargner aujourd'hui. »

LES RÉSERVES MISES À CONTRIBUTION ?

PPE, trois lettres qui font couler beaucoup d'encre. Pour leur taux servis en 2011, les assureurs ont-ils puisé dans leur provision pour participation aux excédents ? « Les sociétés n'ont pas pompé massivement dans la PPE, sauf pour absorber le choc de la Grèce », estime Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du cabinet Facts & Figures. L'Autorité de contrôle prudentiel (ACP) insiste, quant à elle, sur le fait que « l'on trouve de tout. Certaines structures puisent alors que d'autres ne l'utilisent pas. Au regard du montant initial, nous assistons à une politique de lissage, d'anticipation ».

 

L'avenir aux fonds à gestion coussin ?

De là à se tourner vers d'autres supports, il n'y a qu'un pas... que certains souscripteurs ont déjà franchi. « La collecte est moins forte du fait d'une crainte assez infondée concer-nant la stabilité financière des sociétés d'assu-rances, mais également à cause des taux à court terme très élevés proposés par les banques. Cela dit, cet engouement ne devrait pas durer, notamment si les supports d'assurance vie se réinventent », estime Laurent Gaillot, directeur commercial et marketing de Cholet Dupont partenaires, une plate-forme dédiée aux CGPI.

Et si la solution venait des assureurs ? « Les contrats en euros ne sont plus adaptés aux besoins des épargnants français. Il y a une nécessité pour ces derniers de disposer d'une retraite et d'une santé complémentaire pour maintenir un niveau de vie correct. Les garanties offertes en capital par les fonds en euros sont trop importantes pour permettre aux compagnies de proposer plus de rendements », estime Christophe Eberlé. Il s'appuie sur sa dernière étude*, selon laquelle 41% des professionnels déclarent un remplacement des contrats en euros par d'autres produits d'épargne retraite, à horizon de deux à cinq ans. 43% déclarent que les fonds euros seront remplacés par d'autres produits à « capitaux garantis ». Concrètement, « les compagnies devraient se tourner vers des solutions partiellement " couvrantes " - par exemple, des capitaux garantis à certains moments seulement - alignées sur des investissements plus musclés en actifs volatils sur le long terme. Les variable annuities répondent à ces exigences. D'autres produits à inventer rapidement pourront certainement encore mieux le faire d'ici à quelques années », espère Christophe Eberlé.

Pour Jean-Baptiste Lacoste, président de la plate-forme d'assurance vie Orelis qui a lancé le contrat Eurolis fin novembre, l'avenir se trouve dans le développement des fonds en euros dynamiques, aussi appelés fonds en euros à « gestion coussin ». « Juridiquement, c'est un actif en euro qui offre liquidité, garantie du capital et effet cliquet, mais avec une vocation très dynamique via une sélection active de fonds actions. Il répond à la nécessité de sécurité permanente et offre un potentiel de rendement beaucoup plus intéressant. » Les fonds en euros ont peut-être trouvé leur relève.

(*) Enquête épargne 2011 - Optimind/OpinionWay.

3 QUESTIONS À : Fabrice Gilbert responsable des produits d'assurance vie chez Maaf assurances

« Notre baisse de rendement est choisie et non subie »

  • Votre taux 2011, à 3,20%, est au-dessus de la moyenne générale. Mais votre chute de 0,91 point par rapport à 2010 est importante. Pourquoi ?

En effet, notre taux est supérieur à la moyenne du marché que nous estimons à 3% en 2011. Notre objectif initial - servir un taux supérieur à la moyenne du marché - est donc atteint. 2010 a été une très bonne année financière. Nous n'avons pas tout distribué, nous avons augmenté en valeur absolue notre provision pour participation aux excédents (PPE) de près de 40%, et nous avons servi un très bon taux de 4,11%.

  • Comment faites-vous pour servir des bons taux ?

En 2009 et 2010, nous avons clairement accru notre écart par rapport au marché. Nous pouvions le faire, compte tenu de notre stratégie et de nos réserves. Il s'agissait d'accompagner une démarche de développement sur l'assurance de personnes, notamment l'assurance vie dans notre réseau généraliste. Pour ce faire, nous avons mis en place des moyens en formation et en outils. Pour accompagner ce développement, nous avons aussi souhaité servir des bons taux qui facilitent la commercialisation. Une fois cette dynamique bien ancrée, et compte tenu de la situation très incertaine pour 2012, nous avons préféré baisser notre taux en le rapprochant de la moyenne du marché, dans le but de préserver une bonne partie de nos réserves pour les années à venir. C'est donc une baisse choisie et non subie.

 

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