FONDS EN EUROS : Dans les turbulences, à chacun sa stratégie

ASSURANCE VIE Crise oblige, les rendements des fonds en euros sont majoritairement en diminution en 2008. Mais les différentes stratégies de recours aux provisions ont permis d'atténuer la baisse, à l'aube d'une année que beaucoup d'assureurs prévoient « redoutable ».
Partager

C'est un détail qui en dit long sur les choix diamétralement opposés des assureurs vie en 2008 : c'est le cru où les rendements ont été connus à la fois le plus tôt et le plus tard ! Dès octobre, en plein coeur de la crise financière, Groupama ouvrait le bal avec fracas, en annonçant un taux en légère hausse à 4,5 % ou 4,6 % selon les contrats. « Nous avons voulu envoyer un message positif à nos sociétaires et leur montrer qu'ils ont eu raison de continuer à faire confiance à notre fonds en euros », expliquait alors l'assureur mutualiste. Il était suivi par Maaf vie, tout aussi désireux de « rassurer », selon Dominique Chevillon, directeur épargne et placements, en affichant des performances supérieures à 4,5 %. Tous deux évoquaient « la bonne visibilité offerte par le portefeuille obligataire » et l'existence de réserves permettant de lisser les résultats.

On pouvait donc s'attendre à une déferlante d'annonces dans les semaines suivantes ! Que nenni... Si nombre de sociétés ont sorti normalement leurs taux dans la première quinzaine de janvier - en général en baisse légère de 5 à 10 points de base, soit 0,05 % à 0,1 % -, il aura fallu attendre les tout derniers jours de janvier pour découvrir ceux des plus gros intervenants, comme Assurances du Crédit mutuel, Axa, BNP Paribas assurances, Écureuil vie ou Natixis assurances. Pour la plupart de ces mastodontes, la diminution était un peu plus sensible, entre 20 et 30 points de base (0,2 % à 0,3 %), avec quelques descentes plus prononcées comme celle d'Écureuil vie, en diminution de 50 points de base avec un faible 3,5 % (lire aussi l'encadré p. 31). Et le 4 février, les observateurs guettaient toujours la sortie de ceux de la Banque postale, du Crédit agricole, de HSBC ou de Swiss Life...

Au mieux une année blanche, au pire de lourdes pertes

Ces annonces tardives traduisent bien la difficulté qu'ont eue les assureurs à déterminer le montant des revalorisations, à l'issue d'une année particulièrement bousculée. Avec la chute des marchés d'actions et la déconfiture de certains produits structurés à la valeur aujourd'hui incertaine, les sociétés ayant la gestion la plus diversifiée ont, au mieux, enregistré une année blanche sur cette partie du portefeuille. Au pire, elles ont subi de lourdes pertes puisque le Cac 40 a perdu plus de 40 % en 2008. S'y sont ajoutées des baisses importantes sur les obligations convertibles, la gestion alternative et une partie des obligations privées...

Les plus-values sur actions et autres produits sophistiqués n'ayant souvent pas pu être au rendez-vous en 2008, seuls les revenus obligataires, les loyers de l'immobilier et les intérêts du monétaire, ont pu être mis à contribution pour les rendements. Ces revenus, provenant de strates obligataires constituées à différentes époques, sont en baisse depuis plusieurs années en raison de la longue diminution de la rémunération des emprunts d'État et de l'arrivée à échéance des obligations anciennes qui rapportaient de plus gros coupons.

Il existe, comme toujours, des exceptions. « Nous avons pu accomplir, dès 2008, l'ensemble de notre programme de réalisation de plus-values latentes sur actions », se félicite Nathalie Broutèle, directrice générale de Natixis assurances, avant d'ajouter : « Puis nous avons couvert notre portefeuille actions avec un "put" [une option de vente à terme à un prix déterminé], dont la revente a permis de compenser la baisse des marchés et de rapporter 30 points de base. » Avec 3,95 % distribués en moyenne à ses clients, ses taux ont diminué de 20 points. Dans de telles conditions, la plupart des actuaires tablaient sur des taux compris entre 3,5 % et 4 %. Le taux moyen des fonds en euros, pondéré par le poids des encours, devrait se situer dans le haut de cette fourchette, vers 3,9 % (après 4,1 % en 2007 selon la FFSA), grâce au renfort des bénéfices anciens, mis de côté dans les provisions pour participation aux excédents (PPE).

La stratégie des provisions

La plupart des sociétés interrogées ont admis y avoir prélevé pour « lisser » le taux 2008. Les montants n'étant pas encore précisément ajustés - ils dépendront, lors du bouclage des comptes, de la valorisation retenue pour certains actifs -, les sociétés ne communiquent pas sur ce sujet. Cependant, il semble que bon nombre d'entre elles aient retiré entre un tiers et la moitié de cette cagnotte, qui représente l'équivalent de 1 % à 2 % de rendement en moyenne.

Didier Ledeur, directeur général de GMF vie, annonce avoir repris 40 % de la PPE, l'une des plus importantes à fin 2007 (3,4 % d'équivalent rendement). Un chiffre qu'il livre avec un mode d'emploi qui lui tient à coeur. « Il faut analyser les taux 2008 au regard de la situation actuelle des actifs, conseille-t-il. Nous avons choisi de réaliser les moins-values latentes sur nos actions pour nettoyer le portefeuille et éviter de provisionner ces pertes. La reprise de PPE compense ces moins-values et nous attaquons 2009 avec un prix d'achat faible et la possibilité de réaliser à nouveau des plus-values lorsque les marchés repartiront. » Même discours à la MACSF, où Hervé Bouclier précise avoir repris 90 millions de PPE sur 320 millions « pour contribuer à hauteur de 26 points de base à la performance et compenser les pertes réalisées à hauteur de 54 points ». Soit l'équivalent de 0,8 % de rendement utilisé pour repartir sur de meilleures bases tout en lissant la rémunération, puisque la mutuelle distribue le même 4,65 % qu'en 2007 et 2006.

Ce sont donc les choix de provisionnement effectués pour compenser ces pertes qui pourraient faire la différence. Plusieurs options sont entre les mains des assureurs vie et selon celle utilisée, leur situation est très variable. Beaucoup de sociétés, suite à la baisse globale de leurs actifs définis dans l'article R. 332-20 du code des assurances (actions, immobilier...), sont vraisemblablement dans l'obligation de compenser ces pertes dans la provision pour risque d'exigibilité (PRE). C'est autant de moins pour les assurés. Selon qu'elles ont choisi de les effacer d'un coup ou de les étaler sur huit ans, comme l'autorise la réglementation, leur impact est très différent. Chez Natixis assurance, Nathalie Broutèle l'estime à l'équivalent de 80 points de base. Elle sera étalée sur trois ans.

Une prime à la mauvaise gestion ?

Autre sécurité comptable à l'ordre du jour : la provision pour dépréciation durable (PDD), qui s'applique ligne par ligne sur les titres qui ont perdu au moins 30 % de leur valeur pendant six mois, autres que les obligations. Là encore, selon que les sociétés ont nettoyé les comptes dès 2008 ou qu'elles attendent le printemps pour s'y soumettre (les marchés boursiers ayant fortement baissé en septembre, la constatation interviendra au plus tard fin mars), l'impact sera très différent. Idem pour la valeur de ces provisions, puisqu'une grande marge d'appréciation est laissée aux sociétés. « Il y a en 2008 une prime à la mauvaise gestion, regrette Philippe Sitbon, directeur général de Generali Investments France. Le fait de provisionner ou non change le résultat immédiat et conditionnera le futur si les marchés continuent à baisser. » Certains pourraient donc se retrouver dans une situation embarrassante les années suivantes... Il est intéressant de noter que les actifs en euros essentiellement obligataires, comme celui de l'Afer, traversent 2008 sans douleur malgré l'absence de PPE : avec un rendement de 4,36 %, il ne perd que 6 points de base par rapport à 2007.

Solution de repli, les emprunts d'État

Pour déterminer leurs taux, beaucoup d'assureurs ont aussi eu en ligne de mire l'année 2009. Dans les banques notamment, personne ne cache que la baisse de taux du livret A à 2,5 % a permis de limiter la générosité. « De l'épargne liquide à 2,5 %, des comptes à terme à moyen terme à 3,5 % et l'assurance vie légèrement au-dessus : la hiérarchie des taux est respectée », résume Bernard Lebras, directeur général des ACMN vie, conscient que ces taux ne disent pas la même chose, puisque ceux du livret sont a priori, alors que ceux des fonds en euros sont a posteriori - donc difficilement comparables. Mais il en faut visiblement plus pour déstabiliser le chargé de clientèle d'une banque...

À cette faible concurrence s'ajoutent des perspectives sombres pour 2009. Les placements liquides, qui ont occupé jusqu'à 15 % des actifs dans certaines compagnies en raison du bon rendement pendant la crise, ne rapportent plus grand-chose. Pour autant, bien des sociétés veulent conserver un volant de liquidité important pour faire face à des opportunités d'investissement si tout va bien ; pour honorer des demandes de rachats massifs si tout va mal. Les actions, jugées encore trop risquées, sont méprisées, sauf opportunités mineures. Bien des gestionnaires sont tentés de se rattraper avec les obligations privées, qui rapportent au moins 130 points de base de plus que les emprunts d'État, mais ils sont unanimes : le risque est élevé et il faut y aller en douceur. La solution de repli pour la sécurité ? De nouveau les emprunts d'État, malgré des rendements tombés à 3,5 %.

2009 ne s'annonce donc pas sous les meilleurs auspices, d'autant que certaines sociétés agitent le scénario d'une forte remontée des taux, qui ferait fuir les épargnants vers des fonds obligataires plus rentables. La quasi-totalité de la place fait donc profil bas sur les garanties et les promesses sur le stock sont limitées. Les Caisses d'épargne, avec 1,75 % promis en 2009, affichent le profil le plus prudent...

Base des organismes d'assurance

Abonnés

Retrouvez les informations complètes, les risques couverts et les dirigeants de plus de 850 organismes d’assurance

Je consulte la base

Sujets associés

NEWSLETTER La matinale

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L’ARGUS DE L’ASSURANCE

Tous les événements

Les formations L’ARGUS DE L’ASSURANCE

Toutes les formations

LE CARNET DES DECIDEURS

Stéphane Mircich, DG du groupe Colonna 2022

Stéphane Mircich, DG du groupe Colonna 2022

Groupe Colonna

Directeur général

Astrid Cambournac, SPVie 2022

Astrid Cambournac, SPVie 2022

SPVie

Secrétaire générale

Julien Alzouniès, DG Leader Insurance 2022

Julien Alzouniès, DG Leader Insurance 2022

Groupe Leader Insurance

Directeur général opérationnel

Michèle Horner, Beazley France 2022

Michèle Horner, Beazley France 2022

Beazley

Responsable relations courtiers pour la France

LES SERVICES DE L’ARGUS DE L’ASSURANCE

Trouvez les entreprises qui recrutent des talents

La Mutuelle Générale

CONSULTANT TRANSFORMATION SENIOR -F/H- CDI

La Mutuelle Générale - 22/12/2022 - CDI - Paris - 13ème arrondissement

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS