[DOSSIER] Prévention santé 3/3

Le bien-être au travail, nouveau Graal des assureurs

Addictions, stress, troubles musculo-squelettiques... Aujourd'hui, la prévention ne se contente plus de compenser le risque sur le lieu de travail, mais prend en considération les modes de vie des salariés.

« Sauf exceptions, toutes les grandes entreprises nous demandent des actions de prévention dans leurs appels d'offres. C'est devenu une démarche générale », constate Patricia Delaux, directrice santé collective d'Axa France. Le phénomène ne cesse de prendre de l'ampleur. « Par le passé, nous sommes intervenus tout d'abord sur le contrôle des arrêts de travail, l'objectif partagé avec l'employeur étant que le contrat soit appliqué quand les arrêts sont justifiés. Puis nous en sommes venus à l'aide à la reprise au travail, dans l'optique de lutter par exemple contre les troubles musculo-squelettiques (TMS). Cette logique d'accompagnement nous conduit aujourd'hui à promouvoir les plans de prévention avec notre partenaire Itelis », poursuit-elle.

L'essor des services associés, qu'il s'agisse de conseil, de plates-formes téléphoniques, de sites web ou de coaching par SMS, pour agir sur les grands déterminants de la santé (stress, tabac, alcool, alimentation et activité physique) atteste que les opportunités sont immenses. Selon la dernière enquête Credoc-CTIP sur l'évolution des complémentaires santé publiée en 2009, moins de une entreprise sur deux (47 %) avait engagé des actions de prévention en faveur des salariés au cours de l'année précédente. Et seulement une sur trois, parmi les sociétés de mois de 50 salariés, se déclarait mobilisée, contre 77 % parmi celles de plus de 1 000 salariés.

Employeurs demandeurs

Or, simultanément, 75 % des employeurs jugeaient la prévention en entreprise nécessaire, prioritairement pour influer sur le tabagisme, les TMS et le stress. À ce titre, ils suggéraient une intervention financière de leur assureur. Quant aux attentistes, ils se justifiaient par un manque de temps ou de moyens, sinon en invoquant des difficultés de mise en oeuvre.

Un « boulevard » d'initiatives s'est ouvert pour les assureurs, qui enfourchent tous le cheval de bataille du bien-être au travail. « Ils arrivent sur le terrain de la prévention beaucoup plus tard que les entreprises », estime Emmanuel Charlot, directeur associé du cabinet Psya, pour qui l'irruption du concept de harcèlement moral en 1998 a servi de déclencheur.

Parmi les précurseurs, comme Swiss Life, le paramètre préventif a tout de suite servi à décliner des garanties « négligées » par l'Assurance maladie. Aujourd'hui, son forfait prévention compte 34 mesures, des vaccins aux consultations post-traumatiques. D'autres assureurs généralistes répondent aux préoccupations de prévention en croisant opportunément deux approches, celle des risques de santé et de l'IARD - par exemple en automobile - pour proposer du sur-mesure. Vis-à-vis des petites entreprises, Axa propose systématiquement aux dirigeants (dans les contrats santé depuis septembre 2010) une aide à la rédaction du document unique de sécurité, via sa plate-forme de gestion et de services Itelis.

À chaque acteur son rôle

La nécessité de se différencier les incite à s'entourer de partenaires spécialistes des TMS ou des risques psychosociaux, qu'ils recommandent à leurs clients ou avec lesquels ils passent des conventions. Ainsi, Malakoff-Médéric s'est adossé au groupe Demos, pour mener des formations incluses dans ses Cubes santé entreprise (lire encadré p. 43). Cet organisme tablait sur un potentiel de 10 000 formations à court terme grâce à cet attelage. Le groupe de protection sociale s'est aussi lié à d'autres intervenants privés (Psya, AGP Conseil, Prévention routière formation...) et publics. À l'image de l'Agence nationale des conditions de travail (Anact), à qui Malakoff-Médéric a demandé d'intervenir dans deux de ses entreprises clientes, sur une problématique de gestion des âges. Avec un autre partenaire, le collecteur interprofessionnel du fonds de formation Opcalia, Malakoff-Médéric monte des actions de sensibilisation des dirigeants, insuffisamment préparés selon lui.

Ces initiatives servent un objectif : réduire l'absentéisme et stimuler la productivité. Cela peut impliquer, notamment pour les risques psychosociaux, d'avoir à s'exprimer sur l'organisation du travail... de son client, donc de marcher sur les plates-bandes du triptyque comité hygiène sécurité et conditions de travail (CHSCT)-médecin du travail-direction. Des acteurs comme Psya songent, justement, à monter une offre de service pour les médecins du travail cette année. À chacun son rôle, tranche Anne-Sophie Godon, directrice de la prévention chez Malakoff-Médéric : « Nous sommes légitimes à intervenir sur les actions de sensibilisation, sous forme d'études ou de conférences, et sur les outils de diagnostic. Au-delà, c'est à l'entreprise de choisir et de prioriser les thèmes et leviers d'actions, et les partenaires avec lesquels elle souhaite travailler. »

« Actions cosmétiques »

L'intrusion dans la vie de l'entreprise est la limite de l'exercice, selon un directeur de collective : « Les entreprises elles-mêmes ont du mal à appréhender ces risques. Sur les 230 accords de branche et d'entreprises, combien sont opérationnels dans les faits ? Il faut s'attendre à voir beaucoup d'actions cosmétiques. Je suis sceptique sur la prévention des risques psychosociaux gérés par l'assureur. Pour faire quoi ? Une cellule d'assistance psychologique ? L'entreprise est plus légitime que nous à le faire. » Pour David Giovannuzzi, directeur des acteurs collectifs (pôle alimentaire) du groupe AG2R-La Mondiale, il faut s'en tenir à des effets tangibles et les suivre dans le temps : « Nous avons joué un rôle moteur sur la " carie du boulanger " (lire encadré ci-contre), dont l'on sait que son traitement représente 25 % des dépenses annuelles de santé chez les artisans boulangers. »

L'autre difficulté est d'ordre financier. « En santé comme en prévoyance, les équilibres techniques n'apportent pas beaucoup de marges de manoeuvre, reconnaît un assureur qui souhaite garder l'anonymat. En revanche, en prévoyance, le mécanisme de reprise de provisions permet d'avoir des retours beaucoup plus rapides. C'est notre sujet de travail pour 2011 : mieux gérer les régimes de prévoyance, en apportant des solutions à l'arrêt maladie. »

Deux questions à Mireille Chevalier médecin du travail, secrétaire nationale du syndicat national des professionnels de santé au travail

« Attention au mélange des genres »

Les acteurs de l'assurance multiplient les offres de prévention à destination des entreprises. Empiètent-ils sur le terrain des médecins du travail ?

Les entreprises ont le droit de solliciter toutes les aides qu'elles souhaitent pour régler leurs problèmes de prévention des risques, celles des cabinets de conseil comme celles des assureurs. Dès lors qu'ils n'interviennent pas dans le suivi de la santé des salariés, ils n'empiètent pas sur notre rôle de diagnostic et d'alerte. Cependant, le projet de loi de réforme de la médecine du travail introduit un mélange des genres, en attribuant, aux équipes médicales et aux intervenants en prévention des risques professionnels (IPRP) des services de santé au travail, l'obligation d'aider les employeurs à la gestion des risques au même titre que des prestataires externes. Ces deux catégories d'acteurs n'ont pas les mêmes objectifs.


Redoutez-vous une « marchandisation » de la santé au travail ?

On peut le craindre. Si les sénateurs suivent la proposition des députés, l'agrément de l'État, qui encadre notre intervention, serait remplacé par une « obligation d'accréditation ». En clair, cela reviendrait à ouvrir à de nouveaux acteurs, notamment du domaine assurantiel, la possibilité de se prévaloir du même domaine de compétences que le nôtre.

Les cabinets spécialisés organisent leur marché

Les spécialistes du stress au travail ont le vent en poupe. Depuis deux ans, l'image dévastatrice des suicides chez France Télécom conjuguée aux conséquences pénales du harcèlement dans les entreprises qui négligent la santé mentale des salariés ont fait progresser l'activité de ces experts. Les cabinets leaders viennent de jeter les bases d'une Fédération des intervenants en risques psychosociaux. Parmi eux, le cabinet Stimulus (21 salariés pour un chiffre d'affaires de 3,145 M € en 2009), dirigé par le psychiatre Patrick Légeron, est aujourd'hui détenu à 94 % par le fonds d'investissement Detza Conseil. De son côté, Psya, dirigé par Jean-Marie Gobbi, ancien patron de Mondial assistance, affiche, à défaut de son chiffre d'affaires, une croissance de 60 % en 2010 ! « Le marché de demain portera sur le conseil en organisation », pronostique Emmanuel Charlot, son directeur associé. Depuis 1997, l'offre de Psya ne cesse de s'élargir. Les programmes initiaux d'accompagnement des personnes en souffrance ont été complétés par des formations pour faire face aux risques relationnels. « Depuis trois ans, nous sommes de plus en plus sollicités sur la prévention primaire. Nous menons des audits servant à rendre l'organisation du travail la moins pathogène possible. »

La boite à outils de Malakoff-Médéric

850 programmes clés en main livrés en 2010 : un résultat honorable, estime Anne-Sophie Godon, directrice de la prévention chez Malakoff-Médéric, pour la première année de lancement de ses Cubes santé entreprise. Ces drôles d'objets combinent des kits de communication, des services en ligne, du coaching individuel et de la formation. Le thème le plus demandé est l'équilibre alimentaire, avec 400 programmes achetés. L'activité physique a représenté 300 ventes, la prévention tabac 150. « C'est un signe que les entreprises ont de plus en plus des préoccupations de bien-être. » Les Cubes sont vendus 150 € HT (pour le plus cher des trois) plus 8,35 € par salarié. Ils sont proposés en complément d'une solution d'enquête en ligne, Mesure management santé. L'objectif est de permettre aux entreprises d'orienter leurs investissements à partir des déclarations des salariés. 163 entreprises ont utilisé cet outil, qui a nécessité deux ans de R & D.

Pas de quartier pour les caries

Le volet prévention inclus dans le contrat de branche de 2007, entre AG2R-La Mondiale et la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie, a servi de va-tout pour convaincre les réticents au régime frais de santé obligatoire. L'assureur s'est attaqué à la « carie du boulanger », fréquente dans les métiers qui manipulent du sucre... et de la farine, dont le mélange se transforme en glucose au contact de la salive. Elle se développe de manière indolore à la base de la dent, avec des conséquences redoutables. L'assureur a proposé des examens gratuits à 90 000 salariés dès octobre 2008. Les dentistes consultés devaient retourner un questionnaire circonstancié. Plus de 8 500 salariés ont pris rendez-vous. Résultat : 27 % d'entre eux n'avaient pas consulté depuis plus de deux ans, 20 % des caries détectées étaient d'origine professionnelle, et, dans 70 % des cas, la visite a provoqué un autre rendez-vous. Une fois sur trois pour la pose d'une prothèse. Et en majorité chez les 20-40 ans ! AG2R a révisé ses garanties et reconduit une nouvelle campagne.

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