[DOSSIER] Prévention santé 1/3

Prévention Santé : À l'épreuve de l'efficacité

La prévention ? Tout le monde en fait. Les acteurs de l'assurance les plus inspirés composent des attelages pour agir simultanément sur les tableaux de l'affichage, du dépistage et de la prise en charge des complications.

Quelque 6,4 % de la dépense courante de santé consacrés à la prévention. C'était, en juillet 2006, le ratio mis en évidence par l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) et la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), au ministère de la Santé. Ces services avaient relevé, à la lecture des comptes nationaux de 2002, une dépense globale de 10,5 milliards d'euros dans les actions de prévention primaire, de dépistage des maladies et de prise en charge des facteurs de risques ou des formes précoces des maladies. Les données produites alors mériteraient d'être actualisées, car, en huit ans, tous les acteurs ont rivalisé d'imagination pour imposer la prévention.

Les mutualistes engagés depuis longtemps

« Notre métier ne se limite pas à un rôle financier de remboursement des frais médicaux. Nous sommes légitimes pour apporter du conseil en termes de parcours de soins et d'observance », estime Henri Laurent, directeur général de Swiss Life prévoyance et santé, et président de sa filiale Carte blanche (32 actes de prévention pris en charge). « Il n'y a pas si longtemps, la notion de santé était uniquement associée au soin de la maladie. Ce sont les assureurs qui, les premiers, ont commencé à parler d'assurance santé. Pas les pouvoirs publics », rappelle-t-il.

Le monde mutualiste revendique aussi sa part d'influence. « Nous sommes le deuxième intervenant après les pouvoirs publics, souligne Jean-Martin Cohen Solal, directeur général de la Mutualité française, dont le fonds national de prévention abonde chaque année plus de 4 millions d'euros aux unions régionales. Depuis plus de trente ans, nous défendons la primauté de la prévention, car toutes les enquêtes épidémiologiques révèlent de grandes inégalités sociales et géographiques en matière de santé. »

Les intentions sont fortes. Mais l'impact des dispositifs est rarement exprimé en termes d'efficacité économique. « Établir un bilan de type " sinistre sur prime " à court terme n'a pas de sens, car l'amélioration éventuelle du niveau de santé est impossible à mettre en évidence, tranche Henri Laurent. Les gens bougent et peuvent changer d'assureur. Une autre raison absolue nous l'interdit : nous n'avons pas accès aux données médicales de nos assurés. Nous ne nous engageons pas pour réduire nos coûts, mais pour répondre à une préoccupation de la population. »

L'efficacité corrélée à l'échelle de référence

L'hétérogénéité des initiatives nationales et locales, collectives comme individuelles, est un autre motif invoqué. « Le domaine de la prévention est un vaste fourre-tout », résume ainsi Denis Réquillart, coordinateur régional du programme Prévention et promotion de la santé à la Mutualité française Rhône-Alpes. Avant d'ajouter : « Tout est question de choix. Une campagne à grande échelle permet de toucher un nombre considérable de personnes avec des messages brefs, mais son efficacité sur les comportements est difficile à apprécier. Vous pouvez aussi choisir d'atteindre un petit nombre de personnes, de manière moins visible, mais avec des actions récurrentes. Je préfère cette démarche. Nous venons de suivre 20 aidants familiaux durant plus de six mois, avec un psychologue, pour les aider à faire face à la dépendance d'un membre de leur famille. »

Cependant, la recherche de résultat inspire tous les acteurs, surtout pour anticiper des risques lourds. Ainsi, la Mutualité française Rhône-Alpes, qui passe cette année de six à neuf programmes de promotion de la santé, a-t-elle intégré parmi eux l'évaluation de ses actions. En 2009, cette union régionale avait mobilisé 1,3 million d'euros (cofinancé par la Mutualité française, l'Agence régionale de santé et l'Institut national du cancer) pour près de 20 000 personnes en difficulté face au cancer, à l'autonomie ou aux addictions. Le même enjeu d'efficacité se voit au plan national. Ces jours-ci, la Mutualité française démarre une expérimentation consistant à adosser ses moyens à ceux de l'Assurance maladie. Une première. La campagne en question, Tensioforme, s'attache aux risques d'hypertension artérielle.

Concrètement, sept mutuelles adhérentes dans les régions Ile-de-France et Rhône-Alpes (Eovi mutuelles Présence, Matmut Mutualité, Mgefi, MGEN, Mutuelle familiale et Prévadiès) ont commencé à écrire à leurs adhérents, hommes et femmes âgés de plus de 45 ans et de plus de 50 ans, pour leur proposer un « auto-test » qui entraînera, suivant les réponses fournies, des parcours adaptés aux situations individuelles. « Nous agissons sur les trois formes de prévention de l'hypertension, donc également sur la perte d'autonomie qui pourrait résulter d'un accident vasculaire cérébral (AVC) », résume Jean-Martin Cohen Solal.

Dans le même temps, les groupes de protection sociale engagent des stratégies d'alliance pour ouvrir des centres de prévention. Le premier avait été créé à Grenoble, il y a quarante ans. Aujourd'hui, on en compte dix en France. Selon les cas, ils travaillent en partenariat avec les centres d'examens de santé des CPAM et les centres communaux d'action sociale. L'Agirc-Arrco a relancé le mouvement à Rouen en 2008. Puis à Lille, début décembre 2010, où sept groupes (AG2R-La Mondiale, Aprionis, B2V, Malakoff-Médéric, Groupe Mornay, Groupe Novalis-Taitbout et Vauban-Humanis) versent 630 000 E par an pour réaliser 750 bilans médicopsychosociaux à des bénéficiaires de plus de 50 ans, sans reste à charge. D'autres ouvertures sont également attendues à Strasbourg et à Clermont-Ferrand.

La prévention primaire reste la modalité la plus fréquente. Alptis a fait le choix de recentrer les 80 actions (sur l'alimentation, l'activité physique et le sommeil) en faveur des adhérents. Au programme : ateliers de décryptage d'étiquettes alimentaires, balades guidées en montagne, ateliers sur la microsieste... L'objectif est de personnaliser la relation à l'assureur en prodiguant des messages de bien-être.

Des ambitions toujours plus fortes

L'ambition est comparable à la Mutuelle générale. Son site internet sur la prévention de l'obésité, qui est ouvert au grand public, adopte un ton ludique pour apprendre à nourrir sa famille sainement. Les mesures d'audience sont suivies de près, y compris sur le réseau Facebook, où la mutuelle comptabilise 4 000 « amis ». De plus, la Mutuelle générale a également édité un livre-DVD sur les situations d'urgence pédiatrique, tiré à 35 000 exemplaires. « Nous avions peur qu'il soit perçu comme anxiogène. Mais notre enquête d'impact a rapporté 98 % de très satisfaits », indique Xavier Toulon, directeur du marketing stratégique à la Mutuelle générale. Cette action est incluse aux contrats individuels, de même que le coaching tabagique à distance. « Après six mois de démarrage, 53 % des 400 personnes de notre échantillon étaient toujours en arrêt », affirme Xavier Toulon.

Même Axa remanie sa communication. La compagnie vient de fusionner dans Axa Prévention ses deux associations spécialisées sur les risques santé et les risques routiers (7 millions d'euros de budget). « Il s'agit de porter le même drapeau de la prévention et de l'éducation aux risques pour l'ensemble de l'entreprise », déclare Éric Lemaire, son président. Sa dernière campagne sur les accidents de la vie courante a coûté plus de 3 millions d'euros, pour trois mois de spots télévisés.

Seul Santéclair semble prendre ses distances. « La prévention n'a jamais été notre principal objectif. Nous avons toujours privilégié la recherche du meilleur rapport qualité-prix », avoue Marianne Binst, directrice de Santéclair.Toutefois, la plate-forme inclut le sevrage tabagique et la nutrition dans les contrats. « Pour maîtriser notre prix de revient, nous avons opté pour une approche individualisée par Internet. C'est le seul moyen de permettre des traitements de masse tout en étant interactif. L'internaute indique son profil, de sorte que le message de prévention ne s'adresse qu'à lui. »

Deux questions à Mathias Matallah président du cabinet Jalma

Comment voyez-vous évoluer l'offre de prévention des acteurs de l'assurance ?

Les actions proposées dans le cadre des contrats de complémentaire santé sont modestes. Le contrat responsable oblige de prendre en charge des actes de prévention, mais ceux-ci sont limités à de l'affichage, ou alors ce sont des actions très peu utilisées. Et pour cause ! Une action de prévention efficace coûte cher. Pour le dépistage et le coaching d'une personne atteinte d'hypertension artérielle, par exemple, la dépense peut facilement atteindre 300 à 400 € par an. Si l'on compare ce coût au prix moyen d'une complémentaire individuelle de frais de santé qui atteint environ 500 € par an, il est évident qu'un programme de prévention n'est pas économiquement viable. De plus, s'agissant de la prévention des risques lourds, comme les maladies cardiovasculaires ou le cancer, le bénéfice pour l'assurance complémentaire en termes d'amélioration du risque est minime, puisque c'est l'Assurance maladie obligatoire qui rembourse l'essentiel des soins. Donc, sauf à imaginer des mécanismes de partenariat public-privé, dans lesquels l'Assurance maladie financerait une partie du coût, il est compliqué d'imaginer des actions en profondeur.

La situation est différente pour les contrats de prévoyance. Dans ce cas, le coût potentiel du risque de décès ou d'invalidité peut justifier que l'assureur mette en place des actions de prévention conséquentes.


Que préconisez-vous à vos clients pour élever le niveau d'efficacité de prévention ?

Pour aborder des sujets de prévention sérieux, sur des risques lourds, il faut agir dans le cadre de la prévoyance, parce que les masses financières de ces régimes permettent des programmes ambitieux. Ou il faut l'envisager en partenariat avec l'Assurance maladie. Dans ces conditions, il est possible de produire des initiatives économiquement fondées, pour peser réellement sur le risque.

Une montée progressive pour le «36 35»

Le numéro de téléphone de Priorité santé mutualiste, le programme de la Mutualité française qui regroupe des services de prévention pour 25 millions de bénéficiaires de plus de 200 mutuelles en France, n'a toujours pas rencontré son public. La plate-forme a enregistré seulement 54 000 appels depuis juin 2009, dont seulement 22 000 concernaient réellement le service, chargé de répondre sur six sujets de santé (cancer, maladies cardiovasculaires, médicaments, addictions, santé visuelle, maintien de l'autonomie). Le résultat ne trouble pas Jean-Martin Cohen-Solal, directeur général de la Mutualité française : « C'est un service qui vient de se créer. Sa montée en charge, progressive, me paraît plutôt normale. » Mais il reconnaît que les mutuelles n'ont pas toutes été promptes à se l'approprier. « Nous allons continuer de travailler avec elles, à leur demande, sur leur communication », assure-t-il.

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