L'auto pourrait être la grande bénéficiaire de Solvabilité 2

L'auto pourrait être la grande bénéficiaire de Solvabilité 2

Chaque semaine, dans l'Argus de l'assurance, vous pouvez retrouver une analyse d'experts concernant les sujets d'actualité en marche dans l'assurance. Retrouvez aujourd'hui le décryptage de Philippe Foulquier, professeur de finance et comptabilité et directeur du Centre d'analyse financière et comptabilité de l'Edhec Business School, et Liliana Arias, chargée de recherche dans ce dernier, parue le 14 février dernier, sur la révolution dans la culture financière des entreprises induite par la mise en place de Solva 2.

La gestion des risques selon l'Orsa devrait se traduire par un nouveau référentiel de la mesure de la performance, dans lequel l'assurance automobile pourrait ressortir comme la grande bénéficiaire de Solvabilité 2.

Afin de responsabiliser les sociétés d'assurances sur leur capacité à identifier et gérer les risques, le pilier 2 de Solvabilité 2 requiert un ensemble de processus baptisé Orsa (Own Risk and Solvency Assessment), visant à évaluer de façon continue et prospective le besoin global de solvabilité lié au profil de risque spécifique de l'assureur. La mise en oeuvre d'une approche Entreprise Risk Management (ERM) sous la pression du régulateur européen devrait favoriser la généralisation des modèles dits de capital économique (1). À ce titre, Solvabilité 2 constitue une révolution dans la culture financière des entreprises : elles devraient passer d'une analyse chiffre d'affaires-marge à une analyse de la rentabilité économique (Return on Risk Adjusted Capital, Rorac).

Mesurer la création de valeur

Jusqu'au début des années 1990, la performance d'une société d'assurances était principalement mesurée par la marge technique, la marge nette (résultat net rapporté aux primes) et la solidité bilancielle (mesurée par la marge de solvabilité). La croissance des primes, le ratio combiné en non-vie et la marge financière en vie étaient les principales variables pour apprécier la qualité de la stratégie d'une société, alors que la solidité bilancielle et la valorisation reposaient sur l'actif net réévalué.

Dans la seconde moitié des années 90, face à la double volonté d'affiner la gestion des risques en interne et d'améliorer les techniques de valorisation en externe, le concept de « somme des parties » s'est progressivement imposé. Il s'agit d'intégrer les fortes disparités existantes entre les branches d'assurance (risques, rentabilité, niveau de capital requis) et de remplacer l'actif net réévalué par la somme des capitaux alloués pondérés des risques par activité (Risk Adjusted Capital, RAC), déterminés selon une exigence de solvabilité économique intrinsèque à chaque activité et société (selon son expérience et son exposition aux risques). À partir de chaque capital alloué par activité, il est possible de définir sa rentabilité (Rorac), son coût du capital, sa valorisation et, ainsi, sa création de valeur (différence entre la rentabilité Rorac et le coût du capital).

Si la version finalisée de Solvabilité 2 est économiquement bien calibrée, elle devrait devenir la nouvelle référence du secteur et, ainsi, « démocratiser » l'approche du modèle de capital économique, qui restait jusqu'alors l'apanage des grandes sociétés. Comme on l'a vu pour les leaders de l'assurance, elle pourrait apporter un éclairage différent de la rentabilité de chacune des branches d'assurance, en particulier pour la branche automobile.

Pour illustrer l'enjeu de la mise en place d'un modèle de capital économique, nous proposons un exemple basé sur un cas réel (voir tableau). Selon l'approche classique, encore très ancrée dans le secteur, le profil de risque de cette société, mesuré selon la répartition des primes, apparaît très faible : seuls 7% du chiffre d'affaires présentent un profil « très » risqué à travers la responsabilité civile générale (RCG), le reste de l'activité étant plus « traditionnel ».

De la marge au capital alloué

Lorsqu'on étudie la performance de la société selon l'approche classique de la marge nette, on observe que la RCG a la meilleure marge (6,5%). À l'opposé, l'assurance dommages automobile et aux biens présente des marges de 3%. Ainsi, le directeur général de cette société peut être serein et avoir le sentiment que son activité est très orientée vers les risques de fréquence, et qu'elle présente un petit risque de pointe, mais qu'en contrepartie, il apporte le taux de marge le plus élevé.

Désormais, à partir de la formule standard de Solvabilité 2, il est possible de déterminer une allocation de capital par activité (RAC) qui correspond au capital prudentiel (Solvency Capital Requirement, SCR, ou capital de solvabilité requis). La perception du profil de risque et de la performance de la société selon ce nouveau référentiel conduit à des conclusions différentes de celles énoncées au paragraphe précédent. La RCG, qui représente 7% des primes, consomme en fait 14% du total des capitaux alloués pondérés du risque. Le poids de la RCG dans le profil de risque de la société est donc deux fois plus élevé qu'il ne l'était selon le référentiel traditionnel de la répartition des primes.

Selon la ligne RAC en pourcentage, la RCG nécessite une marge de solvabilité économique de 55%, soit 2,2 fois plus que celle exigée par l'activité automobile (25%), dommages aux biens (25%) et 2,8 fois celle exigée en santé (20%). À l'opposé, l'assurance automobile et dommages aux biens, qui pesaient pour 58% du chiffre d'affaires, ne représentent plus que 50% des capitaux alloués pondérés du risque.

Inversion de performance

À RETENIR

  • Solvabilité 2 exige le développement de la gestion des risques des entreprises (Entreprise Risk Management).
  • L'approche répartition des primes et marge va évoluer vers une culture de la rentabilité des capitaux pondérés des risques.
  • L'assurance automobile pourrait grandement bénéficier de ce nouveau référentiel.
Dans la même optique, si l'on mesure la performance des activités non plus à partir de la marge nette, mais selon la rentabilité dégagée sur le capital économique alloué, tel que défini par Solvabilité 2, les conclusions sont sensiblement différentes, voire opposées. La RCG, qui semblait avoir la meilleure performance avec une marge nette de 6,5%, a en fait la plus faible rentabilité des activités dommages (Rorac de 12% contre 16% pour l'automobile). En effet, cette forte marge nette en RCG n'est pas suffisante pour compenser proportionnellement l'exigence de capital réglementaire très supérieure aux autres activités dommages (2,2 fois plus de capital que l'activité automobile).

À l'opposé, l'activité automobile, souvent perçue comme un produit d'appel peu performant du fait de sa marge, devient l'activité la plus rentable de cette société selon le référentiel Solvabilité 2. En effet, sa faible marge comparativement à d'autres activités dommages est plus que compensée par sa moindre exigence de capital.

Au cours de ces dernières années, les leaders de l'assurance dotés d'un modèle de capital économique ont acquis de très nombreux portefeuilles en automobile, même ceux qui étaient initialement plus orientés vers l'assurance vie. Hasard calendaire, opportunité face à un marché d'assurance qui a fortement été affecté par la baisse des taux d'intérêt ou signe avant-coureur des impacts des modèles de capital économiques ? L'avenir nous le dira, mais il semble bien que selon le modèle de capital économique revisité par les standards Solvabilité 2, l'assurance automobile pourrait être l'une des grandes bénéficiaires de ce nouveau régime prudentiel.

(1) Ce modèle est déjà la référence des analystes financiers et offre une vision globale de la performance de la société. Il permet d'optimiser l'allocation du capital entre chaque division opérationnelle au regard de leur rentabilité intrinsèque par rapport à leur coût du capital réglementaire (Philippe Foulquier, « Solvabilité 2 : une opportunité de pilotage de la performance des sociétés d'assurance », Edhec Publication, mai 2009).

DE LA MARGE NETTE À LA RENTABILITÉ ÉCONOMIQUE : LE CAS RÉEL D’UNE SOCIÉTÉ D’ASSURANCES

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