La réforme des prélèvements sociaux et des capitaux décès

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2010 assujettit aux prélèvements sociaux les produits des contrats d'assurance vie en cas de décès de l'assuré. Elle met fin à une exonération qui reposait sur le fait que le versement de capitaux décès constitue, en principe, l'indemnisation d'un sinistre, et non le paiement d'un revenu.

Jusqu'à présent, les capitaux versés à raison du décès de l'assuré étaient exonérés de prélèvements sociaux, y compris les capitaux issus d'un contrat d'épargne ayant généré des produits ou de la plus-value. S'agissant d'indemniser un sinistre, aucun revenu imposable n'avait à être constaté. Cette situation n'était pas favorable au Trésor. Le gouvernement a donc intégré dans la dernière loi de financement de la Sécurité sociale une disposition soumettant aux prélèvements sociaux au taux de 12,1 % les produits constatés lors du décès de l'assuré.

Alimenter le Trésor

Le prétexte des pouvoirs publics fut de mettre fin à la divergence entre contrats monosupports en euros et multisupports en unités de compte. En effet, la CSG-CRDS étant prélevée sur les contrats en euros lors de chaque inscription en compte des produits, cela signifiait qu'en cas décès, les capitaux versés étaient par hypothèse nets de prélèvements sociaux.

En revanche, les contributions n'étant prises sur les contrats en unités de compte qu'en cas de rachat ou au terme du contrat, un dénouement par sinistre impliquait une exonération définitive de CSG-CRDS. La prise de prélèvements sociaux sur les capitaux décès permet donc, d'après le gouvernement, de rétablir l'équilibre. Il va sans dire qu'il s'agit là d'un faux nez. La mesure vise avant tout à faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'État. Il s'agit aussi de réparer une erreur d'analyse des pouvoirs publics qui, en instituant les transferts « Fourgous » permettant de transformer les contrats en euros en contrats multisupports en franchise fiscale, n'ont pas prévu que cela affaiblirait mécaniquement les recettes de CSG-CRDS sur les contrats d'assurance vie...

Sur le fond, le nouveau texte se contente d'ajouter à la rédaction initiale de l'article L. 136-7 du code de la Sécurité sociale le décès de l'assuré comme fait générateur de l'assujettissement des produits issus des contrats de capitalisation et des placements de même nature (à savoir des contrats d'assurance vie). Plus exactement, il prévoit l'imposition des produits lors du décès de l'assuré, sauf ceux ayant déjà supporté les contributions lors de l'inscription au contrat ou d'un dénouement. Cela permet d'éviter la double imposition des contrats en euros, qui seront donc imposables sur la seule fraction constatée depuis la dernière inscription en compte.

L'imposition au titre du décès de l'assuré n'a été prévue que dans le paragraphe II de l'article L 136-7 du code de la Sécurité sociale relatif aux contrats exonérés d'impôt sur le revenu. Or, s'il est exact que des capitaux décès sont par hypothèse exonérés d'un tel impôt, il faut noter que l'article L 136-7-II du CSS ne prévoit une application des prélèvements sociaux que pour la part des produits constatée depuis l'entrée en vigueur de chaque contribution. L'assujettissement total des produits, prévu au premier paragraphe de l'article L. 136-7 du CSS, ne concerne que les placements soumis au prélèvement libératoire ou à l'impôt sur le revenu. Il ne fait donc pas mention du décès de l'assuré. En conséquence, une lecture stricte du texte revient, en cas de décès de l'assuré, à soumettre aux prélèvements sociaux les seuls produits constatés depuis l'entrée en vigueur de chaque contribution. Cela paraît conforme à l'objectif de non-rétroactivité affiché par le ministre pendant les débats parlementaires et au parallèle avec les contrats en euros pour lesquels les contributions prises ne sont forcément que celles en vigueur au moment de l'inscription en compte. Il n'est en revanche pas certain que cela corresponde à l'intention des rédacteurs du texte. Il sera donc intéressant de voir quelle sera l'interprétation de l'administration elle-même dans son instruction fiscale.

Le casse-tête de l'assiette

Une application à l'identique des prélèvements sociaux, qu'il s'agisse d'un rachat ou d'un sinistre, serait plus simple à gérer pour les assureurs qui sont, en pratique, seuls responsables du paiement des prélèvements. La détermination de l'assiette soulève d'autres interrogations. Ainsi, comment traiter les avances non remboursées au jour du décès ? De même, que devient la revalorisation des capitaux décès voulue par la loi ? Sachant que l'assureur est aussi chargé du prélèvement de 20 % sur les capitaux décès, il lui faudra décider d'effectuer ce prélèvement sur des capitaux bruts ou nets de CSG. Comme on ne voit pas pourquoi le bénéficiaire paierait un prélèvement de 20 % sur la CSG, on peut estimer que le calcul s'effectue sur des capitaux décès nets de prélèvements sociaux mais une confirmation lors de la prochaine instruction fiscale serait souhaitable.

Évidemment, il s'agit de taxer les produits d'épargne. Dès lors, la prévoyance n'est pas concernée, qu'elle constitue la garantie principale d'un contrat temporaire décès ou la garantie annexe d'un contrat d'épargne. Les capitaux issus d'une garantie plancher restent par exemple exclus de l'assiette de la CSG-CRDS.

La mesure ne concerne pas non plus les contrats de capitalisation puisqu'ils n'ont pas d'assuré et ne sont donc pas dénoués au décès du souscripteur. Il devrait en aller de même des personnes morales bénéficiaires de capitaux décès, qu'il s'agisse d'une banque au profit de laquelle un contrat a été nanti ou d'une fondation apte à recevoir dons et legs, la CSG-CRDS n'étant applicable qu'aux seules personnes physiques. Les bénéficiaires non-résidents sont en principe exonérés aussi des contributions sociales. Ce qui posera problème à l'assureur lorsqu'il devra distinguer entre plusieurs bénéficiaires résidents et non-résidents...

L'assureur est collecteur

Enfin, l'assujettissement aux prélèvements sociaux s'effectue par référence à l'article 125-0 A du code général des impôts, qui régit l'imposition des contrats d'épargne avec valeur de rachat. Dès lors, échappent à la nouvelle imposition les contrats collectifs de retraite (« article 83 », « Madelin », Perp...), dépourvus de valeur de rachat et à sortie obligatoire en rente.

Le paiement de contributions sociales sur des sommes qui sont, du point de vue juridique, l'indemnisation d'un sinistre, peut paraître baroque. Cela illustre l'autonomie du droit fiscal et la recherche du gouvernement de nouvelles sources de financement. Le consentement à l'impôt par le vote de la loi de finances permet de couvrir les petites entorses aux grands principes. Au demeurant, le nouveau texte ne taxe pas les capitaux décès en tant que revenu, mais ajoute un fait générateur - le décès de l'assuré - et décide que cet événement déclenche l'assujettissement des produits dégagés par le contrat, peu importe le changement intervenu dans le statut juridique des sommes du fait du décès de l'assuré.

Cela dit, la nouvelle mesure confie une fois de plus à l'assureur le rôle de collecteur d'impôt, sans que l'État rétribue celui qui fait son travail. Son prélèvement occasionnera des frais pour les établissements, notamment en termes de développements informatiques. Certes, l'assureur déduira ces dépenses de son résultat imposable et diminuera d'autant son impôt sur les sociétés. Mais c'est une faible compensation, qui aura surtout pour conséquence de réduire le bénéfice du dispositif attendu par l'État...

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