[DOSSIER] Emploi 2/3

Recrutement des jeunes, l'exception assurance

Recrutement des jeunes, l'exception assurance
DR STÉPHANIE GUILBAUD, MANAGER
RH DE VERLINGUE

Avec la crise, les jeunes diplômés peinent à trouver leur place sur le marché du travail. Sauf dans l'assurance, où les entreprises n'hésitent pas à faire appel à cette population pour remplacer les départs des baby-boomers.

Pour les jeunes diplômés, les temps sont durs. Selon les derniers chiffres publiés par le ministère du Travail, le chômage des moins de 25 ans est en hausse de 3,5% sur les douze derniers mois. Et la tendance n'est pas près de s'inverser, d'après Alain Mlanao, directeur général du cabinet de recrutement Walters People : « Dans la conjoncture actuelle, la prudence est de mise en termes de création de postes. Comme souvent en temps de crise, ce ralentissement touche surtout les jeunes diplômés. »

En France, le taux d'emploi de cette population n'atteint que 31%, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Loin des 65% de la moyenne nationale. Toutefois, à la différence d'une majorité de secteurs qui peinent à embaucher des profils juniors, l'assurance continue de recruter des débutants. « En dépit des aléas conjoncturels, l'assurance propose toujours de nouvelles opportunités en matière d'emploi. Entre mars 2011 et mars 2012, nous avons eu 9% d'offres supplémentaires dans ce secteur, alors que, dans le même temps, il y en a eu 18% de moins dans la banque », indique Louis Guastavino, directeur de la division banque et assurance au sein du cabinet de recrutement Page Personnel.

LES CHIFFRES

  • +9% d'offres d'emploi dans l'assurance entre mars 2011 et mars 2012
  • -18% dans le même temps dans la banque

SOURCE : CABINET DE RECRUTEMENT PAGE PERSONNEL

  • 21 630 salariés de moins de 30 ans dans le secteur, soit 15,3% des effectifs totaux.

SOURCE : RAPPORT SUR LES MÉTIERS DES SALARIÉS DE L'ASSURANCE (ROMA) 2011

Plus d'un tiers de jeunes dans les nouveaux entrants

« L'assurance reste un secteur porteur, notamment pour les jeunes, qui sont de plus en plus recherchés par les entreprises », ajoute Norbert Girard, secrétaire général de l'Observatoire de l'évolution des métiers de l'assurance. Selon le rapport 2011 sur les métiers des salariés de l'assurance (Roma), la part des moins de 26 ans parmi les nouveaux entrants s'élève à 37,8%, soit 3,3 points de plus qu'en 2008.

Des départs massifs à la retraite sont à l'origine de ces embauches. « Cela fait quelques années que l'on entend parler du papy-boom, mais là, nous entrons vraiment dans le vif du sujet, même si tous les postes ne seront pas remplacés », constate Louis Guastavino (Page Personnel). Aujourd'hui, les 55 ans et plus représentent plus de un salarié sur sept ; leur nombre a doublé depuis 2002. « Pour rajeunir les effectifs, les départs des baby-boomers sont compensés par un afflux de jeunes », observe Norbert Girard. Pour 2012, Axa France annonce 1 000 recrutements en contrat à durée indéterminée, et plus de 700 en alternance. « Nous anticipons le renouvellement de la pyramide des âges. C'est pourquoi les deux tiers des postes à pourvoir sont destinés aux juniors ou à des profils ayant deux ans d'expérience », précise sa directrice du recrutement, Frédérique Bouvier.

Parmi les jeunes entrants les plus recherchés, les actuaires ont parti-culièrement la côte. « Les compagnies d'assurances, les mutuelles et les instituts de prévoyance doivent faire face aujourd'hui à la mise en place de normes réglementaires comme Solva 2. Seul souci, elles ont une vraie pénurie de candidats pour les postes d'actuaires. Du coup, ces entreprises n'hésitent plus à recruter à la sortie des écoles. Les jeunes diplômés reçoivent ainsi en moyenne trois propositions d'embauche », note Thierry Carlier-Lacour, directeur associé du cabinet de recrutement Nicholas Angell, en charge des secteurs banque et assurance.

Sur certains postes, nous avons du mal à trouver des profils expérimentés.

Nathalie Rojo, DRH de Thélem assurances

Place aux commerciaux, même débutants

Autres métiers où la demande est forte en direction des jeunes, les commerciaux représentent 37% des recrutements dans le secteur (tous âges confondus). Allianz envisage d'intégrer 1 000 commerciaux cette année pour ses réseaux de distribution. « Même si nous ciblons principalement les personnes avec trois ans d'expérience, nous pouvons aussi embaucher des débutants pour ces postes. Nous sommes plus ouverts que par le passé sur le recrutement des jeunes. Un exemple : nous travaillons actuellement sur un projet d'intégration de commerciaux en alternance, un projet encore iconoclaste il y a deux ans ! », indique Yves Laqueille, directeur des ressources humaines d'Allianz France.

« Parmi les activités qui font appel aux moins de 30 ans, il ne faut pas oublier non plus celles liées à l'informatique. Les jeunes diplômés étant coutumiers de l'utilisation des nouvelles technologies, les entreprises du secteur ont besoin de leurs compétences pour développer notamment les services en ligne », ajoute Thierry Carlier-Lacour, du cabinet de recrutement Nicholas Angell. « Quand nous recrutons un développeur Web, nous nous orientons plus spontanément vers un profil junior que senior » reconnaît Frédérique Bouvier (Axa France).

La jeunesse, moins coûteuse...

Si les assureurs optent pour la jeunesse pour ces différents métiers, c'est aussi pour une raison financière. « Pour le coût d'un senior, les entreprises du secteur peuvent, dans certains cas, recruter deux juniors. Quand on sait que la tendance est actuellement à la réduction des coûts, on comprend mieux pourquoi les recruteurs préfèrent prendre des profils moins expérimentés, autrement dit moins chers », développe Thierry Carlier-Lacour.

La crise présente aussi des avantages pour les jeunes diplômés. « Les profils confirmés sont moins présents désormais sur le marché du travail. Du fait de la morosité économique, ils se montrent frileux pour changer de poste. Du coup, pour renouveler leurs effectifs, les assureurs investissent davantage sur le recrutement de profils plus juniors », constate Djemila Fortas, manager au cabinet de recrutement Fed Finance. Implantée dans la banlieue orléanaise, Thélem assurances ambitionne de recruter 27 nouveaux salariés en 2012. « Sur certains postes très précis, notamment les actuaires, nous avons du mal à trouver des profils expérimentés. Nous nous orientons donc régulièrement vers des débutants, quitte à les former ensuite », admet Nathalie Rojo, sa directrice des ressources humaines.

Nous travaillons sur un projet d'intégration de commerciaux en alternance, un projet encore iconoclaste il y a deux ans.

Yves Laqueille, directeur des ressources humaines d'Allianz France

La culture de la formation, une tradition

Traditionnellement, l'assurance demeure attachée à une culture de formation. Son investissement (4,5% de la masse salariale) reste d'ailleurs très supérieur à l'obligation légale (1,6%). « La formation est naturellement en tête des dispositifs d'accompagnement des jeunes recrues dans les sociétés d'assurances », précise Norbert Girard (Observatoire des métiers de l'assurance). Chez Axa, dès leur premier jour dans l'entreprise, les commerciaux des réseaux salariés sont ainsi envoyés au domaine de Frémigny, dans l'Essonne. Au milieu d'un parc de 30 hectares se trouve l'école de vente de l'assureur. C'est là que, chaque mois, de 45 à 50 recrues viennent se former durant cinq semaines au métier de commercial. « Afin de suivre leur intégration au sein de l'entreprise, les nouveaux collaborateurs ont aussi des entretiens réguliers avec les RH de proximité », précise Frédérique Bouvier (Axa France).

Certaines entreprises du secteur misent également sur la transmission de compétences des seniors vers les juniors. C'est le cas d'Allianz, qui « confie un tuteur à chaque jeune salarié, s'il en exprime le besoin, explique Yves Laqueille. En parallèle, nous proposons aux fonctions administratives - actuaires, souscripteurs, financiers - de passer une journée avec un conseiller commercial ou un inspecteur. C'est l'occasion, pour ces jeunes recrues, de découvrir les autres métiers du groupe », poursuit le directeur des ressources humaines de la filiale française du groupe allemand. En d'autres termes, le bon moyen d'attirer et de fidéliser une génération réputée « zappeuse », impatiente de progresser professionnellement.

GUILLAUME TRIOLET CHARGÉ DE CLIENTÈLE AU PÔLE PARTENARIAT AU SEIN DU GROUPE HENNER-GMC

« Je n'ai pas eu trop de mal à trouver un emploi »

« Suite à mon master obtenu il y a deux ans à l'École nationale d'assurance (Énass), je n'ai pas eu trop de mal à trouver un emploi : j'ai commencé comme chargé d'affaires chez Novalis-Taitbout. Ce n'était pas vraiment ma première expérience professionnelle, car j'avais déjà été commercial en alternance chez Axa France durant mes études. Ma période d'essai terminée au sein du groupe de protection sociale en mai 2011, j'ai préféré partir de l'entreprise, car le poste ne me convenait pas. Je n'ai alors eu que trois semaines de battement avant de décrocher un nouveau job, cette fois-ci chez Henner. Aujourd'hui encore, des concurrents du cabinet me contactent pour savoir si je suis attentif au marché. Finalement, le seul impact que j'ai pu percevoir de la crise, c'est au niveau des rémunérations : les marges de manoeuvre pour négocier les salaires ont été réduites. »

LE PROFIL TYPE DES MOINS DE 30 ANS : UNE FEMME DIPLÔMÉE

  • 64,8% de femmes
  • 20,2% de cadres
  • 80,7% de minimum bac + 2

Famille de métiers comprenant la part la plus élevée de moins de 30 ans

  • Études et conseil 19,9%
  • Gestion des actifs 19,7%
  • Commercial 18,7%

SOURCE : RAPPORT SUR LES MÉTIERS DES SALARIÉS DE L'ASSURANCE (ROMA) 2011

Interview de Stéphanie Guilbaud, manager Rh de Verlingue

« Une intégration qui dure entre quinze et vingt-quatre mois »

  • Dans un contexte de morosité économique, avez-vous freiné vos recrutements?

Nous n'avons pas modifié nos recrutements depuis le début de la crise. D'ici à 2015, nous avons un objectif de 450 embauches, soit une centaine de nouveaux salariés chaque année. 30% de ces emplois concernent des jeunes de moins de 30 ans, recrutés sur l'ensemble de nos métiers - commerciaux, gestion, sinistres.

  • Une fois recrutés, comment intégrez-vous ces jeunes de moins de 30 ans au sein de votre entreprise?

Nous avons mis en place un système d'intégration qui dure de quinze à vingt-quatre mois, pendant lesquels nous apprenons le métier de courtier et ses spécificités aux juniors. C'est un plan très détaillé, qui comprend notamment un carnet de route et un passeport formation pour faire le point régulièrement sur les connaissances du métier de ces jeunes. Après leur avoir fixé des objectifs (à quatre, huit, quinze et vingt-quatre mois), nous décidons de quel type d'accompagnement ils ont besoin : soit théorique, avec des modules d'apprentissage dispensés au sein de notre campus interne de formation, soit pratique, avec une immersion dans les services. Si ces jeunes recrues en expriment la nécessité, nous pouvons aussi leur confier un tuteur et/ou un parrain, chargés de les faire progresser dans l'entreprise. »

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