Solvabilité 2 et le SST devraient multiplier les instruments et les formes de réassurance

Solvabilité 2 et le SST devraient multiplier les instruments et les formes de réassurance
dr Pierre Arnal, actuaire diplômé de l’ISFA, directeur général d’Actuaris

Les deux réformes Swiss Solvency Test (SST) et Solvabilité 2 reposent sur la même philosophie : définir un corpus de principes encourageant les assureurs à s'engager dans une gestion des risques pertinente, et permettant le calcul d'un capital cible de solvabilité sur la base d'un seuil de risque prudent et acceptable, à la fois par l'assuré et par l'industrie ; tout cela sous l'angle d'une évaluation des risques cohérente avec la valorisation des marchés. Le test de scenarii de chocs, de crises et d'évènements catastrophiques est notamment une grande nouveauté introduite par ces deux réformes.

En matière d'évaluation des actifs et des passifs, les deux systèmes se basent sur un principe fort : l'estimation des actifs et des passifs en valeur de marché. Pour les actifs (hormis certains, très peu liquides, dont le prix de marché est complexe à déterminer), l'exercice est assez naturel ; et pour les passifs, les approches se ressemblent beaucoup.

Mais l'approche granulaire des groupes d'assurances est différente entre les deux méthodes : contrairement à Solvabilité 2, le SST exige en quelque sorte que « le tout soit égal à la somme de ses parties » : chaque entité doit donc répondre intrinsèquement aux critères de solvabilité, et les instruments inter-entités destinés aux transferts de capitaux doivent être intégralement modélisés. On peut a priori qualifier cette dernière approche de « plus prudente », mais cela sous réserve que les garanties intra-groupes soient correctement modélisées. Par ailleurs, on peut discerner une divergence presque ontologique entre l'approche suisse et l'approche européenne autour de la dualité modèle interne / modèle standard.

Au niveau du choix et du timing tout d'abord : les Helvètes ont eu une possibilité de choix entre ces deux paradigmes après la mise en place du SST, et non avant. Certaines compagnies suisses ont donc utilisé temporairement des modèles internes non validés, et leur organe de contrôle (la Finma) a pu procéder depuis 2006 à des revues de ces derniers. Les compagnies européennes doivent quant à elles prendre une décision cornélienne dans une phase d'adolescence par rapport à la mise en place de la directive, c'est-à-dire avant 2013. Celles qui optent pour le modèle interne devront parallèlement utiliser la formule standard. Cette contrainte n'est pas présente dans le SST.

Au niveau de la reconnaissance de la typologie des acteurs ensuite : Solvabilité 2 n'impose pas de différenciation entre assureur direct et réassureur au regard de la dichotomie modèle interne / formule standard. Le SST impose par contre l'utilisation du modèle interne aux réassureurs, sur la partie passif.

Au niveau du degré de complexité de « l'approche standard » enfin, on peut véritablement parler de « formules standards » dans le cas suisse, mais plutôt de « modèle standard » dans le cas européen. Le calcul du SCR d'un assureur soumis à Solvabilité 2 devient en effet un exercice complexe nécessitant beaucoup plus qu'une simple mise en oeuvre de formules, mais de nombreuses analyses, itérations et simulations diverses.

Value at Risk ou Tail VaR ?

Pour ce qui concerne la mesure du risque, le modèle européen est basé sur la Value at Risk (VaR) alors qu'à l'inverse, le système suisse est basé sur la Tail VaR. Le débat entre ces deux mesures a longtemps cristallisé les positions techniques opposées entre le monde professionnel et le monde académique.

La Tail VaR, en tant qu'espérance conditionnelle des valeurs de la queue de distribution d'une loi de probabilités, est, à la décharge des probabilistes, la seule mesure de risque cohérente, respectant la plupart des propriétés mathématiques souhaitées pour ces dernières. C'est, de manière grossière, l'indicateur de perte moyenne que peut subir un assureur au-delà d'un certain seuil représentant un niveau de sécurité. Cette mesure est en théorie beaucoup plus pertinente que la VaR car elle estime une information capitale, à savoir l'importance, ou la « sévérité » de la perte globale d'un organisme. En revanche, elle nécessite une modélisation très fine de la queue de distribution, ce qui renvoie à l'éternelle problématique des professionnels de l'évaluation des risques : « comment calibrer les évènements les plus rares ? » Pour cette raison, les Européens ont préconisé la VaR, perte sur une période donnée correspondant à un certain niveau de sécurité. Alors qu'une VaR 99 % correspond à l'estimation de l'avant-dernier pire scénario sur 100, la Tail-Value at risk 99 % correspond à la moyenne des scenarii plus pessimistes que la VaR 99 %, donc typiquement ceux que l'on a le plus de mal à estimer.

La norme de Solvabilité 2 est la Var 99,5 % à un an. En d'autres termes, une compagnie européenne doit disposer de fonds propres lui permettant annuellement d'éviter une faillite avec une probabilité de 1/200. Cette mesure est a priori moins sévère et moins précise que la mesure suisse, mais plus robuste et plus aisée à mettre en oeuvre.

L'approche par scénario

Enfin, pour l'approche par scénario, le SST impose aux organismes d'intégrer dans leur solvabilité un assez grand nombre de tests de résistance à des scenarii reflétant des évènements réels et connus. D'un côté, on peut critiquer cette approche dans le sens où une réglementation prospective ne doit pas forcément anticiper que le passé va se reproduire. En effet, les modèles sont souvent basés sur des données historiques, alors qu'un des enjeux stratégiques du futur est la capacité d'une entreprise à anticiper les évolutions du marché, à exploiter les changements de tendance et à utiliser les cycles d'assurance au lieu de les subir.

D'un autre côté, tester la résistance d'une entreprise à un scénario connu de tous peut constituer un élément ou une référence propice à l'échange, au benchmark et à la discussion très concrète entre acteurs du marché, entreprises et organe de contrôle, professionnels de la gestion du risque, etc. Un socle minimal de scenarii prédéfinis est souhaitable, mais ne doit pas figer l'approche prospective préconisée avant tout par ces réformes.

L'une des conséquences les plus immédiates de ces nouvelles réglementations sera probablement la mise en place de nouveaux outils de pilotage, intégrant la gestion du risque et du capital dans les prises de décision à tous les niveaux de l'entreprise. Le rôle traditionnel des « experts du chiffre » sortira probablement de la salle des machines pour monter au niveau de la passerelle de commandement. Par ailleurs, la gouvernance des organismes sera contrainte à une analyse prospective et introspective permanente, qui induira un recours à des méthodologies d'accès à l'information ou d'optimisation des vitesses de calcul des outils toujours plus performantes.

Les grandes peurs du moment vis-à-vis de Solvabilité 2 et de SST sont notamment, pour ce qui concerne l'assurance directe, la dérive vers une dangereuse standardisation des produits (on ne peut vendre que ce qu'on modélise parfaitement), et un regroupement massif des organismes assureurs.

En revanche, les experts s'accordent plutôt sur le fait que ces réformes multiplieront les instruments et les formes de réassurance.

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