[DOSSIER] [Reportage] Saint-Martin-Vésubie : gérer l'urgence [...] 2/5

[Reportage] Tempête Alex : au cœur des premières visites d’expertise à Saint-Martin Vésubie -

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VISITE EXPERT SAINT MARTIN VESUBIE

© Laetitia Duarte

Jean-Pierre Sanchez, propriétaire d'une résidence secondaire à Saint-Martin Vésubie emportée par les flots, revient pour la première fois sur les lieux du sinistre.

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VISITE EXPERT SAINT MARTIN VESUBIE

© Laetitia Duarte

La maison familiale des époux Sanchez a été intégralement arrachée par le torrent, tandis que le lit de la rivière, le Boréon, a été étendu sur 4 km.

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VISITE EXPERT SAINT MARTIN VESUBIE

© Laetitia Duarte

Jean-Pierre Sanchez, sinistré, est accompagné de son experte d'assuré Sandra Martin et de Christophe Cutaïa, expert chez Texa (groupe Stelliant) mandaté par son assureur

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Toiture sinistré

© Laetitia Duarte

Chez Michel Ingigliardi alias "loup blanc", une figure du village, seule la toiture présente des dommages.

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Expert télémètre laser Saint Martin Vésubie

© Laetitia Duarte

Christophe Cutaïa, expert chez Texa, mesure les panneaux à remplacer au plafond de la maison de Michel Ingigliardi, à l'aide d'un télémètre laser.

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expert Saint Martin Vésubie

© Laetitia Duarte

Christophe Cutaïa, expert chez Texa, procède à la première évaluation des dommages subis par la maison de Michel Ingigliardi, dit "loup blanc", avant d'envoyer son rapport à l'assureur.

L’Argus de l’assurance s’est rendu dans ce village de l’arrière pays niçois dévasté le 2 octobre par des inondations historiques. Maisons emportées par le torrent, partiellement détruites ou dommages causés par l’infiltration : les experts sont confrontés à une variété de sinistres… et d’histoires plus ou moins dramatiques.

« Chaque expertise est une aventure », résume Christophe Cutaïa, expert d’assurance chez Texa (groupe Stelliant). C’est sur la place du village de Saint-Martin-Vésubie que nous le retrouvons au matin du mardi 20 octobre, plus de deux semaines après les inondations historiques provoquées par la tempête Alex. De mémoire d’habitants, la «petite Suisse niçoise » - comme on la surnomme dans la région - n’avait pas connu de tel événement depuis 1994. Et encore ! « Cette catastrophe naturelle est exceptionnelle de par la conjonction d’événements : une tempête conjuguée à de la basse pression en haute mer, une lame d’eau et des précipitations exceptionnelles en un temps record faisant déborder le Boréon», observe Christophe Cutaïa. Alimenté par les torrents de montagne, ce cours d’eau, qui en rejoint un autre pour former la Vésubie au bas du village, a vu son lit étendu de 4 km, engloutissant sur son passage les maisons situées de part et d’autre sur chaque vallon.

Selon Yvan Mottet, le maire de ce village de 1500 habitants (dont 700 à 800 y vivent toute l’année), ce sont 94 maisons, en majorité des chalets, qui ont été emportées par le torrent. Beaucoup d’autres ont été partiellement détruites par les flots. D’autres habitants, plus chanceux, ont retrouvé leur maison intacte, avec quelques dommages causés par les infiltrations et le ruissellement d’eau de pluie. Seul le cœur du village, éloigné du cours d’eau, est resté intact.

Des experts privés d'accès au lendemain du drame

Ce matin du 20 octobre, Christophe Cutaïa a pris la route pour y accéder : 2h30 de trajet depuis la métropole de Nice, contre un peu moins d’une heure en temps normal. Instable et dangereuse, la route habituelle reste, en effet, inaccessible depuis la catastrophe. D’autres experts optent, quant à eux, pour un déplacement en hélicoptère : plus rapide (15 minutes), mais aussi plus coûteux (1500 € l'heure). Sommés par le président Emmanuel Macron d’ « aller vite » comme pour toute catastrophe dramatique, les experts d’assurance ont d’abord été confrontés à un défi majeur : l’impossibilité d’accéder au site du sinistre.
« Nous avons dû nous montrer agiles dans cette situation exceptionnelle afin de répondre présents pour les sinistrés. Nous disposons d’une cellule spécialisée EGA (ndlr : événements de grande ampleur) qui a contacté tous les sinistrés dans les 72 heures suivant la catastrophe. Pour ceux dont les habitations sont inaccessibles ou ceux qui résident à Nice et n’ont pas voulu retourner au village car cela était trop douloureux, nous avons mis en place un système alternatif remplaçant la première visite de terrain. Nous leur avons permis de faire une première constatation des dégâts auprès du bureau de Nice afin de débloquer des acomptes au plus vite auprès de la compagnie d’assurance mandante », raconte Christophe.

Des experts d'assurés au rôle ambivalent

C’est le cas de Jean-Pierre Sanchez, dont la résidence principale est établie à Nice, mais dont la maison familiale au village a été totalement emportée par le torrent. Après une première visite au bureau de Texa expertises à Nice qui a permis d’ouvrir le dossier, Christophe Cutaïa se rend aujourd’hui sur place afin de procéder à une première évaluation. Il n’est pas seul : le sinistré s’est offert les services d’une experte d’assuré, Sandra Martin, venue de Nice. « Ils sont nombreux à vouloir offrir leurs services. Je croule sous les cartes de visites », raconte le maire de Saint-Martin-Vésubie. « La plupart veulent profiter de la situation pour toucher une commission, un pourcentage sur le règlement du sinistre », ajoute-t-il. La maison d’aide aux sinistrés, qui a pris place dans un café en face de la mairie, propose ainsi aux habitants les services gratuits d’avocats spécialisés « qui mettent en garde les sinistrés ».

Dans le cas de Jean-Pierre Sanchez, en revanche, « l’experte d’assuré va être très utile pour accompagner le sinistré car il se trouve dans une situation particulièrement complexe », réagit Christophe Cutaïa, bienveillant. Et d’expliquer : « Sa maison se trouvait dans une copropriété qui n’avait pas été constituée. Le client versait chaque année sa quote-part pour l’assurance de la copropriété à l’agente Axa établie au village, mais il ignorait qui gérait réellement l’assurance parmi les copropriétaires. L’un des copropriétaires a malheureusement cessé de payer sa quote-part, sans que M. Sanchez en soit informé. Cela a entraîné la résiliation par Axa du contrat d’assurance de la copropriété dont il n’a pas été informé. »

Dans une telle situation, l’expert ignore donc si Axa a respecté le formalisme de la procédure en mettant en demeure les copropriétaires et donc si la résiliation du contrat peut être considérée comme effective, ou bien si la compagnie peut être considérée comme étant en garantie de la copropriété. L’affaire se corse d’autant plus que « les parties communes n’ont pas été déterminées dans l’acte notarié ». Là encore, il lui faut faire preuve de souplesse et de réactivité pour éviter que le règlement de ce sinistre traîne en longueur. « Nous n’allons pas attendre pour expertiser les parties communes », réagit Christophe.

Le choc de la première visite après avoir tout perdu

C’est donc entouré de deux experts, Christophe Cutaïa mandaté par leur compagnie d’assurance et Sandra Martin dont ils se sont offert les services, que Jean-Pierre Sanchez et son épouse se rendent pour la première fois sur les lieux. Ils se sont également fait accompagner par un couple d’amis pour les soutenir moralement dans cette épreuve. Très émue, Mme Sanchez ne parvient pas à s’approcher de l’unique vestige de la maison familiale : une balustrade en bois qui jouxtait l’accès de la maison au jardin. Car, pour elle, cette maison dans laquelle elle avait stocké tous les souvenirs laissés par son père décédé a une valeur sentimentale inestimable. Que l’assurance ne pourra jamais indemniser.

C’est là que réside l’exercice d’équilibriste de l’expert entre empathie et distanciation nécessaire pour mener à bien son travail. Christophe Cutaïa renseigne le rapport de reconnaissance sur sa tablette : un logiciel maison conçu par Texa lui permet d’inscrire au dossier le contrat d’assurance, les photos de la maison avant et après le sinistre ainsi que les différents documents comme le relevé cadastral et l’acte notarié. Coopératif, il assure la fluidité de la relation avec l’experte d’assuré en partageant avec elle les documents. Désormais, elle sera l’unique contact de la société d’expertise. « L’échange aura lieu entre experts, celui mandaté par l’assureur et celui engagé par l’assuré », précise Christophe Cutaïa. Responsable des bureaux de Marseille et Toulon, dépêché en renfort sur les multiples missions d’expertise dans les vallées de la Vésubie et de la Roya, il décide de transférer le dossier du couple Sanchez au bureau de Nice car « il requiert de la proximité ».

"Loup Blanc", la rencontre inattendue d'une personnalité locale

La tournée de Christophe Cutaïa, ce mardi 20 octobre, n’est pas terminée. Il doit se rendre chez un autre assuré, de l’autre côté du village. Impossible de trouver la maison en question : l’adresse n’existe pas selon le GPS. Après plusieurs tentatives infructueuses, il parvient à joindre l’assurée, une notaire établie à Nice. C’est son mari, Michel Ingigliardi qui vit de manière permanente à Saint-Martin-Vésubie, qui doit l’accueillir sur place. Mais ce dernier ne possède pas de téléphone portable. Le terme d’ « aventure » utilisé par l’expert prend alors tout son sens.

Après avoir enfin trouvé la maison et garé son 4x4 en bordure d’un chemin dont le béton a été arraché par le torrent, Christophe Cutaïa voit la porte s’ouvrir sur une véritable célébrité locale : « Loup Blanc ».  Passionné par les loups qui peuplent la région depuis les années 1990, cet ancien plombier chauffagiste a participé au dernier clip de Julien Doré dont il est resté proche. Le chanteur, dont la grand-mère possède une maison au village, a même décidé d’organiser une collecte de fonds.

Ecouter d'abord, évaluer ensuite

« Loup Blanc », lui, a de la chance : sa maison située dans les hauteurs est intacte, hormis des dommages causés par les infiltrations dans la toiture et son garage inondé. « Le matériel, ce n’est pas grave lorsque l’on voit ce que les autres ont perdu », relativise-t-il. Si le sinistre est mineur en comparaison des autres, la visite de l’expert n’en est pas moins urgente car, avec les premières neiges qui approchent, Michel Ingigliardi a intérêt à disposer d’une toiture en bon état.

Après avoir fait le tour de la maison pour constater les dommages et mesuré grâce à son télémètre laser la surface des panneaux à remplacer au plafond, Christophe Cutaïa s’attable dans la cuisine de l’assuré afin de procéder à une première évaluation. « Je suis le premier contact des sinistrés sur le terrain. Je les laisse toujours me montrer les lieux d’abord, ils ont besoin de raconter, qu’on reconnaisse leur douleur, sans être assaillis de questions. Ensuite, je passe à la partie plus administrative », précise l’expert.

Une expertise "conciliante" dans des circonstances exceptionnelles

Avec « loup blanc », il vérifie alors le nombre de pièces habitables de la maison, puis procède étapes par étapes pour les dommages, en s’appuyant sur le contrat d’assurance dont les garanties sont renseignées dans sa tablette. Pour la toiture, Michel Ingigliardi choisit l’auto-réparation : les artisans ne sont plus en mesure de travailler au village. L’expert inscrit donc un forfait pour la main d’œuvre : l’heure de travail coûte 12 euros lorsque l’assuré ne fait pas appel à un artisan (contre 35 à 40 euros dans le cas contraire). Selon les besoins exprimés par le sinistré – dix jours de travail – il inscrit donc au dossier une facture de 1000 euros, avant de se mettre d’accord sur un montant pour les matériaux nécessaires. Au total, Michel Ingigliardi se voit donc accorder 5000€ pour la révision de sa toiture, incluant la main d’œuvre, les matériaux et la révision de l’étanchéité des fenêtres des velux qui sera, elle, effectuée par un artisan. Un premier acompte de 5000€ va ainsi lui être versé par son assureur BPCE IARD (ancien artisan, « loup blanc » est client de la Banque Populaire).

Avant de procéder à une évaluation plus précise des autres dégâts : sur son réfrigérateur qui ne fonctionne plus, ainsi que sur son matériel de bricolage stocké au garage, dont le moteur a pris l’eau. «Dans des situations exceptionnelles comme celle-là, on est un peu plus conciliant sur l’évaluation des dommages. J’ai affaire à un sinistré qui va réaliser lui-même la majorité des travaux, il fait donc faire des économies à l’assureur », explique Christophe Cutaïa. D’autant qu’il ne s’agit pas de n’importe quel sinistré. C’est grâce à Michel Ingigliardi et à son ingéniosité que le village de Saint-Martin-Vésubie a vu son alimentation en eau courante rétablie. Une chance que n’ont pas d’autres villages des Alpes Maritimes, comme Tende, toujours privé d’eau et d’électricité.

 

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