Assurance auto : la nouvelle arme anti-fraude organisée

À l’initiative de l’Agence pour la lutte contre la fraude à l’assurance, les assureurs auto ont décidé de partager leurs données de gestion de sinistres. Objectif : lutter contre les escroqueries grâce aux nouvelles technologies du big data.

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Assurance auto : la nouvelle arme anti-fraude organisée

Fin avril, la gendarmerie de la Haute-Vienne a interpellé sept personnes impliquées dans la vente de véhicules d’occasion trafiqués et la simulation de faux accidents afin d’obtenir le remboursement des épaves. Une escroquerie qui, au total, aura causé un préjudice de quelque 300 000?€ au détriment de particuliers et d’assureurs. Cette affaire, relatée par le quotidien Le Populaire du Centre, est loin d’être un cas isolé. Selon les chiffres de l’Agence pour la lutte contre la fraude à l’assurance (Alfa), association qui regroupe plus de 280 adhérents assureurs, les escroqueries (détectées) à l’assurance dommages représentaient en 2016 plus de 300 M€ d’enjeux financiers. Et encore ne s’agit-il que de la partie émergée de l’iceberg, qui avoisinerait plus de 2,5 Md€.

C’est bien pourquoi les assureurs ont décidé de donner une nouvelle impulsion à la lutte contre la fraude. Si chacun d’eux s’est doté de moyens humains et techniques pour juguler ce phénomène, ils ont jugé nécessaire de lancer un véritable outil de marché afin de détecter plus facilement et rapidement les escroqueries en bande organisée. « C’est une première importante en France. L’ensemble de la profession a été sensibilisé à l’intérêt de mettre en commun ses données », souligne le nouveau directeur de l’Alfa, Maxence Bizien, auparavant responsable de la gestion des risques et conformité, chargé de la lutte contre la fraude à l’assurance chez Generali France. Le projet mené sous la houlette de l’Alfa a demandé près de trois ans de travaux préparatoires (expérimentation, choix des prestataires, développement technique…). Il rentre cette année dans sa phase de mise en production (voir la chronologie ci-dessus). Le choix a été fait, au moins dans un premier temps, de traiter l’assurance automobile. « C’est un produit plutôt normé, avec des garanties relativement communes et un bien assuré – le véhicule – assez standard », justifie Pierre-Louis Blanc, président de l’Alfa et directeur actuariat et pilotage IARD au sein d’Axa France. Et d’ajouter : « Un bilan sera réalisé en 2019 et le conseil d’administration de l’Alfa pourrait alors étendre le champ d’action de l’outil. » Le président de l’Alfa insiste bien sur le périmètre concerné : « L’outil ne concerne ni la fraude d’opportunité, ni la fraude à la souscription, pour lesquelles le retour sur investissement est trop faible. Il est conçu pour détecter la fraude lourde lors des sinistres, celle menée avec préméditation, à grande échelle. Et seuls les cas impliquant plus de deux assureurs seront remontés. »

L’alfa valide in fine les alertes

La détection des fraudes organisées peut se résumer en cinq étapes :

  1. Les assureurs auto se branchent sur l’outil pour la mise en commun de leurs données de gestion de sinistres.
  2. Les données sont cryptées et rendues anonymes par Darva qui les fait ensuite parvenir à Shift Technology.
  3. Le recours aux technologies big data permet à Shift Technology d’analyser les données et de livrer des alertes sur des cas de sinistres.
  4. Ces alertes sont désanonymisées par Darva et transmises à l’Alfa.
  5. L’Agence valide l’alerte, en écartant d’éventuels faux positifs, et transmet l’information aux assureurs concernés.

Adapter la stratégie

En France, les assureurs auto enregistrent quelque 8?millions de sinistres par an, soit 22 000 déclarations par jour. Le big data permet aujourd’hui de trouver plus rapidement dans cette masse d’informations des indices de potentielles escroqueries. C’est Shift Technology qui a été retenue par l’Alfa pour mener à bien cette tâche : « L’expertise de cette start-up dans la lutte contre la fraude va nous permettre de gagner du temps », relève Pierre-Louis Blanc.

Comme toujours dans ce domaine, la discrétion est de mise sur la nature exacte du process déployé. Pas question de donner trop de détails aux fraudeurs sur les mailles du filet.

La chaîne de traitement est relativement complexe. L’utilisation de données personnelles exige de prendre certaines précautions. L’expérimentation engagée en 2016 avec huit assureurs volontaires l’a bien évidemment été avec l’accord de la Cnil et, dès le départ, l’Alfa a souhaité anticiper le nouveau règlement européen sur les données personnelles (RGPD) en recourant à un tiers de confiance, la société Darva, spécialisée dans l’échange de données informatisées dans l’assurance.

Les assureurs auto devraient se brancher sur l’outil en deux temps, en juin et septembre prochain. « La profession procède aux développements nécessaires pour l’alimentation de l’outil. Nous visons 30 à 50 % du marché de l’assurance auto d’ici à la fin de l’année », précise le prési­dent, Pierre-Louis Blanc, avant de préciser que « le coût de l’investissement, relativement modeste, est partagé par tous les adhérents de l’Alfa présents sur l’assurance auto ». Un premier bilan doit donc être réalisé en 2019. « L’outil va nous confronter à des réalités qui devraient nous permettre d’adapter et de faire évoluer notre stratégie de lutte contre la fraude à l’assurance automobile », relève Maxence Bizien, directeur de l’agence.

Une réflexion confortée par l’expérimentation

  • 2015 Réflexions de l’assurance sur le renforcement de la lutte contre la fraude et le rôle complémentaire du marché vis-à-vis des sociétés
  • 2016 Expérimentation concluante sur les gains d’une mise en commun de données
  • 2017 Phase de construction de l’outil de détection des fraudes
  • 2018 Mise en production de l’outil en deux étapes, juin et septembre

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