Automobile : les pièces de réemploi, un usage à développer

Automobile : les pièces de réemploi, un usage à développer

Redonner une seconde vie à des pièces détachées automobiles, tout le monde à y gagner. Y compris les assureurs auto. Certains ont d’ailleurs engagé des actions pour favoriser la pratique.

La filière automobile fait partie des secteurs les plus en avance dans les engagements RSE, avec une profession liée au recyclage des carcasses et des pièces détachées automobiles aujourd’hui organisée et encadrée. Pour autant, Patrick Poincelet, vice-président du Conseil national des professions de l’automobile (CNPA) et lui-même recycleur à Cramaille (Aisne), livre ce constat : « Le réemploi dans l’auto­mobile, c’est, en France, au total 500 M€ de chiffre d’affaires hors taxes, c’est-à-dire moins de 4 % du marché de la pièce de rechan­ge. Le gisement de pièces de réemploi permettrait de doubler ce marché à condition de le promou­voir véritablement ».

Peut mieux faire donc, et c’est bien l’objectif de la loi de transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015. À l’initiative du député écologiste des Bouches-du-Rhône, François-Michel Lambert, un amendement à ce texte a créé, pour l’usager, un véritable droit à la pièce de réemploi. « Tout professionnel qui commercialise des prestations d’entretien ou de réparation de véhicules automobiles permet aux consommateurs d’opter pour l’utilisation, pour certaines catégories de pièces de rechange, de pièces issues de l’économie circulaire à la place de pièces neuves », stipule désormais le Code de la consommation. Et le décret du 30 mai 2016 est venu préciser dans quels cas de figure et pour quelles catégories de pièces détachées cette nouvelle liberté de choix pouvait jouer.

Lever les freins des assurés

Le dispositif est applicable depuis le 1er janvier 2017, reste donc à le faire vivre. Et pour François-Michel Lambert, aujourd’hui député de La République en marche, les acteurs de l’assurance ont un rôle à jouer. Et ils n’y sont pas hostiles comme le rappelle leur fédération : « Les assureurs, et notamment la Fédération française de l’assurance, ont pleinement joué leur rôle lors des ­travaux d’adoption de la loi puis lors de la rédaction des textes ­réglementaires. Le recours à ce type de pièce permet, dans certains cas, de rendre écono­miquement réparables des véhicules qui seraient autrement voués à être détruits. En ce sens, elle a une utilité sociale. » Certains assureurs n’ont d’ailleurs pas attendu ces nouveaux textes et largement anticipé cette pratique qui se développe. Jean-Marc Talouarn, responsable grands comptes et soutien technique au sein du pôle automobile de la Maif, le rappelle : « Dès 2010, la Maif a mené des tests sur quatre départements, concluants à la fois pour nos sociétaires, les experts et les car­ros­siers. Si, au départ, nous souhaitions simplement contribuer à sauver des véhicules économiquement irréparables (VEI), aujourd’hui, nous raisonnons plus par rapport à l’âge du véhicule, n’hésitant pas à valider des PRE (voir lexique) sur des chocs de véhicules plus récents. »

Cette stratégie qui vise à élargir progressivement le champ d’utilisation de la PRE est partagée. Delphine de Maisonneuve, directrice du marché IARD particuliers et professionnels d’Axa, explique : « Les PRE, principalement proposées sur des véhicules dont le coût du sinistre est proche de la valeur vénale, sont parfois également employées pour des chocs sur des autos ayant plus de 5 ans d’âge ». Laurent Decelle, directeur des réseaux et des partenariats chez Covéa, y voit une réponse adaptée aux réticences des clients : « Monter des PRE sur des véhicules à partir de 5 ans d’âge, c’est la bonne mesure. En-deçà de 5 ans, il existe un risque élevé de freins de la part de nos clients, qui s’attendent davantage à l’utilisation de pièces neuves. Par ailleurs, nous nous limitons aujourd’hui à la pièce de collision, mais nous pouvons imaginer une utilisation de la PRE pour des pièces mécaniques ».

Un marché encore limité

  • 500 M€ Le chiffre d’affaires ht de la pièce de réemploi en France.
    Source : CNPA
  • 3,9 % La part de la pièce de réeemploi dans le marché total des pièces de rechange de 12,9 Md€ ht.
    Source : Feda
  • +41,4 % La hausse du prix des pièces de rechange automobiles entre 2005 et 2016, alors que l’inflation a été de +13,5 % dans le même temps.
    Source : SRA

L’adhésion des experts

Au-delà des stratégies des assureurs, le recours aux pièces recyclées exige l’adhésion des experts et des carrossiers. Christophe Apolant, responsable des prestatai­res automobiles chez Groupa­ma, pointe ainsi « deux conditions sine qua non » au déve­loppement de la pratique, à savoir « laisser la main à l’expert pour la préconisation d’utilisation des PRE, car il est seul à pouvoir déterminer la solution techniquement et économiquement la plus juste » et « obtenir le consentement du propriétaire du véhicule ». Mais comme le souligne bien François Mondello, président de l’Alliance nationale des experts de l’automobile (Anea), pas question de donner son feu vert sans prendre des précautions : « Les pièces doivent être tracées : quel véhicule ? Stockées dans quelles conditions ? Quel est le taux de valorisation des PRE du centre VHU ? Seuls les centres VHU proposant une spécialisation, une garantie et une traçabilité complètes nous permettent de valider, à notre tour, une réparation en totale sécurité ».

Cette problématique de confian­­ce – et de responsabilité légale – concerne bien entendu le carrossier. Alain Bessin, président du réseau Five Star, insiste sur la « qualité et la transparence du sourcing » : « Notre réseau dispose, dès à présent de la traçabilité complète et des photos de chaque PRE, délivrée par le réseau de recycleurs Indra. Cette réassurance est capitale pour donner confiance aux carrossiers dans l’achat et le montage de ces PRE ».

Demeure un autre élément clé, le prix payé au carrossier. Sujet souvent polémique, il « implique beaucoup de bons sens », selon Jean-Marc Talouarn de la Maif : « En moyenne, une PRE est payée autour de 60 % du tarif de la même pièce neuve au carrossier. Si elle est plus rare, si elle nécessite de la main-d’œuvre, nous acceptons une hausse, le carrossier doit s’y retrouver, à condition de rester sur un coût compétitif face à la pièce neuve. »

Le consommateur doit avoir le choix

  • Selon la loi de transition énergétique de 2015, les réparateurs automobiles doivent proposer aux consommateurs le choix entre pièces neuves et pièces issues de l’économie circulaire. Un décret de mai 2016 précise les modalités de ce principe et les exceptions.
  • Les pièces recyclées sont celles commercialisées par les centres de traitement de véhicules hors d’usage agréés ou par des installations autorisées ainsi que les pièces remises en état conformément aux spécifications du fabricant sous la mention « échange standard ».
  • Les catégories concernées sont les éléments de carrosserie amovible, de garnissage intérieur et de sellerie, les vitrages non collés, les optiques, les pièces mécaniques ou électroniques, sauf celles appartenant aux trains roulants, à la direction, aux freins ainsi qu’aux éléments de liaison au sol assemblés, soumis à usure mécanique et non démontables.
  • La nouvelle réglementation prévoit une information du consommateur et des sanctions si le professionnel ne respecte pas ces nouvelles obligations entrées en vigueur le 1er janvier 2017.

Tous gagnants

Outre l’engagement RSE, crucial pour la profession, l’enjeu est également économique pour les assureurs. « Nous rappelons la hausse importante du prix des pièces neuves ces dernières ­années », affirme Delphine de Maisonneuve d’Axa, avant de livrer les statistiques de la compa­gnie : « Sur 100 dossiers de sinistres réglés, 5 à 10 dossiers utilisent au moins une PRE ». Chez Covéa, « sur cette base de calcul, notre ratio est de 10 %, nous visons 15 % à horizon 2020, que nous considérons comme une asymptote. » Rapportée au coût moyen d’une réparation (1 400 €/HT), l’économie générée par l’emploi des PRE est de 30 à 50 € HT selon les assureurs, soit 2,1 à 3,6 % du coût moyen de réparation.

Outre la maîtrise des tarifs des polices d’assurances, Christophe Apolant de Groupama évoque également, concernant les assurés, « un intérêt immédiat pour la satisfaction et la fidélisation. Nous pourrions, par exemple, sauver jusqu’à 20 % des VEI grâce à la pièce de réemploi. Proposer une indemnisation à l’assuré pour un VEI est un moment de fragilité, sauver son auto est un bénéfice bien réel ». Et de fait, les acteurs de l’assurance n’hésitent pas à promouvoir active­ment le recours aux pièces recyclées. « Les assureurs nous fournissent, par exemple, notre taux de pièces de réemploi rapporté à l’ensemble de nos dossiers. Si nous sommes très inférieurs à d’autres, nous pouvons favoriser davantage leur usage. Le réemploi entre dans les mœurs, même si on ne le médiatise pas », souligne le président de l’Anea, François Mondel­lo.

La Maif vulgarise la pièce de réemploi dans des flyers distribués au comptoir chez ses carros­siers agréés et Covéa garantit toutes les pièces de réemploi à vie. Démarche encore unique sur le marché, les Assurances du ­Crédit mutuel, proposent dans leurs contrats d’assurance automobile une option intitulée Éco attitude. Les assurés qui la souscrivent bénéficient d’une remise tarifaire en contrepartie de leur engagement écrit préalable, autorisant l’assureur à privilégier la pièce de réemploi chaque fois que l’expert en valide le principe. Une démarché saluée par le député François-Michel Lambert : « C’est exactement ce que nous avons voulu promouvoir en donnant l’impulsion avec cette loi : développer de nouvelles offres, créer de nouvelles valeurs ajoutées, redonner du pouvoir d’achat tout en contribuant à jugu­ler le gaspillage ».

Les sigles du recyclage

  • LTE ou loi du 17 août 2015, relative à la transition énergétique pour la croissance verte : avec ce texte de loi, la France doit contribuer plus efficacement à la lutte contre le dérèglement climatique et renforcer son indépendance énergétique.
  • PRE ou pièce de réemploi : c’est une pièce de rechange automobile issue de l’économie circulaire ou recyclée.
  • RSE ou Responsabilité sociale des entreprises : il s’agit de l’ensemble des pratiques des entreprises afin de respecter les principes du développement durable (social, environnemental et économique).
  • VEI ou véhicule économique irréparable, cette procédure de rachat est engagée par l’assureur lorsque le montant indemnisé des réparations est supérieur à la valeur du véhicule.
  • VHU ou véhicules hors d’usage : ces déchets jugés dangereux sont traités par des opérateurs agréés, dits centres VHU.

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