Bris de glace : vitrage, c'est la jungle !

Bris de glace : vitrage, c'est la jungle !

La concurrence entre les spécialistes du bris de glace atteint son paroxysme dans un contexte de baisse continue de la sinistralité. Une bagarre commerciale qui déstabilise les assureurs.

Envoyer des photos pour prouver la non-réparabilité du pare-brise, être en capacité de prendre des rendez-vous en ligne, prêter un véhicule de courtoisie voire raccompagner le client chez lui quand il ne s’agit pas de penser à vérifier – au passage – le kilométrage du véhicu­le : le cahier des charges des réseaux de vitrage agréés par les assureurs est bien rempli !

L’indus­trialisation a gagné ce poste qui pèse environ 10 % de la prime d’assurance automobile. Option valant une quarantaine d’euros, la garantie bris de glace est plébiscitée par 91 % des assurés. « Ça nous occupe beaucoup… », reconnaît Marie-Pierre Tanugi de Jongh, présidente du directoire d’A+Glass qui a toujours joué la carte du tiers payant, mais doit aujourd’hui batailler avec un nombre croissant de concurrents pratiquant les tarifs et les larges­ses commerciales qu’ils enten­dent. Le vent de la loi Hamon et du libre choix du réparateur souffle, en effet, dans leur dos. « Les investissements deviennent tels que je ne vois pas comment tout le monde pourra survivre », s’inquiète-t-elle. Le cri du cœur contre la loi, implacable, du marché. D’autant que la sinistralité, et donc la fréquentation potentielle de ses 450 centres, ne cesse de reculer depuis 10 ans.

Moins de 3 millions d’interventions ont été réalisées en France l’an dernier. En cause : l’absence, depuis le grand pic de 2013, de vague de chaud fissurant les impacts, la baisse continue de la vitesse des véhicules amoindrissant la portée des gravillons ou encore l’amélioration de l’état des routes. « Le marché s’est rétracté de 20 % en 6 ans et cela va continuer », affir­­me Dominique Cadiou, directeur commercial de Carglass France. Pourtant, les officines qui pratiquent le bris de glace fleurissent comme les pâquerettes au printemps. Un paradoxe qui s’explique par la somme déboursée l’an dernier par les assureurs pour le remplacement ou la réparation de pare-brise : 1,070 Md€, quasi stable !

Une hausse continuelle

Depuis 10 ans, la charge bris de glace augmente de 4 à 6 % par an par l’effet conjugué du prix et de la taille de la pièce de verre. Chaque nouvelle génération de véhicule comprend aisément 10 % de surface vitrée supplé­men­taire. Le marché du vitra­ge est donc encore suffisamment lucratif pour attirer, chaque année, de nouveaux (auto)entrepreneurs qui s’affranchissent des exigences des assureurs, s’approvisionnent parfois auprès de fabri­cants extrême-orientaux et pratiquent surtout un prix horai­re de la main-d’œuvre plus proche de 90 € que des 30 € de certains centres agréés. Faute de bénéficier du flux naturel des assurés des compagnies et mutuel­les dont ils ne peuvent se recommander, ils se révèlent plus imaginatifs les uns que les autres, sur le plan marketing, pour obtenir les faveurs des sinistrés. Dernier en date à frapper fort : l’enseigne Pare-Brise New Deal qui offre les pneus dans sa trentaine de centres. L’automobiliste obtient un bon de réduction non nomi­natif valable pendant deux ans, d’une valeur de 120 à 300 €, selon la valeur du pare-brise à remplacer. De quoi faire bondir les assureurs, déjà échaudés par la tablet­te numérique offerte d’une valeur de 100 € ou le montant de la franchise que le jeune réseau Rapid Pare-Brise offrait l’an dernier. Franchise désormais accordée par une myriade de concessionnaires et réparateurs…

Fort d’environ 5 % de part de marché après seule­ment quatre ans d’existence, Rapid Pare-Brise tente aujourd’hui d’aplanir ses relations avec les assureurs en prenant à ses frais le remplacement de bris de glace en cas de nouveau sinis­tre à chaque client dans l’année, mais quantité de clones rivalisent, partout en France, de cadeaux et autres bons d’achat. Les trublions sont légions. Et plus rien ne semble arrêter la merca ntilisation de ce micromarché ultra-disputé. Pas même les assureurs confrontés, pour la première fois, à une baisse sensible de fréquentation de leurs réseaux agréés. « Sans avoir modi­fié en rien les conseils d’orientation et bénéficiant d’un maillage dense (ndlr : 4 000 répa­rateurs agréés, auxquels s’ajoutent les réseaux spécialisés), nous constatons une érosion du taux de fréquentation de 2,5 % depuis 18 mois. Sur le pare-brise, c’est énorme ! », témoigne Stépha­ne Limare, responsable du département sinistres matériel auto au sein de la direction généra­le adjoin­te indemnisations et servi­ces de la Matmut.

Vers plus de contrôles

De quoi justifier la décision d’Allianz France de lancer, pour la première fois, un appel d’offres l’an dernier. « Nous avons restructuré le réseau pour le diversifier et renforcer notre maillage en référençant, depuis le 1er avril 2017, Carglass, France Pare-Brise, Mondial Pare-Brise, A+Glass, CapsAuto (NDLR : réseau de garages agréés) et Norau­to », détaille Jean-François Sutter, directeur de l’indemnisation service client d’Allianz France. 40 % de ses assu­rés bris de glace échappent au parcours balisé. « Depuis le début de l’année nous avons mis en place un comité de pilotage mensuel avec chaque partenaire, afin de renforcer l’efficacité de notre collaboration », ajoute-t-il. Preuve que l’heure est grave. Le directeur d’une mutuelle affirme qu’un agent assermenté par la DGCCRF a relevé dans un réseau indépendant « des taux de marges dignes de la joaillerie ». Pire : selon le responsable d’une enseigne agréée, certains "spécialistes" commissionneraient les collaborateurs d’agents généraux et de courtiers afin qu’ils leur appor­tent des affaires : « On est retombés dans les pratiques viles qui remon­­tent à des époques lointaines, et les assureurs jouent avec le feu en laissant faire, car cela pourrait se généraliser à la carrosserie, voire aux dégâts des eaux ». Les assureurs reconnaissent une forme d’impuissance, mais ont quand même renforcé les contrôles. « Il y a des dérives significatives à même de grever la collectivité, nous intervenons donc au stade du devis si pos­sible, de la facture sinon, auprès du réparateur concerné ou de l’assuré », assu­re Jean-François Sutter. Pour Stépha­ne Limare : « le point de limite sera atteint quand un changement de pare-brise coûtera autant qu’une opération de carros­serie. Alors, nous – comme la profession certainement – ferons systématiquement intervenir un expert, comme pour les autres garanties dommages ».

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