La dépendance reprend du souffle

La dépendance reprend du souffle
DR Jean-Louis Delpérié

L'abandon de la réforme publique a dopé l'assurance dépendance. À l'instar du leader du marché, Crédit agricole assurances, les assureurs lancent de nouvelles offres innovantes et très complètes pour profiter à plein de cet essor.

Contre toute attente, le mauvais feuilleton de la réforme de la dépendance n'a pas douché l'engouement des acteurs de l'assurance. Bien au contraire. Depuis la confirmation, fin août 2011, du report sine die du fameux cinquième risque promis par Nicolas Sarkozy, les projets se multiplient. Et le fait que le sujet ait été très discrètement abordé lors de la campagne présidentielle n'a en rien altéré ce mouvement. Depuis le début de l'année, AG2R-La Mondiale, Axa, Crédit agricole assurances (Predica) et Pro BTP, entre autres, ont lancé de nouvelles offres, et de nombreux projets sont dans les cartons.

Avant la rente, favoriser la prévention

Les faits tendent à donner raison à ceux qui estimaient, l'automne dernier, que le marché ne pouvait que profiter de l'abandon de la réforme. En reconnaissant qu'il n'avait pas les moyens pour le moment de s'attaquer à ce dossier, l'État renvoyait les ménages au marché. « Le gouvernement nous a gratuitement fait de la publicité », ironise un assureur.

Les statistiques de la FFSA confirment la fin d'un certain attentisme du public depuis 2007. Les cotisations collectées en affaires directes par les compagnies ont progressé de 6% en 2011, contre 3 % en 2010. « Il y a tout une frange de la population qui restera partiellement couverte par le dispositif public, et c'est justement celle qui a la capacité à dégager une épargne », analyse Jérôme Grivet, directeur général de Crédit agricole assurances. Et tous les acteurs recherchent la meilleure réponse pour se développer sur ce qui reste un « petit » marché de l'ordre de 550 M€. Au-delà des grandes tendances, notamment sur l'enrichissement des garanties en services, les nouvelles offres proposent des innovations ou évolutions qui traduisent la volonté de se démarquer, et surtout de vaincre des réticences encore réelles parmi les potentiels souscripteurs.

Ainsi, Axa a voulu apporter une réponse à ceux qui rechignent à l'idée de devoir cotiser « à fonds perdus » pendant de très longues années. Son nouveau contrat Entour'âge propose un possible remboursement des cotisations en cas de décès avant 85 ans, une option plébiscitée par les assurés, soulignait un dirigeant de la compagnie en juin lors d'une conférence organisée par L'Argus de l'assurance.

Avec les services accessibles avant l'entrée en dépendance, il s'agit de franchir un autre obstacle : le décalage entre la signature du contrat - généralement au-dessus de 60 ans - et la possible mise en jeu de la garantie - l'âge moyen d'entrée en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) est de 84 ans. Nombre d'acteurs s'engouffrent désormais dans la voie ouverte par le groupe Prévoir sur la prévention de la perte d'autonomie.

L'offre de Predica propose ainsi l'accès à partir de 50 ans à un programme de prévention personnalisée dispensé par des médecins. « Dans notre analyse, la prévention devient un axe fort de différenciation. L'objectif consiste à déployer un accompagnement des personnes âgées le plus tôt possible », explique le cabinet de consultant BearingPoint dans un récent point de vue sur l'assurance dépendance. Et de citer comme possible prestations la réalisation d'un bilan de santé, des conseils diététiques ou encore des propositions d'activités physiques.

Plus encore que la prévention, ce sont les services en direction des aidants qui ont le vent en poupe. La thématique est récente, donc quasi absente des contrats d'ancienne génération. Les débats publics sur la dépendance ont mis sur le devant de la scène les difficultés, voire la souffrance, de ces « aidants ». Enfants, conjoints, cousins, voisins... : entre 4 et 5 millions de personnes, apportent, chaque jour ou chaque semaine, une aide indispensable au maintien à domicile des personnes âgées.

Une approche intergénérationnelle

Crédit agricole assurances n'hésite pas ainsi à parler de « dimension intergénérationnelle » pour son nouveau contrat. Concrètement, les prestations d'assistance peuvent bénéficier dès la souscription à l'assuré, en situation d'aidant envers ses parents, ou à toute personne qui lui viendra par la suite bénévolement en aide en cas de perte d'autonomie. La palette des prestations comprend notamment un « service répit de l'aidant » à concurrence de 1 000 E par an et un appui au placement en maison de retraite.

Soucieux de conserver son rôle de précurseur, AG2R-La Mondiale, qui a lancé le premier contrat individuel en 1985 sous le nom de Safir, a décidé de pousser le concept de l'aide aux aidants jusqu'au bout, en concevant spécialement un produit à destination de cette population. Unique en son genre, le contrat prévoit un service de remplacement si le souscripteur est dans l'impossibilité d'assumer son rôle d'aidant.

Pour emprunter des chemins différents, le groupe paritaire et le bancassureur ciblent le même objectif : attirer une clientèle plus jeune vers ces produits dépendance. Selon Bruno Carles, directeur général adjoint de Crédit agricole assurances, les tests effectués dans des caisses régionales sont concluants : « Nous constatons un grand rajeunissement de notre clientèle, avec un âge moyen plutôt aux environs de 55 ans. »

Une couverture bien plus que des services

Pour autant, l'étude réalisée par le cabinet Exton Consulting auprès de 1 500 souscripteurs relativise le facteur « aidants ». Parmi cet échantillon, 28% des assurés apportent ou ont apporté une aide à une personne âgée. « On s'attendait à une proportion bien plus élevée, ce qui signifie que l'approche commerciale ne peut cibler uniquement les aidants », commente Jean-Louis Delpérié, directeur au sein du cabinet de conseil (lire encadré).

Et d'ailleurs, l'étude écorne plus largement l'argument de la garantie « immédiatement utilisable ». Pas moins de 90% des personnes interrogées n'ont jamais contacté leur plate-forme d'assistance, alors qu'elles sont une majorité (59 %) à affirmer connaître les services auxquels elles ont droit. Plus encore, « la possibilité de recourir à des services avant l'entrée en dépendance » arrive en avant-dernière position parmi les critères de choix au moment de la souscription (voir le graphique). « Si les clients sont sensibles à la notion de services, ils achètent avant tout une protection financière », décrypte Sabine Fock-yee, directeur chez Exton Consulting. « Et ils ne souhaitent pas de mauvaises surprises, pas de trous de garanties », poursuit Jean-Louis Delpérié, qui relève ainsi que la couverture en dépendance partielle arrive en tête des critères de souscription.

Des contrats plus simples, plus claires

Sur ce point, Crédit agricole assurances a fait le choix de ne plus proposer qu'une seule garantie, couvrant tout à la fois dépendance partielle et lourde. Tout comme il a décidé, pour évaluer la perte d'autonomie, d'abandonner la grille Aggir, utilisée pour l'aide personnalisée autonomie (APA), au profit du dispositif AVQ (actes de la vie quotidienne), qui a « le mérite d'être simple et très clair ». Dans ce même souci de simplification, le questionnaire médical d'AG2R-La Mondiale se résume désormais à l'appartenance ou non au régime des affections de longue durée (ALD) de l'Assurance maladie. Bref, les assureurs intègrent, au moins pour partie, les recommandations que l'on retrouve dans le projet de label dépendance de la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA), toujours pas sorti des cartons.

Profession en quête du bon modèle

Mais la réflexion est loin d'être achevée. Tout le monde n'est pas convaincu du modèle de la rente viagère. Soucieux de poser un premier jalon, Pro BTP a lancé depuis cet été un dispositif qui consiste à réduire les cotisations santé des adhérents retraités bénéficiaires de l'APA. Très original, mais pas suffisant. C'est pourquoi le groupe paritaire envisage un second étage plus conséquent, avec un cahier des charges complexe puisqu'il s'agit, hors d'un cadre collectif obligatoire, de couvrir une large population sans sélection médicale.

Le groupe Intériale est également en plein remue-méninges après avoir reçu les résultats d'une importante enquête réalisée par CSA auprès de ses adhérents. Le mutualiste ne souhaite pas se limiter à une garantie financière. « La notion de services est fondamentale », estime son président, Pascal Beaubat, tout en relevant l'impossibilité de s'engager sur un niveau de services à un horizon de trente ans. Cela dit, sans tomber dans les travers du système indemnitaire américain, certains experts estiment qu'il serait possible d'introduire une dose de prestations en nature dans les engagements contractuels.

LES SENIORS SONT PLURIELS

L'étude réalisée par Exton Consulting sur les fichiers souscripteurs de six assureurs identifie cinq profils parmi les 1 500 assurés interrogés. Selon Jean-Louis Delpérié, directeur au sein du cabinet conseil, cela devrait pousser les assureurs à développer « une approche plus segmentée dans la prospection, les argumentaires et les modes de commercialisation. Le marché senior est trop souvent perçu de manière globale. Les différents profils de souscripteurs sont tellement marqués qu'il est relativement aisé pour les réseaux de les décrypter et d'adapter leur démarche en conséquence. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. »

 

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