La voiture autonome agite les assureurs

La voiture autonome agite les assureurs
Volvo Concept 26 proposent trois modes de conduite. Le conducteur-passager peut décider, dans un accès de folie, de prendre le contrôle de son véhicule. Il peut déléguer la conduite à la voiture, tout en décidant de lire ou de dormir un peu?!

Moins de sinistres, moins d’assurances individuelles de biens : la voiture sans chauffeur interroge les acteurs de l’IARD qui craignent de n’assurer, d’ici 10 ans, que la RC d’entreprises de constructeurs autos ou de plateformes...

C’était, avec la nouvelle directive distribution d’assurance, LE sujet des derniers rendez-vous de la Roam, fin janvier, l’événement annuel de l’association des organismes d’assurance mutuelle. Il faut dire que la conduite autonome pourrait rebattre, plus vite que prévu, les cartes du marché de l’assurance automobile. L’échéance ? 10 ans aux dires d’experts. De quoi inciter l’ex-syndicat à sensibiliser ses membres dès maintenant, en invitant un constructeur très en pointe sur le sujet : Volvo. «Le “coup de la conduite autonome est parti” d’un point de vue technologique. Reste juste à obtenir l’acceptation du conducteur», explique ainsi Yves Pasquier-Desvignes, président de Volvo France. Le débat ne porte plus, en effet, sur la faisabilité et la fiabi­lité technologiques des systè­mes de conduite autonome, mais sur les verrouillages sociaux et juridiques qui demeurent. «Mais, on s’engage à dire que les voitures seront autonomes en 2021», certifie Yves Pasquier-Desvignes.

Baisse de 90 % de la sinistralité

Pseudo-robots, les véhicules haut de gamme, aujourd’hui vendus en concession, sont déjà semi-autonomes. Depuis peu, l’assureur Allianz baisse le montant des primes de leurs propriétaires, estimant que la conduite assistée se traduit par une diminution des probabilités de sinistres. «Mais si, seuls les clients aisés peuvent acheter ce type de voitures, un scéna­rio récent estime que cela réduirait uniquement le parc auto­mobile de 1,5 % avec une baisse de 20 % de la sinistralité», estime Philippe Roche, directeur associé de l’agence Acommauto. En revanche, si cette typologie de voiture entraîne un développement du partage automobile au détriment de la propriété, la baisse du parc atteindrait 50 %... Et la sinistralité chuterait drastiquement de 90 % ! «C’est pourquoi les assureurs doivent se prépa­rer à devenir des assureurs de mobilité», juge Malek Semar, dirigeant de la start-up Glob (un assistant de conduite).

Assurer la RC

Représentant de la profession, Stéphane Désert, directeur général de la Mutuelle de Poitiers Assu­rances, ne s’angoisse pas alors même que 40% de son activi­té concerne la traditionnelle couverture automobile : «On s’intéressera plus au profil du véhi­cule qu’au profil du conducteur». Face à la baisse inexorable de la matière assurable, Stéphane Désert sait que l’économie du contrat d’assurance commence à changer. Selon lui, responsabilité oblige, les besoins de garanties (RC, dommages, bris de glace, incendie…) resteront entiers. Toutefois ce ne seront plus les particuliers qui les contracteront, mais les opérateurs de systèmes, les dirigeants de plateformes de services, les constructeurs, voire les Gafa. Directeur général de Maif, Pascal Demurger souligne ainsi que le paradigme actuariel s’inverse : «Avant, le contrat d’assu­rance était permanent et les véhicules n’étaient utilisés que 5 % du temps alors que là, l’usage est intensif et par plusieurs personnes que l’on ne connaît pas et sur des durées très courtes». Difficile à ce stade de savoir quelles alliances industrielles verront le jour.

Changement de métier ?

Mais le marché pourrait effectivement devenir BtoB avec le risque, pour les assureurs, que ce métier passe aux mains des réassureurs. «Nous maintiendrions la RC et la couverture des dommages en alliance avec les constructeurs», insiste Stéphane Désert qui se prépare à indemniser moins de tôles froissées, mais à proposer plus de protection juridique.

Confirmation d’Alain Bensoussan, avocat en droit numérique. «Le monde de demain sera un monde encore plus assurantiel en raison des croissances en masse de la fraude cyber et des risques sériels». Le marché des robots remplacera, selon lui, celui de l’accident routier et «sera un très grand marché». Les droits de l’intelligence artificielle pourraient donc constituer un business juteux pour l’assurance !

Aux dernières rencontres du risk management à Deauville, début février, Christian Ledoux, directeur véhicule connecté et servi­ces de mobilité de Renault-Nissan, confirmait ainsi que «nous sommes donc à la veille d’une révolution automobile». Pour lui, en 2020, toutes les voitures seront des smartphones à quatre-roues. Et le parc pourrait chuter de 60 %, «les sociétés de VTC comme Uber remplacent de plus en plus souvent la seconde voiture du foyer», argumentait-il.

Et de fait, les problèmes de sécuri­té cyber et de data privacy seront, à son avis, des sujets assuran­tiels essentiels pour les compagnies, mutuelles et bancas­sureurs.

déblocage juridique

La convention de Vienne fait encore loi, décrétant que le chauffeur doit rester maître de son véhicule en toutes circonstances. Mais l’évolution du droit bouge, et ce qui devient un paradoxe réglementaire à l’heure où les voitures peuvent rouler seules pourrait être rapidement levé. Un projet d’ordonnance relative à l’expérimentation des voitures sans chauffeur sur les routes de France a déjà été adopté en Conseil des ministres le 3 août dernier. Et de nombreux tests sont menés tel, actuellement, la mise à disposition par la RATP de navettes entre les gares d’Austerlitz et de Lyon.

Tesla est déjà courtier

Si l’accident mortel qui a eu lieu, en juin dernier aux États-Unis, entre une Tesla S et un semi-remorque (le pilotage automatique du véhicule ne l’a pas détecté) avait déclenché l’opprobre sur le marché de la voiture connectée, le constructeur de voitures électriques haut de gamme reste un des plus avancés sur le sujet. À Hong Kong, en Australie, en Italie et au Royaume-Uni, il teste l’intégration d’une assurance sur-mesure dans son offre automobile. Sous forme de package assurantiel maison, le contrat de Tesla prévoit la réparation de la voiture ou son remplacement, en cas de vol ou d’impossibilité de réparation, par un modèle d’une série identique si l’incident se produit dans les trois ans suivant la première immatriculation ; le remplacement du connecteur mural en cas de dommages ; le libre choix du réparateur agréé et le prêt du véhicule à tout conducteur. Jouant au courtier, Tesla a négocié un tarif compétitif auprès d’Axa General Assurance à Honk Kong, QBE en Australie et Quixa (filiale d’Axa) en Italie.

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